13.4.07

l'absence

puissance terrible

"Dans le théâtre de la répétition, on éprouve des forces pures, des tracés dynamiques dans l'espace qui agissent sur l'esprit sans intermédiaire, et qui l'unissent directement à la nature et à l'histoire, un langage qui parle avant les mots, des gestes qui s'élaborent avant les corps organisés, des masques avant les visages, des spectres et des fantômes avant les personnages — tout l'appareil de la répétition comme puissance terrible. »

alors avant de pénétrer dans le théâtre, ne pas penser vraiment, et une fois assis, ne pas adresser un regard à la scène vide et noire (du sol, des murs, un trottoir qu'on a transporté du dehors jusqu'ici), pas un regard : juste se tenir assis, et ne pas voir vraiment les gens s'installer, ne pas entendre le silence poisseux des conversions planer, murmurer lascivement l'attente, non - se tenir là, et ne rien penser ; quand les lumières éteintes, les chorégraphies commencent, les voix, les déplacements des corps à dix mètres et les premiers mots lancés, moi (sur le côté, intercepter les regards, escamoter la technique de l'acteur), éprouvant la répétition d'un monde qui porte la main à son masque et dessine les contours (non, ce n'est pas une image : l'acteur portera un masque tout à l'heure, je l'imagine déjà blanc, les contours des paupières noirs, et les lèvres bleues, violettes presque), éprouvant la lourdeur de chaque pas, moi, l'intention de chaque geste, dévisageant les ombres sous les lumières passantes, moi rendu seul à la pesanteur des vivants, traversé des fantômes qui me taisent - oui, alors : en-deçà du langage, du corps, des visages et des êtres : pulsion de silences, de gestes et de masques ; figuration de l'absente (ses premières paroles qui enfoncent la lame si profond), sur scène, rien qui ne se dit - que la répétition qui défigure le monde.

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