31.7.07

Roma

"Quand tout a été dit,
quand la scène majeure semble terminée,
il y a ce qui vient après.
"


Michelangelo Antonioni
(1912-2007)

28.7.07

l'ombre portée qu'on défie

ce geste rue d'aboukir







le bronze drapé dans la peur, dans la honte, dans le geste même qui voudrait dessiner l'immobilité du soir

















statue sans ombre puisqu'à l'ombre d'elle, c'est la nuit qui se pose, et qui figure son ombre portée sur moi comme une question sans adresse









- question qui défigure le geste,
la statue rue d'aboukir en bas de chez moi
lève le poing
se protège du soir
autant qu'il le défie

27.7.07

cet orgeuil

"le visage borné de cette conquête"

ce n'est pas suffisant, cette fatigue n'est pas suffisante, n'est pas suffisante cette heure, et ce jour, pas suffisant, ni cette rue, ni ce pays, et pas suffisant ce corps, pas suffisant non, le tien, n'est pas suffisante cette lenteur, pas suffisant cet orgueil à déposséder la nuit qui vient, qui va passer (je le sais bien), pas suffisant ce regard - ce n'est pas suffisant, cette langue qui tord, cette croix qui plie, pas suffisant non plus, le coeur rompu dans ma poitrine qui force ; pas suffisante la fatigue.

26.7.07

la possibilité déniée

rue d'ici

on pouvait croire au possible, et mépriser sa possibilité toujours plus largement exhibée en parole parlée, en langage soudain dépouillé (seule reste le geste, comme à la tribune le mouvement de bras qui scande le mot, l'emporte sur l'idée, évacue le reste) - on regarde sans surprise les mouvements. La majorité certaine. Les minorités plus nombreuses que tout. Dans chaque rue, les voix étouffées. Les possibilités effondrées. Au loin, on prépare les documents, on anticipe les adhésions, nombreuses forcément - les oppositions au monde réduites à l'insulte. Quoi d'autre. Et au près, les possibilités qu'on nous impose. Auxquelles nous sommes exposés, sans possibilité de réponse.
ces projets pour le siècle qu'on lit les yeux crevés

24.7.07

de celle

épargnées

ce qu'il manque - ce qu'il faudrait - ce qui de l'autre côté du siècle, n'est pas passé - ce qui est sûr - ce qui s'échoue - ce qui démonte - les projets, les revers - ce qui arrive - ce qui attend - et attendra encore le prochain train - ce qui descend du quai - les bagages enregistrés - ceux qui s'embrassent - ceux qui lisent leur nom sur des pancartes tendues par des inconnus - et ceux qui restent ici comme derrière la glace sans tain d'une félure agrandie sous la plaie - regard croisé de celle qui passera - regard déjà passé de celle qui ne m'a pas vu

19.7.07

il viago

qui s'insinue

deux temps passés en trois mouvements exécutés face au mur ;
et face au mur délimité par les moments perdus dans la ville
au moindre bruit apeuré
au moindre facas
abîmé
en allé

corps lourd écrasé sous le poids du froid qui ne vient pas
sous la lenteur du ciel qui ne passe pas
qui ne passera plus
maintenant que demain revient au même
revient au centuple d'un sommeil qu'on aurait voulu écrasé contre elle
elle partie dès le jour où je ne suis pas



17.7.07

# 5 [nocturne] (et fin)

par le reste battant

La porte entr'ouverte ne laisse passer qu'un rayon de lumière échoué aux pieds de ce type immobile comme les autres, droit, valise à la main, costume noir sans pli. Je pousse la porte comme on ouvre un ventre, sans vraiment regarder la douleur qu'on est sûr d'y trouver - sur le lit, draps défaits par la nuit, l'ombre chaude de son corps à elle évanouie ; et sur le mur, crevasses allongées, mon ombre à moi sans forme et sans désir - à la fenêtre, le jour levé depuis longtemps déjà sur le point de disparaître du cadre. La nuit a duré jusqu'ici et je vais me réveiller. Je regarde juste mon corps encore étendu dans le sommeil, seul maintenant qu'elle est partie, et je compte les respirations comme les moutons tombés de l'autre côté du trou, et qui s'entassent. A cinq je me réveille. A dix, j'oublierai tout.

