30.10.06

blanc cassé

"une oreille vide de la voix qui l'avait remplie" M.B

dans le sommeil sans hasard, l'espace blanc cassé du ciel ; contact surpris au milieu du bruit mat de la ville à l'aube ; esprit vide de pensée, vide de la pensée sans trace d'aucun rêve, d'aucun passé qui l'expliquerait ; la pluie ne tombe pas encore ; les lieux communs sont arpentés de long en large, inépuisables ; dans le hasard ici, voir passer le blanc du ciel se confondre avec ses nuages et former un amas de poussière et de vapeur - dans la poussière et la vapeur du sommeil, arracher les yeux des passants pour quand ils tombent, tendre les mains à leur place et tatônner le noir et le toucher enfin, par hasard, sans bruit, sans contact, sans pensée, sans fin

29.10.06

la raison de tout cela

Sur le sol - des rayons

Dispersé le jour je ne crois pas et pourtant il en reste des traces sur le sol - des rayons qui traversent la route ; dispersé partout qu'en faire - le ramasser mais je ne sortirai pas d'ici - de parler sans comprendre vraiment ce que je tiendrais si dans la main je serre les raisons comme des pierres : alors dispersé et qu'importe s'il n'en reste rien que des traces sur le sol dessinées par les rayons au milieu de la route que je traverse sans regarder ; qu'importe si ce qui reste ici - des traces ramassées au hasard sans comprendre la raison - n'est que l'image de la dispersion ; l'image traversée par des rayons de lumière de la dispersion qui résiste - je ne crois pas ; autre chose alors. Je dirai la dispersion, de toutes mes forces serrées dans la paume d'une main, et je dirai sa traversée, et la raison qu'au matin je trouverai, je ne la reconnaîtrai pas - comme les traces dispersée dans le matin, sur le sol les pierres que le jour a laissées. L'image évidente des lignes tracées ici emportées par leurs directions, sans raison - en dehors de celles qui les dispersent.

28.10.06

dehors

Porte Saint-Denis

C'est dans une pièce plus grande que celle là, dans un endroit où on aurait pu vivre, on aurait attendu ensemble, et regardé ensemble par la fenêtre la montée des eaux. Ici, il fait bien trop petit, impossible de se tenir seulement debout - mais courbé en deux sous la lenteur des jours, on attend de rentrer pour se coucher. Dehors, on aurait vu l'eau monter. On aurait attendu qu'elle nous emporte. Ici, je suis si loin, c'est vrai. Je peux t'entendre, mais je ne te vois pas. A partir de combien de temps se chiffre l'absence - de combien de rues, l'éloignement. Là-bas, l'eau monte et pourtant quand je regarde le ciel, il est si vide. Ici, dans cette pièce trop petite pour que je puisse m'adresser à toi, je pense à la lenteur des jours. Je pense à la possibilité des ciels qui s'écartent pour tout engloutir, en commençant par le sol, et puis remontant, remontant sur les parois des murs, entraînant avec elle les prières, les chats, les tables mises des repas jamais pris, entraînant avec elle les lettres et les enveloppes, les enfants, chacun d'entre nous respirant l'eau dans nos poumons, entraînant tout. Il y a cette porte, près d'ici, qui ouvre en deux la route. Elle n'ouvre sur rien d'autre. Ici, quand il pleut, l'eau s'échappe en dessous, le bruit des voitures l'emporte.

27.10.06

grand ouvert

ombre portée

d'un bruit à l'autre du soir encore comment ne pas l'entendre l'avancée de la main dans le noir prête à serrer tout contre elle les peurs et les désirs comment ne pas s'y abandonner d'un bout à l'autre du sommeil dans ces régions pâles où je compte le temps en années-lumière en poussière souvent à force de serrer les dents sur les traversées ininterrompus des rues dehors qui organisent le temps sans moi ici jusqu'à l'autre terme du jour et si devant la porte il y a une ombre allongée je ne la vois pas encore il y a aussi des escaliers je ne les descendrai qu'après être sûr qu'en bas j'y trouverai une raison suffisante déposée en bas juste en bas je n'aurai qu'à me pencher et je ramasserai d'un geste et sans effort le jour plié en deux attendant qu'on le relève mais jusqu'ici d'un bout à l'autre du miroir l'image renversée des lettres cachetées sans usage véritable des univers entiers déportés vers le centre et dans les marges rien d'autre que d'un bout à l'autre de la pensée les escaliers qui descendent vers le jour et l'ombre portée de la nuit tendue contre la porte qui l'empêche de se fermer

