28.10.06

dehors

Porte Saint-Denis

C'est dans une pièce plus grande que celle là, dans un endroit où on aurait pu vivre, on aurait attendu ensemble, et regardé ensemble par la fenêtre la montée des eaux. Ici, il fait bien trop petit, impossible de se tenir seulement debout - mais courbé en deux sous la lenteur des jours, on attend de rentrer pour se coucher. Dehors, on aurait vu l'eau monter. On aurait attendu qu'elle nous emporte. Ici, je suis si loin, c'est vrai. Je peux t'entendre, mais je ne te vois pas. A partir de combien de temps se chiffre l'absence - de combien de rues, l'éloignement. Là-bas, l'eau monte et pourtant quand je regarde le ciel, il est si vide. Ici, dans cette pièce trop petite pour que je puisse m'adresser à toi, je pense à la lenteur des jours. Je pense à la possibilité des ciels qui s'écartent pour tout engloutir, en commençant par le sol, et puis remontant, remontant sur les parois des murs, entraînant avec elle les prières, les chats, les tables mises des repas jamais pris, entraînant avec elle les lettres et les enveloppes, les enfants, chacun d'entre nous respirant l'eau dans nos poumons, entraînant tout. Il y a cette porte, près d'ici, qui ouvre en deux la route. Elle n'ouvre sur rien d'autre. Ici, quand il pleut, l'eau s'échappe en dessous, le bruit des voitures l'emporte.

1 commentaire:

Patch a dit…

je laisse un silence, mais pour une fois il est contemplatif.