6.2.07

l'ordre des jours

"d'ici, de cette chambre où je suis d'où je vois toute la ville"
«Et quand vint le jour, ce n’était pas fini – l’ordre des choses restait suspendu sans mot au dessus des tranchées de la ville, et ça continuait encore : la pesanteur de la nuit étalée comme une traînée de latence s’accrochait à tout ce qu’elle pouvait, bouches d’égouts, de métro à peine ouvertes, passages près de Sainte Victoire ou derrière l’Opéra, et sur les rebords des statues, voûtes d’églises davantage ployées sous les coups endurés par la nuit, et plus loin, c’était des trottoirs gorgées d’eau, des rues que dévalaient de minuscules torrents pour nettoyer les saletés – la boue en apportait d’autres, ça n’en finissait pas, mais personne n’était là pour voir ce lever de rideau, cette lenteur qu’accentuait encore un peu plus le vide des rues, l’attente étouffante de la journée prenait son élan avant de s’élancer entre chacune d’elles, mais pour le moment vides, les rues n’existaient pas encore, et la lumière aussi n’existait pas encore : la ville attendait qu’on vienne l’irriguer, la peupler de mille gestes qui font bouger les corps, bousculant dans l’immobile des habitudes, les manœuvres planifiées par les siècles : soudain les secousses retentissent et tous écoutent en silence le bruit que font les coups dans le jour éclairé par la nuit passée, l’attente résolue, les heurts soudains qui projettent dans le vif du sujet les pas des premiers passants, des premiers arpentant dans tous les sens les trottoirs, mais pour le moment»

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