19.8.06

le vieil homme

Remous - surface sans reflet

Il m'avait à peine regardé. C'était à cause de son regard, je l'ai suivi. Il ne disait rien. Juste un regard - non, pas même un regard ; juste lever la tête dans ma direction, sans intention, sans rien d'identifiable. C'est cela qui m'a fait le suivre. Jusqu'ici, là, sur ce pont, où il semble que tout m'y a conduit. On voudrait inventer des tas de choses alors, pour rendre l'instant encore plus vrai, plus crucial. La lumière, l'odeur, le bruit de la ville qui s'éteint. Mais non. Rien de tout ça. On mentirait sûrement - et puis, je ne me souviens de rien. Je voudrais seulement ne pas inventer. La seule chose qui me revient, là, ce soir à retourner sur ces pas, c'est la voix, les mots qui disaient le plus simplement du monde. Ne regarde pas trop longtemps ici. On entend le remous. On finit par y croire. On finit par y plonger, et on ne revoit pas la surface. C'est tout. Je crois, c'était les mots exacts. Les uns après les autres, le plus simplement du monde. Je ne l'ai jamais revu, bien sûr. Mais le regard. Et la voix, je ne sais pas quoi en faire. Quand je lève les yeux, de là où je suis, cette chambre d'où je toise la ville entière, je regarde le remous. Le bruissement du monde qui bat contre la vitre. Les convulsions mimées par la foule pour qu'elle se croie vivante. Juste avant le désir d'y plonger. La phrase du type me revient soudain. Et je reste là. Je ne plonge pas. Ce n'est pas de la lâcheté - seulement le besoin, la nécessité impérieuse de ça : revoir la surface.

7 commentaires:

Jean-Pol Lefebvre a dit…

Pas loin d'ici coule la lesse. Un repaire à remous, un nid d'eaux dormantes cachées entre deux torrents. Je pourrais l'essayer, cette histoire d'attirance, avec mes petits.
Dans la pénombre ou les soirées de novembre, je pourrais donner le change avec ma carrure de vieux, la lenteur de mes gestes et peut-être même le ton lourd de ma voix. Mais il faudra attendre que les petits soient prets à entendre, comme vous l'avez été, juste à cet instant là. Faut une patience de pêcheur. Au fond, dans votre histoire, l'important ce n'est pas tellement le vieil homme, c'est celui qui est capable d'écouter le vieil homme.

morganedesfees a dit…

les mots les ges tes l'intensite moment present phrase mots si importants autant de signe d'un devenir et le besoin l'envie la raison de continuer les chemin vers ... on ne sais ou mais si ces rencontres sont la si anodinement importante c'est avec une raison d'avenir . Juste un instant si important

piccolofolio a dit…

ta photo est triste car elle ne porte pas le titre qui lui convient, l'eau est triste sans mouvement - l'eau n'a pas de sens sans remous, encore moins quand Remous est son titre...et qu'importe si l'eau ne reflète pas - ici faudrait une vidéo - c'est ainsi (et sourire)

Arnaud Maïsetti a dit…
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Arnaud Maïsetti a dit…

c'est l'eau qui est triste sans remous, ou toi, qui es triste quand l'eau est sans remous ?

piccolofio a dit…

je ne suis PAS triste, MAIS je la vois triste quand sans remous - DONC elle pense (et elle est triste)

voilà (ou pas)

Patch a dit…

j'arrive toujours pas à finir tes textes c'est dramatique.


ok c'est pas dramatique.