2.3.07

par le versant des nerfs

"cette sorte de pas en arrière que fait l'esprit"

"la vie va se faire, les évènements se dérouler, les conflits spirituels se résoudre et je n'y participerai pas. (...) Je ne travaille pas dans l'étendue d'un domaine quelconque. Je travaille dans l'unique durée"*

* A. Artaud, Fragments d'un Journal d'Enfer

au passage, arrachement du temps qui ponctionne dans la chair la dette dûe aux convenances, aux habitudes terrestres qui deviennent le temps d'une vie le temps propagé d'une douleur sans époque, sans cause ni souffrance véritable, et remplacent peu à peu et sans qu'on le sache vraiment, le poids qui au réveil pèse sur la poitrine plus fort que le matin. "La nuit me laisse cadavre". Et le cadavre dure. De cette durée qu'on nomme la vie, qui nomme chaque chose, et qui meurt dès qu'on la forme, dans la forme même qui voudrait la nommer à son tour (oui - haine, et même dégoût de la forme) : de la forme qui donne contour, trace frontières, et arrête : ne pas céder un pouce de terrain, et contre elle, au passage, reprendre le temps sur le temps, avancée qui monte le long du corps, des nerfs, d'une chair jamais lassée pour reprendre du terrain, et chasser, la traquer à son tour - quand la durée cesse, l'inventer à nouveau.

au passage, dans l'unique durée, sans forme et sans arrêt, invention de nouveaux endroits où le mal pourrait entrer (invention de nouveaux organes, de nouveaux nerfs, de nouvelles manières d'y accèder) - cesser l'entrave du temps à la douleur. Pourquoi non. On s'y attache chaque jour un peu plus. Ce n'est pas une question de temps - mais de durée.

(pas celle qui avale, pas la durée qui abîme, ou celle qui ronge - mais la durée qui reprend à son compte le décompte du temps, la durée qui empêche le temps de prendre forme : oui, la durée qui au passage (l'écrire : et qu'on nomme pas ça comme on nomme les livres, au contraire), laisse les évènements se dérouler, et à rebours, remonte la plaie par le versant des nerfs, arrache un cri au passage, à la lenteur des jours auxquels il sera donné peut-être à l'un d'entre nous la force d'y insufler la vie.)

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