30.4.07

la grâce

contre le vent - l'instant ne s'est pas arrêté

la justesse, le ton porté juste de l'actrice, le moment lancé à temps, rattrapé sans délai, la précision dans l'arrêt qui désamorce la seconde de trop - l'instant profond qui prolongé se serait abîmé dans le vide et l'outrance du vide ; quand je sors, que je vais sans direction, le temps laissé derrière soi - et au devant de soi, l'heure laissée aussi où il faudra reprendre le moment là où on l'avait arrêté - comme le geste si juste de l'actrice qui un instant trop tard ou trop tôt eût été ridicule - cet instant qui sépare la grâce du néant

29.4.07

désarticulée

le rideau prêt à se lever


à présent, le décor est posé, les silhouettes éparses et désarticulées se tiennent prêtes, rien ne bouge, je me tiens (derrière le rideau sur le point de se lever), je me tiens et ne bouge pas : mon corps respire chaque particule de l'air appesanti du matin baillé de toute sa force, particules lourdes sur mes poumons, le souffle inutile me coûte tant (j'ai cessé de respirer), et j'attends - mon corps bientôt traversé à l'horizontale par la lumière, à la verticale sous l'assaut mené par chacun de mes pas sur la ville - le matin toujours rejoue la scène inquiète des rendez-vous promis, des promesses écartées, des malentendus insistés - l'attente (en laquelle je dérive, mais place tant ; je ne suis pas égal à moi même). Car à présent le décor posé ne bougera plus, chaque chose à sa place, trop tard pour tout remettre : premier pas lancé dans le jour (qui cessera le premier ?) - de l'incompréhension que les courbes décrivent ici, je ne suis ni le coupable, ni le complice ; seulement le spectateur attentif - théâtre muet ; attente interdite.
La musique commence - scande l'articulation du jour avec la lumière ; la voix désarticulée du matin enfin, qui voudrait parler cette vie jetée, crachée, attendue - que j'attends. La musique continue - callous sun.


26.4.07

avant le soleil

surexposition - quai mauriac

c'est en passant devant, mines réjouies, chaleur étouffée sous les sueurs, les vêtements surpris par l'été, tenus pleine main encombrée, que l'idée venue de loin s'est imposée, comme on marche dans le matin avant le soleil, comme on ne parle que deux heures (plus peut-être) après s'être levé - l'idée de ce nulle part où aller, de cette direction sans flèche, l'idée qu'ici sans doute où aller n'était pas la question, seulement la trace sur le sol d'un passage déjà ancien, et qui persistait - et sous les traces, d'autres traces, des centaines, inconnues, qu'on reconnaissait sans faille.

24.4.07

sourde et aveugle

aplats mouvants

hier pas loin d'ici (plus loin désormais), la foule bouge la même réalité traversée par des moments successifs d'accélération et de ralentissement, mais toujours les arrêts ne sont qu'une respiration préparant l'afflux suivant, de sorte que rien ne se déplace vraiment que la lumière et le vent : partout sur cette place, la plénitude ne diffère pas du vide, un vide saturé de mouvement identique - rendant tout mouvement immobile comme pris dans la pâte informe d'avril - la foule aplat immuable qui passe - et cette femme debout droite devant la bouche de métro (du vide tout autour d'elle), quand on passe, qu'on la frôle, (on la touche à peine on ne la sent pas) on se rend compte qu'elle ne pèse rien, que sous ses vêtements, sous sa peau, rien ne circule que le vide, et dans ses mains, ses mains qu'elle porte et qui l'accable, le vide pèse lui d'un poids effroyable, et rend cette femme sourde et aveugle au vide partout qui ne passe pas.

23.4.07

où elle va



bruits étouffés, table qu'on nettoie, (vaisselle au loin), chiffon passé sur les miettes, et juste derrière - la voix (prise dans un filet qui l'enserre, ne laisse échapper que le plus étranglé) à peine, elle se dérobe dès qu'elle s'avance - tâtonner la douleur pour voir jusqu'où elle va, si elle peut traverser les gestes du dimanche soir, pantomime épuisée, échouée d'emblée sur le lendemain qui s'achève (et recommence demain, identique à lui même : toutes révoltes bues, sans la force de les cracher - des millions de secrets frôlées ; évanouies.), pas la force de vraiment jouer, alors poser ses mains sur quelques notes, laisser faire la voix, voir jusqu'où elle va.

première fenêtre ouverte - (l'air est plus chaud au dehors)

22.4.07

l'air de partir


dans l'air encore - en plein vol l'air envolé : l'air de ne pas s'en tenir là et mouvement de dégagement vers plus loin et plus loin - c'étaient les tours qu'on élève et qu'on désosse depuis le haut jusqu'en bas et qu'il n'en reste rien - mouvement de dégagement vers plus loin

21.4.07

( # permanent daylight)




L'esprit des rues laissé au pied de la butte, et prendre sa respiration, une semaine sans bouger, l'esprit des rues immobile dans ma rue a poursuivi plus loin ramasser lame de fond des impasses et des passages ouverts (d'autres fermés mais emportés aussi) lame de transition l'effort gâché les épuisements répétés - l'esprit des rues après la semaine passée par à coups et sans respirer sans en être traversé : reprend - et s'accélère

