9.11.06

captifs

de la disparition comme traces

d'ici on ne voit plus très bien qui de l'un est le désir de l'autre - le captif de l'un par l'autre poursuivi, en l'autre poursuivie sur des rues entières, comme des images l'une sur l'autre posées et reposées sur elles mêmes dans l'ordre sans ordre des obsessions, des variations dépouillées de la répétition, dépouillées des narrations, du temps, de l'espace - laissées l'une dans l'autre comme encloses et toutes conséquentes de leur propre cause - sans cause ni conséquence hors le regard même de celui qui poursuit, qui cherche (et ne sachant que chercher - trouve en tout (gestes, hésitations, rien) ce qu'il voudrait trouver : sa propre peur de trouver, alors chercher encore, pour peut-être la différer), et hors le regard surtout, le regard puissant, constant, surplombant, de celle qui est suivie, poursuivie, et qui ne le sait pas ; et de ce regard tout se donne à voir, d'abord cette invisible peur qu'elle ne ressent pas - et que nous vivons pour elle (à sa place : en sa direction) : et de ce regard tout se donne à penser, jusqu'à la possibilité même que la captivité est son but, son désir secret, latent, puisant dans chaque regard perdu de celui qui poursuit, la perte de tout ce qu'il reste à éprouver - tout : la fugue comme l'inverse d'une fuite, mais la poursuite infinie de tout ce qui l'organise, jusqu'au corps effacé qui finalement s'échappe de lui, qui finalement trace l'effacement - seule issue possible, et impossiblement rejouée jusqu'à sa défaite - infiniment tracé le désir de se confondre dans le désir, de devenir la trace même de ses pas à elle, qui s'en va, qui devient l'absence - et devenir dans cette effacement la trace qui à rebours accomplira le désir, le poursuivra, poursuivant une ombre en surimpression effacée, captive en son effacement.


(à partir de la vidéo de Jérémie Scheidler, prélude et fugue
(sur la captive de C. Akerman))

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1 commentaire:

m a dit…

je n'ai pas pu encore voir la vidéo ,

mais je trouve dans ton texte une puissance des mots

ils m'attirent, m'entraînent.