19.2.07

la glace sans tain (3)

"ses arches en moi"

De l’autre côté de la fenêtre, c’est le bruit mat du soir qui cogne, dans la poitrine, essoufflement de chaque instant, je m’ausculte, ce n’est rien, dans le corps, ça reprend, c’est silencieux, rien ne vient, et la torpeur me saisit, l’instant d’après, cadavre, et puis – de l’autre côté de la fenêtre : le bruit mat recommence, je ne sais pas d’où il vient.

Je me penche. De l’autre côté de la fenêtre – le sol dehors est tendu devant moi. Personne ne passe ce soir. C’est mieux. Je respire le sol. Et ça revient alors, tout seul.

Quand rien ne vient, il vient toujours du temps, du temps,
sans haut ni bas,
du temps,
sur moi,
avec moi,
en moi,
par moi,
passant ses arches en moi qui me ronge et attends.

H. Michaux, Passages

Sous les arches de ce soir, un temps désiré ne plus être le corps de mon corps, et du silence devant lequel dresser ces bruits (qui cognent sur la vitre opaque), sortir des mots qui répètent le temps d’un corps voué à son désir de n’être que ce soir, le passage sous les arches, et le temps répété d’une répétition sans dehors – mais la paroi de la vitre, ce soir, sans tain éclaboussé par le dehors qui bat, les phrases qui ne sont pas moi, et dont chaque soir creuse l’opacité.

1 commentaire:

piccolofio a dit…

c'est toujours curieux d'écrire une série, n'est-ce pas...et pourtant, on en voit partout des séries de...j'ai bien eu le coup de fil, batterie à plat, je tente ce soir, d'accord ?