13.4.07

l'absence

puissance terrible

"Dans le théâtre de la répétition, on éprouve des forces pures, des tracés dynamiques dans l'espace qui agissent sur l'esprit sans intermédiaire, et qui l'unissent directement à la nature et à l'histoire, un langage qui parle avant les mots, des gestes qui s'élaborent avant les corps organisés, des masques avant les visages, des spectres et des fantômes avant les personnages — tout l'appareil de la répétition comme puissance terrible. »

alors avant de pénétrer dans le théâtre, ne pas penser vraiment, et une fois assis, ne pas adresser un regard à la scène vide et noire (du sol, des murs, un trottoir qu'on a transporté du dehors jusqu'ici), pas un regard : juste se tenir assis, et ne pas voir vraiment les gens s'installer, ne pas entendre le silence poisseux des conversions planer, murmurer lascivement l'attente, non - se tenir là, et ne rien penser ; quand les lumières éteintes, les chorégraphies commencent, les voix, les déplacements des corps à dix mètres et les premiers mots lancés, moi (sur le côté, intercepter les regards, escamoter la technique de l'acteur), éprouvant la répétition d'un monde qui porte la main à son masque et dessine les contours (non, ce n'est pas une image : l'acteur portera un masque tout à l'heure, je l'imagine déjà blanc, les contours des paupières noirs, et les lèvres bleues, violettes presque), éprouvant la lourdeur de chaque pas, moi, l'intention de chaque geste, dévisageant les ombres sous les lumières passantes, moi rendu seul à la pesanteur des vivants, traversé des fantômes qui me taisent - oui, alors : en-deçà du langage, du corps, des visages et des êtres : pulsion de silences, de gestes et de masques ; figuration de l'absente (ses premières paroles qui enfoncent la lame si profond), sur scène, rien qui ne se dit - que la répétition qui défigure le monde.

12.4.07

au moment de s'en saisir

devant - la porte saint-martin

bifurcation possible - démarcation au sol (tentante) décrochage en vue : traversée effacée - imposée ; lumière éblouie (éblouissement) éblouissement encore et arrêt : mouvements feints (éblouissement évité) éblouissement entravé par l'éblouissement plus lointain : tremblante au moment de s'en saisir, la justesse du soir qu'on agrippe, et qui s'échappe

11.4.07

l'immeuble

entassé - éparpillé

en bas de l'escalier pendant des semaines, des sacs de pierre et de poussière qu'on amasse, qu'on remplit de terre (de murs qui s'effritent), ça déborde des sacs et se répand un peu partout, se mélange - la pluie tombe directement sur les sacs qui s'agrègent encore davantage, restent là plusieurs jours ; on les enjambe pour monter - les sacs de toile blanche craquent comme l'immeuble qu'ils contiennent en poignées : quand un jour je ne les ai plus trouvés là, mais emportés par camion, et dans le couloir égrenés comme des morceaux de pains la route du retour, retrouvés sur le sol des grappes de terre à intervalles arbitraires, l'immeuble en pièces réduit à dix sacs de toile : au dessus de ma tête l'immeuble tenait toujours - mais par miracle : allégé des peaux mortes qui faisaient toute sa chair, n'est plus qu'un squelette élimé, sous lequel je dors

9.4.07

passage de la Reine de Hongrie

en bas de Montorgueil

« Et ce ne sont point là chansons de toile pour gynécée, ni chansons de veillées, dites chansons de Reine de Hongrie, pour égrener le maïs rouge au fil rouillé des vieilles rapières de famille,
Mais chant plus grave, et d’autre glaive, comme chant d’honneur et de grand âge, et chant du Maître, seul au soir, à se frayer sa route devant l’âtre »

Saint-John Perse, Chronique

les passages transversaux distribuent la route droite et l'éparpillent mais je ne l'entends pas (les reines de Hongrie continuent leur chant de guerre pour se donner du courage sous les tapisseries qu'elles filent en attendant le bruit des tambours : la bataille n'est pas finie) non je ne l'entends pas je ne l'entends pas et je ne sais pas je ne vois rien qu'un pas après l'autre la lente remontée vers orgueil et les retables séchés où plus loin la plaie béance des marchés la plaie grand ouverte comme une bouche qui avale toute la journée d'une seule mâchoire et se referme dans un bruit sec je ferme les yeux je ne veux pas entendre ni voir ni sentir sous la nuque son souffle chaud qui se rapproche qui passe à ma hauteur et s'abat plus loin sur un plus faible que moi

8.4.07

340 m/s

"on y voit assez - il y a la clarté du dehors"
Maeterlinck


de long en large, passe encore, et encore, et s'efface, dans l'air trace pesante, imminente, de l'imminence qui se dérobe (sur le point de se dérober) - je vois l'éclair et l'orage ne vient pas, l'éclair au dessus des toits à deux cent mètres, trois cent peut-être, pas plus, la moiteur des façades, la lenteur des voitures, l'éclair à nouveau, plus loin (l'éclair éloigne avec lui le bruit) ; bientôt je verrai les lumières mais je n'entendrai plus rien, l'orage passe, s'accroche un peu au vacarme : les lois du monde qu'on lui tend - et qu'il refuse

5.4.07

le temps de se retourner

"rue de la lune"

Le temps de voir, le moment est passé - le temps de se retourner, le temps de comprendre, de pivoter sur soi, et regarder, le temps à peine esquissé d'esquisser un geste, et de regarder, de comprendre, le temps juste frôlé (pas suffisamment), le miroir brisé resté entre mes mains - l'image éparse et diluée ; à la surface, "on devine un peu", mais en profondeur les remous se prolongent

1.4.07

les violences

rue madar - ou plus bas, vers Montorgueil

là aussi, (là surtout), les moments de répit avant l'orage, les moments de respiration juste avant, (là aussi) et partout où ça traîne, les instants ramassés comme dans la boue et s'y noyer