30.5.07

fièvre

B-M Koltès
à partir d'une photo de L.
Monier
"Libération" ce mardi


Et maintenant : où ? par où ? comment ?
Seigneur ! par ici ? c'est un mur, on ne peut plus avancer ;
ce n'est même pas un mur, non,
ce n'est rien du tout ; (...)

Koltès, Quai Ouest - ouverture

images alignées proprement, l'une contre l'autre : par dessus deux avis qu'on dispense en pareils lieux d'injures, théâtre liquidé sous les revendications syndicales, sous les robes noires et élimées des justes et des justiciers, des justifiables, des maitres mots qu'on brandit pour éviter de penser ; procès d'intention contre procès bavard des intentions défendues, deux vacuités bruissantes et qui se répandent sous eux, en flaques et sans gêne ; dos à dos renvoyés sur des cachets ou des ongles enfoncées dans la terre arrachent un peu le sol comme on l'éternise ; l'une contre l'autre disposée ; étalée sur la table comme immobile et par-dessus les mouvements grandiloqués à grands gestes par la main comme des ombres qu'on efface, (pour voir d'autres s'éloigner) ; il y a ce bruit du monde, qu'il fait si bien seul quand à l'observer le silence se creuse, efface les concentrés rances de bavardages au-dessus des voix mortes qu'on enterre à nouveau - il y a cette tache au milieu, qui grandit, et brûle qui l'approche ; cette trouée brûlante, fièvre qui grandit, et dont la rumeur, basse continue insoutenable que rien ne tait, grandit et ne se laisse pas faire - parle, cherche un endroit où continuer encore, où chercher la sortie, encore, encore grandit, cherche encore où sortir, et maintenant



8 commentaires:

Marion a dit…

j'aime la surexposition de la photo, le second visage que je donne à tes mots

Arnaud Maïsetti a dit…

surexposition - c'est le mot.
jusqu'à la rendre invisible, le négatif du blanc, du noir mêlé dans la lumière

Marion a dit…

voir la vie avec un filtre négatif
pleurer des sourires
tambouriner des mots
heurter un rayon de soleil
quand il pleut des cordes

(je ne sais plus)

Arnaud Maïsetti a dit…

... grimper

(?)

Marion a dit…

m'accrocher...


j'ai des yeux à la place des mains,
battant des cils,
dans le vide

Arnaud Maïsetti a dit…

et le vide
se laisse
faire

Marion a dit…

narguant
cavalant dans des vastes écritures
brouillon brouillant les pistes

S. a dit…

"Puisqu'il n'y a pas de vraie injustice sur cette terre autre que l'injustice de la terre elle-même..." Bernard-Marie Koltès, Avant la nuit.