27.12.06

sur les bas-côtés, vite

ça défile

on pourrait aller plus vite plus vite encore c'est une question de retard à combler de vide à creuser pour le faire disparaître on pourrait ne pas se retourner et voir seulement défiler sur le côté la vitesse qu'on met à combler les vides aller d'un endroit à un autre sans regarder vraiment le temps qu'on met qui dure toujours plus de temps que le temps de le dire de le combler de l'écrire c'est encore pire c'est encore plus loin ça dure plus vite que nous le temps de l'écrire la vitesse qui circule entre nous et les choses qui nous séparent d'elle - de la vitesse qui produit ça ; le monde suspendu à la force qui le déplace ; le monde se déplace à la vitesse qui nous met en retard ; le monde qui continue se maintient dans l'existence sous le regard qui le voit défiler

25.12.06

passer l'hiver

derrière

De comment se passe l'hiver, d'où il vient, et par où il passe, de combien il s'accroche, (au froid, aux variations du froid), souvent, mais quelques instants, on y pense, balayer le déluge ne suffit pas pour l'effacer - seulement le pousser un peu plus loin, devant soi, laisser pour plus tard les différentes manières d'en finir - les listes se font toutes seules - comment le froid, et de combien il leste, d'où il remonte, et par où commencer, par où reprendre quand il faudra recommencer

19.12.06

le théâtre de Séraphin

ombres chinoises portées sur le soir

"Mais le lendemain, le théâtre de Séraphin faisait relâche - sur scène, le décor de la veille tenait encore droit les spectacles dévoilés, les paysages figurés comme les rêves qu'on fait en rêve, parfois, et qui reviennent, et en travers de la lumière froide ce matin, les fils descendaient du plafond, les machineries éventrées du théâtre se reposaient doucement au silence feutré des mardi, quelques marionnettes rangées (entassées) au fond souriaient béâtement sur le silence du plateau, narguaient les spectateurs qui hantaient les sièges vides rabattus sur leur dossier, on passait ; et l'on voyait jonchées sur le sol, une jambe, une tête (sourire encore, et les yeux grand ouverts), parfois quelques fleurs lancées la veille et déjà pourries, des sucettes mordues, des vêtements d'enfants oubliés pour toujours ici (et pour toujours les mêmes : un seul gant, un bonnet noir, que sais-je encore), et sur les murs derrière moi, rien : la lumière passait et ne se portait sur rien, la toile qu'on tirait fort sur le devant de la scène était pour l'heure affalée sur le sol, tordue dans ses plis - la lumière qui traversait et ne se portait sur rien d'autre que ma main signalait l'absence de la toile quand au passage de ma main sur un rayon de lumière, mon ombre disparue s'évanouit sans éclat ni applaudissement, au matin serré de décembre - ombres chinoises mortes dressées sur son silence - ombres encloses dans leur imminence absurde, absurde mais si tenace qu'à tous moments, je m'attendais à voir derrière moi se lever les mains des pantomimes, les reflets des fables, les théâtres d'ombres de mon rêve."

Sur l'église endormie, les jeux d'ombres et de lumière inversent les rôles : le théâtre dehors toute la nuit, et tout le jour tendu en vain vers elle - vers la nuit qui soudain ferait entendre les trois coups.

13.12.06

"dégagements"

n'importe où

ni l'enfer - plus loin ça n'existe pas ici, ça prend son temps, ça produit des messages, ça demande des comptes, ça rend des comptes, ça compte toujours le temps et l'argent - ni la terre n'importe où, où elle commence, où elle finit

"Allons plus loin encore, à l'extrême bout de la Baltique; encore plus loin de la vie, si c'est possible ; installons-nous au pôle. Là le soleil ne frise qu'obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumière et de la nuit suppriment la variété et augmentent la monotonie, cette moitié du néant. Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d'un feu d'artifice de l'Enfer!" (Ch. Baudelaire)

En traversant la rue, je regarde des deux côtés - ni à gauche (les possibilités du monde écartées, les rages, les colères), ni à droite (la rareté de la lumière, les crevasses ouvertes sur le toujours des lendemains recommencés) : partout la même vitesse qui circule -

et plus loin encore, les déplacements en silence se font, se défont, dégagements produits plus loin - organisent plus loin leur remontée prochaine.