13.7.07

***

henri michaux, 1958

lentement le soleil de l'autre côté

11.7.07

passe encore

terminal (?)

Dans l’attente, ce n’est pas le temps qui passe sur le corps, non, le pire ; le pire, ce n’est pas non plus l’absence de temps vraiment qui brûle ; mais c'est la morsure du temps achevé qui jamais ne s’achève, ni ne s’achèvera, le pire - cette morsure qui prend, s'étend sur tout le corps, c'est le temps achevé sur une béance impossible à résorber que dans l'attente inachevable : temps qui s’annonce et n’arrivera pas – dans l’attente, la douleur, ce n’est pas le temps passé comblé, mais ces heures à venir qu’il faudra toutes traverser, en laissant sur chacune d’elle, la force de croire qu’une seconde lointaine déterminera le terme. Devant moi, jeté au-delà d’ici, au-delà d’un possible envisagé, au-delà de l’au-delà possible et supportable, une heure m’attend qui cessera l’attente, et cette heure-ci creuse en moi le vide jusqu’à la nausée, sans repos ni trêve, l’heure prochaine et délivrante s’allonge et devient ces centaines d’heures où rien n’arrive que l’attente prolongée, qui se prolonge.

10.7.07

quelque chose d'autre

quelque chose d'autre
que parler seulement
d'autre que parler et dire que
seulement je sais
et d'autre que savoir que
oui - autre chose sans doute que d'être seulement
là ce bout d'être
qui parle sans dire que
vraiment
il sait
et puis surtout autre
chose
oui
qu'être cette chose qui seulement parle pour dire
et autre chose que ce qui
parle et
veut dire
mais dit
je suis
(tremblant d'être dans le bras qui va bouger)
au dessus de tout
vraiment
(semblant de tension dans la phalange qui va se dresser)
il y a parfois planant comme un doute sur l'opéra des choses
(apparant dans l'ombre la solitude d'être qui va s'immiscer dans la caresse)
l'impression que le geste prend
naissance avant le mouvement
et le déplacement opéré sur la réalité
ne porte pas de nom

et se déplace
le long de la peau jusqu'aux lèvres
fermées sur le mot

9.7.07

abattu sur nous

Egon Schiele
"Femme assise à la jambe repliée", 1917.


"Notre siècle est tragique par lui-même ; aussi refusons-nous de le prendre au tragique. Le cataclysme s'est abattu sur nous. Habitués déjà aux ruines, nous commençons à remettre sur pied de nouveaux petits logements, de nouveaux petits espoirs"

D.H Lawrence, Lady Chatterley

veillée d'armes ; plus loin la rumeur monte des plaines comme de la brume ; derrière l'aube aiguise ses fers rouge ; au près, partout - chairs contre chairs enlacées sur les cendres froides ; le jour s'éteint peu à peu avec le désir ; le siècle levé plus fatigué qu'hier (se dresse) sur le point de s'affaisser -

7.7.07

doucement sur la ville

même alors que l'aurore s'allume croire ici l'attente possible et sereine d'un jour basculé sur lui même de l'autre côté faisant voir envers et décor les persiennes baissées sur le déshabillé du soir qu'on traîne vingt ans sur la peau et qui s'enlève d'un coup de poignet et piétiner comme on danse sans y penser quand la musique force la ville à s'allonger sous la nuit et à reposer seule le noir où s'imaginer demain ailleurs

4.7.07

# 4 [nocturne]


Quand je monte, quand je descends, toujours ces files d'hommes, costumes propres et sombres sur chemises blanches, et je ne peux regarder leur visage, ma tête vissée au sol ne pouvant voir que leur tronc, hommes troncs sans visage sur des kilomètres de couloirs dans cet immeuble de long en large parcouru comme d'une seule glissade. Sur la droite soudain, un couloir plus vide qu'un autre, un couloir avec un homme seul, un homme grand et droit comme tous les autres, aussi grand et droit que tous les autres - debout seul au milieu de ce couloir ni plus grand ni plus enfoncé dans le rêve que les autres. Un homme seul - et à côté de lui, cette porte entr'ouverte.