9.3.07

sans adresse

marches - métro république

on aurait dit l’écoulement lent du temps, ce matin, quand j’ai croisé sans le voir ce type à nouveau, assis, ou allongé à moitié sur lui, sur ce banc de papier qu’il s’était fait avec le froid revenu, avec les cartons qu’il tirait de la nuit pendant ces marches où chasser le froid tenait lieu de survie – au passage, je perçois quelques mots lancés sans adresse au fantôme qu’il était, peut-être, ou aux rêves qu’il faisait tout haut et duquel j’étais exclu : un langage affolé composé sans mémoire et sans mot avec juste la force inarticulée du corps, prostré sur ce qu’il lui reste de souffle, et qui crache, sur moi, sur l’écoulement du temps qui un jour l’a oublié

4 commentaires:

Marion a dit…

j ai ecrit sur cette solitude
qui avait froisse mon regard d une esperance tombee dans une flaque d eau.
j ai mue mon regard en mots, en motifs.je n y ai vu que les plis de notre ignorance.
lorsque l homme parle a l ombre qu il est devenu...

S. a dit…

"C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir. " Louis Ferdinand Céline.

Ciuciarella a dit…

Tes mots vont incroyablement bien ensembles, tu sais, cet enjambement naturel, aucune froissure, aucune dureté dans l'écriture, la plume qui fait croire que le language est de corps.

Tout mon respect .

Arnaud Maïsetti a dit…

@ ciuciarella
et le corps un langage qui se déplie - qui s'étend. Le corps comme sorti de sa pensée, et qui se frotte au corps de l'autre, pour trouver une langue qui dirait ça - le frottement de conscience en conscience, la peau délivrée, qui se donne.
"écrire et vivre en même temps" - ce même temps ici contretemps du jour, des mots de corps à corps déposés face à la nuit, dans l'attente qu'elle les prenne.

bien à toi.