24.9.06

de la communication - et du reste

Henri Michaux
"volonté, mort de l'art"

Mais c'est une façon d'ouvrir, de creuser, de remuer. C'est une manière de prolonger par d'autres moyens la colère de n'être que soi même. C'est de cultiver la haine du lieu, aussi. De trouver des raisons de n'être pas d'ici. Ce n'est pas parler. Ou transitiver sa vie. De faire de la vie quelque chose à faire, à gagner, à communiquer.
C'est un contretemps. L'espace ici, le temps. Ici, ce n'est pas communiquer. C'est remuer, creuser, ouvrir. Ici. C'est une erreur. Une béance. Ce n'est pas cultiver les mots, comme des esthètes. Au contraire. Mort de l'art sinon. C'est une façon d'ouvrir, de creuser, de remuer, de continuer. Mort de l'art. Partout, mort de l'art où il y a communication. Où il y a de l'art comme objet de culte, comme objet. Qu'il crève après tout. Oui, qu'il crève. Le reste continuera - à remuer, à creuser, à ouvrir. Les relations se feront quand même. Mais ici, là, ailleurs, dans le contretemps, dans le journal d'un temps qui se donne l'espace à remuer, à ouvrir, à creuser - l'essentiel.

23.9.06

d'une voix

Christophe Tarkos
(1964-2004)
Photo Olivier Roller

"la pensée je ne l'appelle pas. Une phrase je dis je mets à aller penser quelque chose ça a un sens a pour conséquence l'apaisement où je cherchais les phrases qui conviendraient ne trouve pas l'apaisement dépliant interminablement des phrases est une phrase a un sens ne fait pas de bien d'à ah aller chercher les pensées est une phrase a un sens."
C. Tarkos

16.9.06

l'horreur

Première heure du soir, comment le savoir. Quand une ténèbre accrochée plus fermement que le jour va s’essuyer les pieds sur moi, je reconnais son grondement. Son ronflement âcre. Aiguë même. Partout on ferme les yeux sur le noir – et à perte de vue, on ne voit plus que du noir dans lequel se confondent les ombres découpées par le soir. Mais sous les combles, je peux voir les creux se former et s’étirer sans honte. L’horreur est le sentiment conscient le plus proche du rêve. Pourquoi ne pas y penser. Avant de se coucher pourquoi ne pas rejouer la scène derrière ses yeux. Ça formerait des brûlures violées dans la salive, et dans le ventre déchire les lambeaux de la jeunesse. Malgré tout. Une longue lame de verre se figerait dans l’instant et comme l’aiguille chatouillerait le poignet jusqu’au nerf de la jambe. On court plus vite pour rattraper le temps perdu. Mais moi, je ne dors pas. Je vois par la fenêtre la première heure du soir qui s’attaque à la suivante. Elle la saisie par derrière, je crois. Elle va en venir à bout et disparaître sous elle ; jusqu’à la fin des temps ; jusqu’à demain matin ça n’en finira pas. Je me tiendrai là ici ou même partout où je le voudrai et j’étire les creux pour m’y cacher. Que personne ne puisse me voir. Me confondre avec l’horreur étalée négligemment dans les rêves. Et je parlerai si doucement que mon souffle deviendra le grondement des ténèbres ; son râle épais, rouge, sans fin.

13.9.06

poste restante

Richelieu - Drouot

Derrière les murs encore. Et suivre les flèches, jusqu'à l'illisible.
On superpose les nouvelles, et ressurgit sur le mur une si vieille qu'on l'avait oubliée. C'est pourquoi on l'a choisie.
Voilà une nouvelle qui fera l'affaire.


Hier, on jouait encore cette pièce. On lisait le même livre. Tous ces types qui le lisaient était si différents qu'ils se ressemblaient tous dans l'effort désespéré qu'ils se donnaient pour devenir uniques. Et les murs ne bougeaient pas. Les types faisaient des enfants qu'ils reniaient, et qui finissaient par les ressembler, et détester les même livres.

En déplaçant les murs - on ne ferait rien. Sur les parois, les mêmes nouvelles finiraient pas vieillir - et recommencer. En déplaçant les murs, on ne ferait rien du tout.

Mais arracher. Superposer ensemble et sans ordre les nouvelles anciennes du monde qui disparaît - et ne pas chercher quel monde, quelle disparition. Ne pas chercher à naître, à suivre les flèches.

Mais écrire sur le sol. Et marcher sur le mur. C'est une idée.

10.9.06

par hasard

l'idée qu'on s'en fait

Lu cette phrase hier :

« L'image n'est pas un objet mais un processus » (Gilles Deleuze)

Ai compris que ce processus était moins une projection,
qu'une croyance.

Qu'une immense erreur. Aussi.
Que l'image s'efface quand on cesse d'y croire.