10.12.06

le lendemain

Rue des Fossés Saint-Bernard
(croisement du Boulevard Saint-Germain et du Quai Saint-Bernard)


"Et c'est à ce moment là, ce moment précisément de la nuit et du jour réunis, ramassés en leur pointe, en leur extrémité invisible et plus fine que la peau, à ce moment précis alors, cet instant immobile et froid, qu'il ressentit pour toujours le sentiment d'être là. Le sentiment d'être là ne le quitterait pas. Il se confondait avec celui d'appartenir au monde. Et le monde n'existait pas. C'était ce sentiment là - d'être là : battre dans la poitrine la pulsation du temps ce n'est pas mesurer la vie dans le corps (mais compter, du plus bas au plus profond, compter chaque chiffre, du premier jusqu'à l'avant dernier : jusqu'à l'avant dernier et recommencer) et marcher ce n'est pas avancer seulement sur le sol, c'était faire rouler la terre sous les pieds, c'était la déplacer sur des distances inimaginables. Du jour au lendemain, et du lendemain jusqu'à la fin du jour, voilà. On essaie d'appeler - il est injoignable, naturellement. Certains l'ont vu monter dans le camion, certains l'ont vu descendre ensuite, d'autres encore assurent n'avoir rien vu. Tous s'accordent à dire qu'il ne disait rien, qu'il n'offrit aucune résistance. (On discute encore les heures). On ne le trouve plus. Ne sait plus où il est. On cherche dans la Loire. Il est peut-être plus loin."

Aujourd'hui, l'histoire ne nous appartient pas. Il y a ceux qui savent, qui se taisent ; il y a ceux qui l'inventent ; il y a ceux qui voudraient la raconter. Il y a ceux qui mentent. Quelque part, il y ceux qui disparaissent (diront-ils ce qu'ils ont vu), et il y a ceux qui s'inquiètent. Il y a un monde, où du jour au lendemain, il est possible de disparaître

9.12.06

l'aveu

derrière la Place

Nous voudrions garder le ciel pour nous, nous voudrions parler et ce n'est pas suffisant, nous voudrions serrer contre nous une seconde dans le froid, pour la garder pour toujours contre nous, et serrer encore (ce n'est pas suffisant), nous pensons rentrer, nous cacher dans l'obscurité pour dormir (et rêver peut-être), mais le soir l'aveu de la nuit proche nous enlève, et nous emporte loin, un peu plus loin, et la ville est éparpillée dans le ciel, on peut voir ses lumières, on peut les compter, on peut deviner sous ce qu'elle cache, les promesses qu'elle n'ose plus faire, les risques qu'elle ne prend plus, les dangers qu'elle évite - dans le ciel reflété des lumières de la ville, on peut voir les paroles qu'on s'adresse, auquel on ne renonce pas (nous n'avons pas renoncé), on serre contre nous chacune de ses secondes, on ne rentre pas encore, on lève les yeux au dessus du dôme dans le soir allumé par la ville reflétée au ciel, on compte les étoiles, on oublie le froid, on frôle un peu (et ce n'est pas suffisant) cet aveu que la nuit concède sur nos pas ; on va fermer la porte, on jette un dernier regard par dessus l'épaule - voir si les lumières sont encore là.

