22.3.07

contre l'autre


comme aux couloirs traversés un sens puis l'autre, rentrer comme terrifié de retrouver de l'autre côté la même pente, les mêmes objets sur le même sol qui traînent, et les mêmes bruits posés en travers, obligé de les enjamber, comme aux derniers jours de septembre (l'oubli qui décline, et persiste - prend d'autres formes), et comme ce soir là dans la rue, Paris se ralentit, une journée de froid restée sur la tempe, sentir sa présence de loin, manteau rouge sang porté trop grand, la tête penchée qui ne pleure pas, et quand je serai à sa hauteur, juste apercevoir (à peine - ou deviner : ou pressentir, imaginer) la marque sur ses poignets (ou l'espérer, étrangement, pour inventer tout le reste), des ratures rouges en travers tracées à la hâte, griffes ridicules (comme la mort qu'on provoque avec un couteau de cuisine, ou ses propres doigts acharnés) un secret de plus qui s'ajoute à cette présence seule, ici - cette rue toujours vide où elle prend toute la place, ce soir : comme aux derniers froids, le regard vide de son corps penché au dessus du soir ; le téléphone qu'elle vient de raccrocher, une valise grande comme elle à ses pieds, une valise rouge aussi sur laquelle d'un seul geste elle s'écroule sans bruit, sans mouvement particulier, juste pantin désarticulé auxquels un géant sans prévenir vient de couper les fils d'un mot, et elle reste, ses mains posées l'une contre l'autre, comme attendre la fin du jour, et du jour d'après ("jusqu'à épuisement du dossier") et moi de loin, semblant de ne pas la voir, de ne rien regarder (comment faire), et rentrer chez soi ; à sa hauteur, voir ses poignets rouges qui tremblent, le corps qui attend éternellement depuis une minute seulement - qui va rester là tout le temps, sans doute ; et moi - juste rentrer, passer à sa hauteur sans regard ni attention, sans mot, ni rien



9 commentaires:

mme-b a dit…

...serrer doucement tes poignets pour t'attirer vers moi...Pour te donner envie de rentrer che toi.
Le ciel s'est éclairci depuis ?

mme-b a dit…

chez toi (mince)

Arnaud Maïsetti a dit…

oui - mais trop tard

(parenthèse avant l'averse prochaine - le mauvais temps n'empêche pas les brûlures, au contraire)

mme-b a dit…

(un homme en transition ou un homme de transitions ;-)

Ciuciarella a dit…

Je ne peux m'empecher de faire un compliment sur ce texte, c'est une attente permanente, suffocante, jusqu'à la fin, jusqu'à rien. (et les nuages recouvrant futilement ces jolis toits nus forment un tout enchanteur)

Arnaud Maïsetti a dit…

@ mme-b : la transition, c'est un état permanent, par ici...

[une sorte de lost in transition, quoi]

Arnaud Maïsetti a dit…

@ ciuciarella : "une attente permanente" - je ne sais pas si c'est attendre, quand on n'attend rien : je ne sais pas s'il y a une fin dans cette attente.

Mais ce matin, à la place du sac rouge et des mains tremblées, il y avait juste un bout de trottoir qui prolongeait la rue. Comme si rien. (Oui - les nuages ont fini par avoir le dessus, et alors la fin aussi)

mme-b a dit…

Je me sens chez vous comme la Charlotte délaissée, cherchant un peu d'attention dans "Lost in translation"

Ciuciarella a dit…

Peut etre est ce simplement une attente perpétuelle, la fin qui se retrouve dans le départ, la fin invivable et porteuse d'espoir... et les nuages percus comme fabricateurs de pieds de plume(l'attente na plus besoin de fin, on survole désormais l'alentour) .