28.2.07

autrement - ailleurs

«Souvent je pense à la Russie je pense aussi le monde a quarante ans j’y pense tout le temps je sais c’est idiot mais je pense tout le temps que le monde est nouveau qu’il est tellement nouveau et tellement vieux en même temps maintenant tout le monde dit qu’il faut vendre la Russie qu’il n’y a rien à vendre que mon père s’est trompé tout le monde fait comme si ça allait bien se passer mon père je sais pas a construit un monde et c’est comme si on lui laissait pas sa chance c’est comme si tout le monde avait oublié que nos pères voulaient faire un monde qui ressemble à un mausolée aujourd’hui on n’a plus de respect pour les morts la guerre a fait autant de morts qu’il y a de vivants en France on vit sur un milliard de morts et c’est comme si on leur crachait dessus on voudrait tout oublier je pense tout le temps à des charniers j’en ai plein dans la tête je pense à celui-ci ou à celui-là c’est bizarre ça aurait tellement pu se passer autrement »

La Sentinelle (arnaud despleschin)


je cherchais le mot ailleurs sur la page froissée du livre trop lourd, lourd de toutes ces années passées si lentement qu'elles se sont changées en siècles. Le mot en petit, en bas, une ligne la définition, sur le dictionnaire le mot alibi, en petit, en bas.

Pour raconter l'histoire (une histoire, n'importe quoi, et bien) : il nous faudrait une langue. Il nous faudrait quelque chose qui puisse redevenir une langue.

Ailleurs n'a pas vraiment eu lieu.

Alors - on attend que le jour se lève, et la nuit, on écoute les histoires que la nuit laisse derrière elle en passant.

"laisse derrière elle"

1 commentaire:

S. a dit…

Découverte ce soir.
Je ne sais que dire de vos textes, si ce n'est, la première chose venue à l'esprit confus, c'est Léo, ce serait que vos mots sont d'un autre pays, d'un autre quartier, d'une autre solitude... Chemins de traverse, singuliers, familiers, qui nous approchent, oui, de ce quelque chose qui, ici, pourrait redevenir une langue.