14.8.06

la menace


Paris - vue de la terre

C'était l'idée qu'on pouvait regarder les hommes marcher dans la rue, et qu'on ne devenait pas fous. On pouvait les suivre même. On pouvait leur parler. On était si proche d'eux qu'en tendant les bras, on sentait leur visage sous les doigts, et personne n'avait peur.
C'était cette idée là.
Je ne sais pas quand ça s'est arrêté.
Je ne sais plus quand c'est devenue impossible.
Quand ça a commencé.
L'idée que c'était devenu impossible. Je ne sais plus quand.
Le premier ciel où tout a paru soudain irrespirable.

"La honte d'être un homme". Ou est-ce celle d'être en vie.

Alors pour rien au monde on ne voudrait participer à ça, marcher dans les rues avec eux.

La menace qu'on pouvait devenir comme eux, et marcher dans les rues, en pensant au monde comme de quelque chose à faire, un jour, pour voir. Et marcher à côtés d'eux sans devenir fous, et presque pour se rassurer, participer au reste, les avis, et les histoires dont on peuple les vies, pour en faire des histoires à raconter qui remplacerait la vie. Etre avec eux.
Cette menace restait suspendue au dessus de nous, à jamais.
Alors, on abandonne l'idée. C'était obligé. Pour rien au monde on échangerait la menace pour cette vie-là, la leur ; cette vie à gagner, cette vie à faire, à réaliser, ces histoires à partager sur un lit de mort. On préfère de loin n'être pas d'ici. Ne participer à rien, et traverser les rues, comme les évidences ; vu d'ici, Paris est un ciel immense qui n'est jamais le même. Jamais on ne se résoudrait à parler de la vie comme d'une chose à faire ; parler de sa vie comme d'une vie à partager, à passer ; jamais.
Mais je regarde les hommes marcher, moi qui ne participe à rien. Qui n'ait de la vie active, qu'un dégoût immense. Et de la vie qui arrive, qui m'attend, qu'un mépris indifférent.
Je marche seulement ; la folie vient toute seule, elle sauve.

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