16.9.06

l'horreur

Première heure du soir, comment le savoir. Quand une ténèbre accrochée plus fermement que le jour va s’essuyer les pieds sur moi, je reconnais son grondement. Son ronflement âcre. Aiguë même. Partout on ferme les yeux sur le noir – et à perte de vue, on ne voit plus que du noir dans lequel se confondent les ombres découpées par le soir. Mais sous les combles, je peux voir les creux se former et s’étirer sans honte. L’horreur est le sentiment conscient le plus proche du rêve. Pourquoi ne pas y penser. Avant de se coucher pourquoi ne pas rejouer la scène derrière ses yeux. Ça formerait des brûlures violées dans la salive, et dans le ventre déchire les lambeaux de la jeunesse. Malgré tout. Une longue lame de verre se figerait dans l’instant et comme l’aiguille chatouillerait le poignet jusqu’au nerf de la jambe. On court plus vite pour rattraper le temps perdu. Mais moi, je ne dors pas. Je vois par la fenêtre la première heure du soir qui s’attaque à la suivante. Elle la saisie par derrière, je crois. Elle va en venir à bout et disparaître sous elle ; jusqu’à la fin des temps ; jusqu’à demain matin ça n’en finira pas. Je me tiendrai là ici ou même partout où je le voudrai et j’étire les creux pour m’y cacher. Que personne ne puisse me voir. Me confondre avec l’horreur étalée négligemment dans les rêves. Et je parlerai si doucement que mon souffle deviendra le grondement des ténèbres ; son râle épais, rouge, sans fin.

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