25.10.06

fenêtres allumées sur la nuit

Au pied du mur - plus bas (Jussieu)

C'est lorsqu'on lève les yeux au ciel, qu'il change. Lorsqu'on s'adresse à la partie de la nuit la plus opaque pour simplement s'y voir, qu'il s'efface - et s'ouvre transparant aux couleurs impossibles du soir. C'est lorsqu'on lève les yeux au ciel, qu'il s'échappe. Il se détache, et puis s'évanouit. Sous les tours bâties comme des tombeaux, je me tiens, et ne renonce pas - au pied des navires de pierres, des fenêtres allumées sur la nuit - je me tiens, là ; au coeur des immeubles dressées comme des échaffaudages, rien d'autre que ces lumières éteintes, ces cris sans témoins. Non, rien d'autre que la ciel qui s'accroche - et quand on lève les yeux au ciel, ce n'est que le ciel, qui s'en va. Une tour inutile de plus plantée au milieu de la ville le porte, et soutient pour un moment ses échappées mauves, ces trouées offertes aux dernières heures. Quand je lève les yeux au ciel, j'imagine ce qui pourrait le remplir - le cri qui pourrait le chasser, les prières qui sauraient le retenir. Les lumières ne s'éteignent pas. Au matin, elles se confondent avec l'indifférence du lendemain.

22.10.06

ici ou autre part

Réaumur - aube

Au lieu de quoi, je me retrouve ici. Et je ne sais pas où aller. Souvent je me réveille bien avant le matin, alors je sors. Les murs sont si hauts. Quand les ombres rasent les façades, la lumière comme de la poussière. Je pourrais trouver un endroit, un lieu où aller toujours - où me retrouver. Je pourrais me souvenir d'un endroit, d'un lieu où se poser. Mais je ne sais pas. Sur les façades, l'ombre portée du jour qui se lève. Sur les trottoirs, les traces de la nuit. Les murs plus hauts que le jour qui peine à se lever. Je voudrais commencer - je pourrais sans doute prendre part. Trouver des endroits qui ne soient pas des lieux. Trouver des murs que ne raserait aucune ombre. Dans la poussière d'un dimanche matin, passer les murs - ne pas se retourner - et choisir un endroit. Au lieu de quoi, les immeubles sont de plus en plus hauts : je me retrouve ici, et quand le matin se lève, je suis déjà parti.

20.10.06

voilences faites à la réalité

Boulevard - sens unique

Les épaisseurs de réalités se superposent - dans la mémoire, sous les yeux, et même de chaque côté de la route, au milieu d'elle : où que le regard porte, c'est l'horizon qui tremble, qui s'éloigne. Je m'en voudrais si je traverse. Si je lâche le sol d'ici pour le trottoir d'en face. Et si je reste, aussi, si je m'en tiens là. Tout est affaire de déplacement - affaire de mouvement, d'espaces qui se chevauchent. Non pas se tenir dans l'espace seulement, mais disposer l'espace autour de soi. Comme un acteur - une actrice qui évite les coups de corne invisibles, qui tend la nuit au dessus de moi et jusqu'au matin. Les épaisseurs de réalités se fondent, les lignes de fuite portent sa voix, et dans ses gestes, les violences faites à toutes les réalités, qui s'annulent. Dans sa voix, les gestes qu'en rêve, les acteurs - les actrices font pour remplacer le mouvement, et inventer la réalité. Dans ses gestes, la voix de l'actrice étendait les nuits, et l'aurore ne se levait pas. On y pensait, comme un souvenir, mais jamais le souvenir n'arrivait à venir à bout de cette réalité là - des coups de corne invisibles, qu'elle évitait.

17.10.06

"défilé creusé"

Couloir - ce soir, comme ce matin

(...) Où où ouvrir les prisons sur la scène du nouveau-né ou sur rien ne veut rien dire sinon défi, défilé creusé dans les cimes, dans les cimetières qui sont des berceaux, des os, des seaux de lait enterrés dans la matière d'une matrice d'où on déterre tous les jours le même ver de lait d'être fou, fourré dans ce rien qui est tout, dans ce rien qui s'entoure de toutes parts par lui même et qui sape, qui s'appelle pomme ou prison (...)

