29.11.06

(pas une ligne) le vide

"les arbres ont tous une ombre
et je ne veux m'arrêter que devant ces murs repeints"

Breton, Soupault


des ciels qui passent, qui traversent, et dans les arbres, leurs ombres si hautes (elles couvrent toute la ville), des ciels par endroits dépassent, débordent, et des moments où ils pourraient retomber, il n'en reste rien, des moments où laisser sur le sol, un peu de leur blancheur, (un peu de leur hauteur), il n'en reste que des vides, des creux silencieux dans la mémoire, et dans les mains, des solitudes comme des routes ouvertes sur l'exil (les départs en exil), et que des bruits, il n’en reste que des bruits dans la nuit, des bruits dans le jour, on s'étonne, il éteint chaque moment où l'on pourrait se taire, où l'on pourrait entendre l'ombre traversée du ciel dans les feuillages (le vent, le siècle évanoui, la rumeur des échanges sociaux), mais ça n'est pas l'instant, juste l'idée, l'idée qu'on pourrait voir le siècle soudain s'évanouir derrière son ombre, l'idée qu'on pourrait lui survivre, mais ce n'est pas le moment, ce n'est pas l'instant, ce n'est pas l'endroit ni la blancheur où s'écarter, ce n'est pas seulement passer, s'étonner de ne voir que des ciels envahir tout là haut l'espace de nos idées, et l'endroit, la blancheur où on pensait être protégé - que des ciels circulent, et ça n'étonne personne, que des idées les déplacent, et ça ne fait pas une ligne, nulle part, et que des feuillages dans l'ombre des arbres, ouvrent les ciels par endroit, c'est dans l'ordre (étalé) des choses, étalé dans l'habitude des choses - mais l'idée qu'on pourrait ne pas en rester là, et que des ciels passent et traversent sans personne pour les voir, les compter, les mesurer, que des vides s’ouvrent et ne précipitent personne, que des siècles creusent les vieilles ornières et n’engendrent personne, ni personne, et les murs se soulèvent, et le silence ne s’établira plus, ni personne, les moments où l’idée passait, on s’en rappellerait comme des départs d’exil, on oubliera la route, on oubliera le jour, les maisons, les tables mises sur les habitudes encore, les soupes chaudes préparées et laissées là, au moment du départ – l’effarement sur les lèvres que les ciels qui passent n’arriveront jamais à interrompre.


(Les paysages, de simples fils,

tendus
suspendus au dessus
du vide

qui avance)

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