6.9.06

l'apprentissage de la résistance

That there, that’s not me
I go where I please

(Tous les jours. Pas à pas, c'est de suivre les traces qu'ils sèment - et bifurquer. Regarder comment bifurquer, et où. Suivre les traces. Comme de la lumière sur le sol - par exemple. Juste de la lumière. Juste le sol qui reçoit de la lumière sale. Et prendre assez d'élan pour bifurquer. L'important. Je n'écris pas ici pour avoir à me justifier ailleurs. Ici, ce n'est pas trouver un alibi. Mais démasquer. (Les crimes de la réalité. Les blasphèmes auquel on ne participe pas assez.) Je n'écris pas pour semer les traces où revenir, au contraire : l'effacement progressif. (Voilà l'important). Et l'important c'est de marquer l'élan d'où repartir - prendre l'élan pour ne pas s'en tenir. Ici, voir d'où les choses viennent, ce à quoi elles résistent. C'est de voir comment les choses tiennent, ne se passent pas - mais résistent.
Ici.
Pas à pas, c'est l'apprentissage de la résistance.)


5.9.06

traverser

boulevard - le soir (le matin)

Epuisement, enfouissement, halètement, marche, encore, éparpillement, dégagement, mouvement, puissant, saccadé, prolongé, partout, ici, là, épuisement, recommencement, repartir, souffler, respiration, essoufflement, martèlement, entrer, contre-jour, aveuglement, tenir, tenir, couché, debout, sortir, en travers, à l'envers, partout, encore, et marche, et respirer, et respirer, essoufflement, recommencer, transhumance, corps entier, flottant, marchant, courant, se jetant, passant devant, passant partout, passant au dessus des corps, et rentrer, se coucher, mais se tenir, et regarder, passer, attendre un peu avant de traverser, encore un peu, juste une seconde, ou deux, voilà, et se frayer un chemin, pour respirer, et voir le jour, et voir la nuit, et partout, se tenir, ne pas s'arrêter, épuisement, recommencement, gestes encore, le salut passe ici, là, partout, le salut repassera, c'est à n'y rien comprendre, mais, de dégagement, gestes de dégagement, en surface, en apesanteur, dans le temps, après le temps imparti, entre le temps et autre chose que le temps, anachronisme, entre deux secondes, deux épaisseurs de papier, de murs où se tenir, et dormir, épuisement, compter, s'écrouler, se lever, marcher, parcourir, revenu de nulle part, et encore, ça s'appelle être d'ici, de là, de partout - jusqu'à épuisement du dossier

4.9.06

on rentre

Rue Saint-Sauveur

Les rues se vident. On se sauve partout. Les types parlent. C'est la rentrée. On accumule des livres sur les tables, et personne ne les lit - tout le monde sait ce qu'il y a dedans. Des bavardages sur les rues propres qu'on nettoie le matin. L'amour vomi sur des pages. Le bonheur qu'ils trouvent. Les rues se vident. Je crache par terre.

3.9.06

de la lumière (et des voleurs qui passent)

En travaux

On travaille par ici. On a ramassé les vitres brisées - on a levé un voile pour les remplacer. Ce n'est pas loin - rue Grenetta, ou ailleurs, plus bas. On relève les murs, on en fait autre chose. Je ne sais pas quoi. Je passe et je vois de la lumière ; je m'éloigne. Je n'en penserai rien. Il n'y a pas à avoir d'avis. Tirer des leçons pour l'histoire, ou pour sa petite vie qui s'en trouverait remplie, soudain - à jamais. On lève des murs, c'est tout : on reconstruit patiemment le chaos. Il n'y a pas à chercher plus loin. Je marche, et je ne regarde même pas. Je continue. Surtout, faire l'effort. Ne pas s'arrêter. On reconstruit ce que patiemment on avait brisé, les vitres l'une après l'autre enfoncées, traversées. L'une après l'autre relevées maintenant. Je me demande quel avis on pourrait en avoir. La marche du progrès. L'ironie du sort - l'éternel recommencement : la vanité des fondateurs. Non. C'est un commerce de papier où l'on ne vend rien. Saccagé par rien. On remplace les vitres par de la toile. On allume la lumière toute la nuit pour tromper les voleurs. Et c'est tout. Je m'éloigne. Je pense maintenant à la photo que j'ai prise, et je ne vois rien qui la justifie en dehors des vitres brisées qui n'étaient plus sur le sol, et que je cherche à traverser pour abolir une histoire de plus.

1.9.06

la possibilité de se jeter

Rue des petits carreaux - tout à l'heure

Voilà. L'image n'est pas nette. On ne sait pas ce qui l'empêche de sauter dans le vide. On ne sait pas quel jour. Quelle nuit ça a commencé. Dans la lumière ça ne fait pas de différence. L'image n'est pas floue, c'est juste le souvenir qui remplace le vide. Quand on a commencé à vouloir se pencher pour voir en-bas, on a vu seulement de la profondeur, et on s'est reculé. On a fait le point. Place nette. Poser des barrières, séparer les réalités. Mais j'ai l'image dans la tête - on ne pourra pas l'enlever - de la possibilité de se jeter dans le vide. Et la chute ne finirait pas. On n'entendrait même pas le choc en contre-bas. Parce que le bruit n'existerait pas. Ou parce qu'il serait trop lointain. Quand j'ai levé la tête, la statue était à sa place. Elle ressemblait à un mime. Immobile et sur le point de tomber. Je pense au moment où les crampes seront trop fortes. Où le monde n'en pourra plus de tenir la statue sur ses épaules et la jettera. Où il se jettera. Je pense au moment où ça a commencé - où il a commencé à se jeter.