Comme le soir, le matin, le même, et encore - plus blanc, et plus serré contre lui-même, contre sa peau morte tombée à mes pieds, une de plus, et puis plus rien, une de moins, plus rien, seulement le reste qui continue, les corridors qui s'ouvrent sur les espaces balisés, les espaces sans espace, les terrains connus et délimités par les lignes brisées des lumières qui donnent la direction, voilà. Les territoires sans lointain. Les limites partout, dès le pied posé, le premier pas jeté en avant - avalé par la limite. Quand on rentre le soir, les mêmes couloirs, et pourtant. Quelque chose se déplace - les lignes de plus en plus brisées, les espaces éparpillés par le jour écoulé - un défilé creusé comme une épaisseur de moins à traverser, une de plus à oublier.
C'est une prison rongée de l'interieur par tout l'espace qui déborde.

15.10.06

de quel poids

Rue Madar - sur un mur

Sur de nombreuses rues, transversales aux habitudes, je peux compter le nombre des foules, je peux voir la direction des pas, et deviner sous chacun d'eux le poids des jours, plus nombreux à venir - mais tous les autres jours passés vont peu à peu s'alourdir et finiront pas les écraser. J'assiste. Sur les affiches froissées, les traces des révolutions minuscules. Ou d'autre chose qui n'est pas passée. Et quand je pense, rue Madar, ce matin, la lumière blanche qui soulevait à peine la poussière sur le sol, j'entends le bruit mat du trottoir, et les conversions étouffées. Je me demande quelle appartenance, de quel poids ce jour s'est chargé - jusqu'où va-t-il le porter. Je me demande seulement jusqu'où les poings levés.

12.10.06

dispersions

Pont du Carrousel

Ce n'est pas l'image qui tremble - l'image reste nette, posée devant moi. Un léger vent, à peine perceptible, mais qui soulève les manteaux, les feuilles par terre, les nuages là haut. Le ciel est rempli. Si dense, on dirait qu'il va tomber. Il résiste. Les lumières viennent de s'allumer. Personne ne les voit. On rentre. Le Louvre est une pierre horizontale qu'on a allongée au bord du fleuve. On la creuse de lampes et voilà le mouvement. Impossible à arrêter, les lumières. Elles font vaciller l'ensemble, et c'est chaque angle qui est menacé, qui bascule. Je me tiens devant. J'attends qu'à force de vaciller, les lumières avec elles fassent tomber le ciel. Et qu'avec le reste, le vent soit dispersé.

7.10.06

de biais

Saint-Eustache

"Au centre, rien ne bouge." Une boule de feu, qui s'éteint. Des déplacements immobiles irriguent lentement le corps, de l'intérieur, vers l'intérieur. Si je voulais en parler, il n'y aurait pas d'autres mots - au centre, toujours le même centre, toujours le même rêve. Je ne le vois pas, et je l'oublie comme je le peux. Ce que je vois, c'est comment les ombres se déplacent, tout autour - comment l'espace s'organise, privé de lumière. C'est aller au théâtre, et se placer sur le côté - intercepter le regard des acteurs, les faucher, de biais, dans leur élan. Sans qu'ils le sachent. Alors l'écrire, ou non. Ici, l'écrire. Mais l'essentiel est ailleurs. Dans les espaces qui s'éteignent seuls, les regards qui ne sont pas adressés, et se volent.

4.10.06

dérive

En bas des marches

La fatigue est plus lente - elle dérive. Je ne vois pas le jour tomber. La fatigue du matin, du soir, se prennent la main, je ne les distingue plus. Mais je me lève encore. Le matin est là. Ce n'est rien. La fatigue aussi. Elle commence, elle va s'étendre, elle est si lente. Elle parvient jusqu'au soir sans effort. Et le soir tombe bien avant le jour ; il faut continuer. Histoire de lumières qui persistent. D'escalier pas encore trop haut. Histoire de faire ce qu'il reste à faire.

Lu cette phrase ce soir - "c'est déjà bien assez de n'être pas un mort"
Bien assez, ce n'est pas suffisant.

3.10.06

sur les écrans du monde

Dehors

Sur les écrans du monde sans arrêt en flux continu, en flux tendu, partout et encore, le reflet des habitudes, des masques figés sur les habitudes, des grimaces exposées comme des hontes, à se passer les nouvelles perdues du temps déroulé, et sur les villes en pleine nuit jusqu'au petit matin, et séchées toute la journée au rebord des fenêtres, les nouvelles pour exister, pour ne pas cesser d'exister, sur les écrans du monde brisé le bruit poursuivi des images arrête les instants et les transforme en histoires, des histoires sans repos, des histoires pour ne plus avoir à les inventer, pour ne plus avoir à y croire, la légende défile sous les images et pense pour nous la pensée sans histoire des nouvelles vieilles d'avoir traversé la nuit jusqu'au petit matin échoué sur la journée finalement - sur les écrans du monde, la veille conduite et poursuivie jusqu'à ne plus exister qu'en différé.