19.12.06

le théâtre de Séraphin

ombres chinoises portées sur le soir

"Mais le lendemain, le théâtre de Séraphin faisait relâche - sur scène, le décor de la veille tenait encore droit les spectacles dévoilés, les paysages figurés comme les rêves qu'on fait en rêve, parfois, et qui reviennent, et en travers de la lumière froide ce matin, les fils descendaient du plafond, les machineries éventrées du théâtre se reposaient doucement au silence feutré des mardi, quelques marionnettes rangées (entassées) au fond souriaient béâtement sur le silence du plateau, narguaient les spectateurs qui hantaient les sièges vides rabattus sur leur dossier, on passait ; et l'on voyait jonchées sur le sol, une jambe, une tête (sourire encore, et les yeux grand ouverts), parfois quelques fleurs lancées la veille et déjà pourries, des sucettes mordues, des vêtements d'enfants oubliés pour toujours ici (et pour toujours les mêmes : un seul gant, un bonnet noir, que sais-je encore), et sur les murs derrière moi, rien : la lumière passait et ne se portait sur rien, la toile qu'on tirait fort sur le devant de la scène était pour l'heure affalée sur le sol, tordue dans ses plis - la lumière qui traversait et ne se portait sur rien d'autre que ma main signalait l'absence de la toile quand au passage de ma main sur un rayon de lumière, mon ombre disparue s'évanouit sans éclat ni applaudissement, au matin serré de décembre - ombres chinoises mortes dressées sur son silence - ombres encloses dans leur imminence absurde, absurde mais si tenace qu'à tous moments, je m'attendais à voir derrière moi se lever les mains des pantomimes, les reflets des fables, les théâtres d'ombres de mon rêve."

Sur l'église endormie, les jeux d'ombres et de lumière inversent les rôles : le théâtre dehors toute la nuit, et tout le jour tendu en vain vers elle - vers la nuit qui soudain ferait entendre les trois coups.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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