13.2.07

la glace sans tain (1)

sur les parois réfléchissantes

Partout se porte la rumeur, renvoie les images de son reflet ; et d’un reflet l’autre courent les paresses d'un monde qui n’a qu’à se montrer pour attester le possible. Je ne sais pas – non ; poser mon regard sur la vitre sale du monde, reconnaître l’image qui m’entoure ; l’image posée sur la paroi de verre éteinte neutralise ma colère – il n’y a personne d'autre dans la rue que cette rumeur traînante ici, et qui m’entoure, et me cerne ; me dévore déjà. Comment sortir. Comment.

(Il y a cette phrase dans ma tête.)

"Un vaisseau d'ivoire voguait
à pleines voiles sur le dos d'une immobile tortue.
Une machine pneumatique éborgnait l'empereur Auguste, majestueusement impassible. "

Je ne me souviens pas. Et je connais tous les mots. Je connais chacun de ces mots, et l'ordre, et le sens - et la longueur de chacun, par coeur ; ce soir ne me trompe pas - mais je ne sais pas d'où. Je sais seulement la clé qu'elle m'offre, et la porte haute devant moi, la porte de cette vitre sale qui se dresse et mon visage posé sur elle, mais impossible de tourner la clé - je ne sais pas d'où. Et voudrais reconnaître à travers cette phrase, davantage qu’une lecture – un moment traversé où la lecture déplaçait le monde avec moi. Et je sens la clé de ce soir là, de ce soir là voguant jusqu'à m'immobiliser dans le noir : la fatigue du noir de cette rue : ce soir : précisément ce soir où cette phrase revient : hante jusqu'à la pensée de cette phrase (l'ai-je inventée - articulée péniblement par le soir, articulée pour moi, péniblement pour que je m'en repaisse et reparte vainqueur - non ; autre chose)

Un poète, je ne sais pas. C'est vulgaire. S'accrocher aux excuses. Aux alibis d'une phrase qu'il suffit de désigner pour annuler le soir (poésie - le mot fait honte au soir, ce soir précisément de cette rue noire hantée, défigurée sur cette paroi de verre éteinte). Sur les parois de la mémoire, les catégories défilent sans peine, enchaînent la mémoire aux automatismes détestables, vomissures des classes où enfermer les souvenirs. Mallarmé n’est pas assez là – ni aucun autre, ni surréels, ni parnasses, et ni aucun autre ; je cherche. Et ne trouve pas. J'allais m'en aller ; vaincu, oui.

Et au moment de partir, je me croise à nouveau, mais partant, cette fois, m'en allant, et tout change ; devant la vitre crasse du square près de l’hôtel d’Orléans, image froissée de mon visage qui soudain ne me reconnaît pas, image tremblante dans le tremblant du souvenir qui m’assaille à nouveau.

Peau de chagrin épuisée autour des fantômes d’un souvenir qu’on efface en moi – Balzac et ses vaisseau d’ivoire emportent au loin les rumeurs.

1 commentaire:

lunembul a dit…

J'ai entrelu quelques mots, seulement survolés faute de temps.
Mais je sais que je reviendrai te lire et relire.