10.12.06

le lendemain

Rue des Fossés Saint-Bernard
(croisement du Boulevard Saint-Germain et du Quai Saint-Bernard)


"Et c'est à ce moment là, ce moment précisément de la nuit et du jour réunis, ramassés en leur pointe, en leur extrémité invisible et plus fine que la peau, à ce moment précis alors, cet instant immobile et froid, qu'il ressentit pour toujours le sentiment d'être là. Le sentiment d'être là ne le quitterait pas. Il se confondait avec celui d'appartenir au monde. Et le monde n'existait pas. C'était ce sentiment là - d'être là : battre dans la poitrine la pulsation du temps ce n'est pas mesurer la vie dans le corps (mais compter, du plus bas au plus profond, compter chaque chiffre, du premier jusqu'à l'avant dernier : jusqu'à l'avant dernier et recommencer) et marcher ce n'est pas avancer seulement sur le sol, c'était faire rouler la terre sous les pieds, c'était la déplacer sur des distances inimaginables. Du jour au lendemain, et du lendemain jusqu'à la fin du jour, voilà. On essaie d'appeler - il est injoignable, naturellement. Certains l'ont vu monter dans le camion, certains l'ont vu descendre ensuite, d'autres encore assurent n'avoir rien vu. Tous s'accordent à dire qu'il ne disait rien, qu'il n'offrit aucune résistance. (On discute encore les heures). On ne le trouve plus. Ne sait plus où il est. On cherche dans la Loire. Il est peut-être plus loin."

Aujourd'hui, l'histoire ne nous appartient pas. Il y a ceux qui savent, qui se taisent ; il y a ceux qui l'inventent ; il y a ceux qui voudraient la raconter. Il y a ceux qui mentent. Quelque part, il y ceux qui disparaissent (diront-ils ce qu'ils ont vu), et il y a ceux qui s'inquiètent. Il y a un monde, où du jour au lendemain, il est possible de disparaître

1 commentaire:

m a dit…

j'aimerais être dans ce monde
et disparaître du jour au lendemain,
"pour de bon"