5.6.07

arrivée(s)

place de la bourse

repartir - en passant, près de la rue sainte victoire, on ballaie devant une église toute la poussière qui s'est déposée sur le parvis - car depuis des mois, on reconstruit cette église (je suis les travaux presque chaque semaine) en retirant de l'édifice une pierre après l'autre et pierre après pierre comme pour les compter (une pierre après l'autre, comme toujours) soufflant dessus pour les faire briller ; ces dizaines de pierre (impossible d'en avoir une image correcte - impossible de seulement penser en avoir une seule qui serait visible) ; devant moi l'une sur l'autre, ce mardi matin - et je suis parti, voyant toujours ce que je vois quand dans l'angle réaumur je me tourne et l'angle de la Bourse me toise et répand sur le sol une ombre gigantesque qui vient mourir jusqu'à mes pieds (il est onze heures), comme toujours, rituel immuable, l'image par dessus l'épaule de la Bourse d'un ciel crevé où partir encore et encore n'arrive pas à s'achever. Ici où partir n'avait de sens qu'ainsi dans la valse un tour complet inachevé appelé par l'autre pour engendrer une boucle et la recommencer. De sainte victoire à cette bâtisse de plomb qui enterre peu à peu le ciel - je vais et pars et recommence : trois temps valsés sur la pointe des pieds qui savent par coeur le tempo, ses langueurs, ses moments d'amorce, et de bascule - de solitudes. Et repartir sans savoir vraiment s'il l'on est arrivé, quelque part, quelque temps où rester, s'habituer au monde qui dévore, connaît le prix des départs, ses taux d'intérêts, d'emprunt comme toujours. Mais derrière l'épaule où s'abaisse son ombre, chaque pas derrière l'autre engendre l'autre pas possible, comme les pierres de sainte victoire nettoyées sur le sol devant son propre mur. Je repars, certain que revenir est une forme de promesse, le souvenir de ces pierres dressées contre l'affaissement du ciel ; contretemps battu sur les portées certaines, décalage en portrait, trois temps en même temps fondus dans un geste ici repris et rebattu. Partir comme arriver ici se confondent, où n'est question que de recommencer.

2 commentaires:

Marion a dit…

"Partir comme arriver ici se confondent, où n'est question que de recommencer."


éphéméride d'un chemin à contretemps, tout contre,
un syncrétisme avec les heures, avec les pas,
à reculons,
toujours dans l'action.
où s'arrête la route, si ce n'est un chemin?

y a -t-il des impasses à reconnaître pour les rencontrer?

la valse valse valse, encore, toujours, cadence, pas, valise, valse, une lettre, on part, on rentre, on revient, on retourne...

(où est la sortie?)

Arnaud Maïsetti a dit…

(la sortie à chaque pas qui ouvre une autre porte)