20.2.07

"la nuit - surtout"

"défile"

« et sur toute la largeur de la route, la nuit défile ; d’un côté et de l’autre, elle avance, mais ne franchit rien, pour le moment - pas vraiment. Deux types sur les marches de l’église, un autre accoudé contre le mur (deux mètres à gauche), ils regardent et ne disent rien. Trois gosses plus loin tapent sur le mur en face avec un ballon dégonflé - à tour de rôle ; sur toute la largeur de la route devant eux, la nuit avance, et ils ne la voient pas, ils sont déjà dedans, la nuit les a dépassés ; je passe à leur hauteur ; d’autres avec moi qui rentrent, une jeune femme plus loin, tailleur usé, bruits de talons qui claquent le retour au chaud pressé d’en finir, et les types dévisagent sans mot, quelques gestes amples ; je m'assois sur un banc dans le square en face »

Pourquoi j’attends. Après quoi – vanité épuisée ; qu’attendre d’autre que l’épuisement acharné sur le soir, rien – non, rien d'autre. Combien de temps passe. Les types sur les marches de l'église vont rentrer, injures crachées sur le sol, cadavres de bouteilles épars sur les marches, et devant la poste, le défilé des voitures se tarit, marque l’heure de quitter ce banc, et de rentrer moi aussi. Ce soir différent pourtant jette sur les murs cette ombre que je reconnais - mais je ne sais pas - la reconnaissance est évidente : mais le vide se creuse entre l'ombre devant moi, et le mot qui la dirait - le mot qui me ferait quitter ce banc. Je me lève, pourtant. En rentrant, je trouverai quelque part les flux de ma nuit, sur l'écran ma propre nuit ce soir passée à l’attendre – et je verrai son défilé. Je pourrai l’écrire enfin – sans rien justifier. La nuit aura passé.

Sur ce banc tout à l'heure fatigué au point qu’impossible de se lever, et attendre pour trouver quelque part, quelque chose qui me relèverait, trouver sur les murs de l’église du square, la trace intacte : le flux déchiré des voitures posées devant moi, circulation sans heurt – le flux continu sur toute la largeur de la nuit qui dira dehors combien le franchissement de la nuit s’est gagné sur le jour, combien ce franchissement s’est accompli sur moi ; combien sans le flux de la nuit défilée sur tout, rien du jour suivant n’aurait pu advenir.

2 commentaires:

fgriot a dit…

je n'avais pas vu dans ton flux ce flux-là...

fgriot a dit…

drôle les cheminements...
ai découvert cet article en parcourant ton rss... et un titre m'a tiré l'oreille (sonorité, reconnaissance ?) et pour cause...