11.1.07

les fantômes

"... un instant, qui dit mieux
L'équilibre est fragile..."

pas seulement le temps de battre des cils, mais pas le temps de s'arrêter, pas le temps de traverser non plus, de voir, seulement celui de parler, et jamais assez de verbes dans la bouche, on n'a que des mots, et qu'on ne fait rien qu'à les poser sur des douleurs, ça ne fait pas des souvenirs, ça ne fait pas de la pensée, ça ne fait pas parler, (parler de, ce n'est pas parler à, jamais), ça a cessé d'inventer les fantômes quand le soir les dresser c'était le temps passé à les compter, quand le soir les dessiner, et dessiner la peur comme enfant on en ignorait aucune, des plus grandes que maintenant, et des plus secrètes : comme à l'origine on avait besoin des mots pour nommer chaque peur, chaque fantôme, chaque nom avait sa place ;
il y eut un soir, il y eut un matin, le réveil se mit à sonner tout contre le jour, et les choses à faire, les choses à penser, pas seulement le temps de battre des cils, mais aussi pas le temps d'arrêter les choses à faire, elles s'engendraient toutes seules ; l'une après l'autre (un matin après l'autre), pas le temps ;

ce soir, le temps, le tremblant du temps qui laisse apparaître la profondeur, la surface et la profondeur mêlées, et c'est comme un arrêt dans le déroulement souple des choses, comme un arrêt dans le compte à rebours, ne pas laisser passer l'arrêt ; et compter bien en mesure le tremblant, cerner ses possibles, ses diffusions, et ses ruptures, ses débris de réalité qui s'emmêlent, et repartent, cette remontée des apparences, qui fut lente, et qui demeure - en traversant Réaumur la route qui coupe celle qu'on traverse, se répéter pour toi la liste des révoltes justifiées, et balayées d'un revers de mains par les fantômes qui donnent mémoire au temps, origine jetée en avant que l'on traque, et l'on tend les mains, on arrache de la poussière devant les yeux, jamais assez de fatigue



"...en attendant la suite
Des carnages, il se peut qu'arrive la limite..."

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