6.12.06

aux doigts de rose

traînées de matin (ce matin)

jet de sang sur la main comme dans l'esprit, vide écoeuré devant son étendu, large plaie au dessus de la ligne de vie, attente crispée devant le matin dans le froid et l'attente crispée, cellules qui s'amenuisent, qui rétrecissent, cellules ouvertes, souffle court, souffle coupé, le coeur bat hors de la poirtine (les battements sont si rapprochés, c'est comme un seul battement), cellules qui s'effritent, cellules délabrées où on entasse les pensées, (où elles débordent), et au dessus de la douleur de la main : la douleur souterraine du vide, la douleur grande ouverte dans le ciel laisse passer un peu de sa liqueur froide (cellules qui disparaissent), sa liqueur acide et blême, sa liqueur écoulée sur la peau qui ravive la blessure

5.12.06

comme une possibilité

Barricades de publicité en bas de la rue (travaux)

Où le vent souffle et ne disperse pas, la ville est une grande rue ouverte traversée, une grande étendue de trottoirs qui finissent par se rejoindre sous mes pieds, le vent ne disperse rien, ni pensées rangées en ordre dans les journaux, ni fatigue accumulée derrière le jour (le soir)

Peu de chose, rien qui chasse
l'effroi de perdre l'espace
est laissé à l'âme errante
(Ph. Jaccottet)

Où le vent disperse, il y aurait (qu'on emporte cela) les lumières éteintes en premier, et puis le reste (tout le reste qui n'en finit pas), le reste : même le vent : où le vent disperse il y aurait la force d'avancer sans penser (sans fatigue) - et parler - la langue remplace la ville, qui nomme les choses, affiche en grand les désirs, chasse la peur, l'espace, dessine sur le sol les chemins de l'errance, les routes automatiques jusqu'au sommeil - la langue parle (encore elle dit des choses comme je ne suis qu'ici je ne suis pas d'ailleurs et peu de chose, vraiment peu de chose comme se poser sur les instants et peser encore et encore comme les retenir mais ne pas les regretter (jamais) et les déplacer devant la ville pour faire parler en elle la résistance possible aux jours encore) elle se pose sur la ville et l'efface (l'efface sans doute ce n'est pas le mot ; l'efface ce n'est qu'une image de plus avalée par la ville), elle se pose sur la ville et parle sa langue à elle, la remplace, la langue remplace la ville et puis l'errance vient seule, sans effort, comme une possibilité grande ouverte sur le jour, comme une volonté irrespirable imposée sur le vent qui disperse, et ne souffle plus.

3.12.06

le jour n'entre jamais

à l'heure (toutes les trois minutes)

j'ai marché devant moi, devant moi encore, un pas après l'autre, il y avait encore devant moi le sol et le reste, le plafond au dessus, il y avait - devant moi chaque rangée de trottoirs alignait les maisons, les toits par dessus, comme pour cacher, et les portes des maisons bien devant pour empêcher les rues d'entrer, les rues de sortir du dehors pour marcher sur les portes et les enfoncer - dans le métro il ne fait pas nuit (non), il ne fait pas nuit parce que le jour n'entre jamais, le téléphone ne passe pas (on n'entend rien, on sait bien qu'on n'entend rien, on crie, on est dix mètres sous le sol, on voudrait l'entendre encore, personne ne nous entend, on crie dans le téléphone et personne ne nous entend) les gens ne restent jamais (sauf quelques uns, on les regarde comme le trottoir qu'on chevauche), les bruits sont les mêmes d'un bout à l'autre du métro, marché devant soi, toujours on confond les stations, les sols, les bruits, les gens qui passent, ceux qui restent, les minutes à heure fixe qui s'arrêtent et repartent, et repartent devant moi (il y avait le sol, le trou du sol où passe le métro, le trou invisible qui nous déplace par à-coups dans le métro) - les gens sont les mêmes, les sols, et le reste, et devant moi, les portes s'ouvrent et se ferment dans un bruit, les vitesses passent et soufflent sur le sol, devant moi s'arrête, j'ai marché devant moi - un métro après l'autre encore, barrière verte et blanche, et devant moi ne s'arrête pas.