15.11.06

presque

particules

Ce n’est qu’ici, jamais ailleurs, et pour personne d'autre - et pas même moi - ce n’est qu’ici, où le jour entre largement par la fenêtre fermée, sans rideau, la fenêtre sale et haute et fermée qui couvre le mur jusqu’au plafond ou presque, et sur le sol, le jour dessine ses grands aplats de lumière, découpe les ombres en les rejetant dans l’invisible, balaie sur son passage l’air froid de la chambre, les particules de poussière individualisées flottant plus légères que l’air comme au fond des océans, ce n’est qu’ici, la lumière entre pour personne d’autre, atteint le poignet, le ralentit presque, dessine pour lui les mouvements qui déplacent chaque seconde, presque immobile, presque invisible, dessine devant lui l’espace mouvant des lignes brisées, croisées, tendues, déplacées, inversées, infléchies, et tournant et se dérobant, et puis soudain s’effaçant pour continuer plus loin et heurter une avancée de la lumière qui lui donnerait la vitesse, la hauteur, l’élan pour échapper ici, s’échapper d’ici, mais ici, encore, et pour toujours, ici, la lumière qui entre, qui cerne ici, l’entoure, le borne, la lumière qui borne ici, rien d’autre n’existe, le reste n’est pas seulement plongé dans le noir, mais invisible, alors inexistant, alors impossible, alors impensable, ici même où la lumière s’étend, s’étend le seul possible du poignet, du regard qui le suit en suivant à la trace les lignes qui se poursuivent, s’écartent et se rejoignent, s’effacent pour se rejoindre plus loin, les lignes qui s’étendent avec la lumière étendant avec elle le possible, le visible, le pensable, ici, pour personne, pour rien, pour les lignes tracées qui s’effacent, ici où personne, où rien, pas même les lignes qui vont pour tracer ici où personne et où rien, ici, jusqu’ici, s’étend la lumière qui dans le noir plonge et ne revient pas.

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