6.8.07

Eliès

(
Enfoncés dans le mur, entre chaque pierre d'où sortent par endroits quelques mousses à peine vertes, et sous les gravures au couteau mal aiguisé, ces morceaux de papier (comme ce film qui se termine par des prières écrites au mur, ou à la femme (on ne sait pas), ces prières (quoi d'autres) posées dans les entrailles du mur pour qu'il les garde et les efface de la mémoire de l'homme - qu'il en sorte lavé), ces mots donc en petits papiers pliés en quatre, huit, seize ou cent et qui dépassent un peu, suffisant pour qu'on les voit, mais pas assez pour qu'on puisse les prendre, trop pris dans la pierre - le papier déjà minéral, minéralisé par le temps, la pluie, les larmes de cet homme déposées là le premier jour et depuis engorgées de siècle répandu partout, des larmes devenues torrents d'éternité qui ont fini de sertir le papier - momifié à grandes lampées d'oracle. Il aime son mur comme un fils qu'on déteste. Il se tient devant chaque pierre l'une sur l'autre cimentées, et nous ne voyons aucune pierre - seulement la frontière dans laquelle se sont incrustées des centaines de petits papiers, des prières à cette femme (toujours la même), composée dans des langues toutes plus étrangères les unes que les autres - des prières comme sur une tombe chaque fleur à sa pensée ; et chaque pensée, une seule journée avant l'oubli. On se tient devant, on regarde. On en dit rien - comme devant un muet, on se tait. On ralentit le geste. On regarde et cherche un endroit où enfouir son mot, qu'on étrangle dans la main. On attend que le lieu vide où ira le mot se montre, sorte du mur pour nous appeler. L'attente dure autant que le jour, la nuit réunis, et le jour d'après - s'il le faut. Chaque instant face à ce grand mur, chaque heure passée devant, devant l'impossibilité de prendre ces petits mots enfoncés dans le mur, l'impossibilité de déposer le sien (ces paroles qu'on se jette (rituel)), renforce encore la croyance en quelque grâce dérobée de la vue des hommes, et palpable par cette femme seule, qui rit (démente, comme son nom), qui pleure sur le mur comme un ciel, un ciel sans la ville pour recueillir une fois achevée sa colère sans force - déversée par à coups. La femme est si loin qu'elle semble imminente. La pluie tombe. Le moment de partir arrive - vite enfoncer le mot quelque part, n'importe où.
)

(écho depuis hapax)

2 commentaires:

B. a dit…

Et dans les interstices – il est là – recueilli entendu à demi-voix – compris
Il est là
Déplié dans ses épaisseurs – pas toutes encore peut-être – mais dans la main déjà là
Entendu même avant que d’être lu écrit trouvé

On est resté au pied du mur

Et les gouttes tombent
Sans discontinuer

Et parce qu’il y a une imminence proche, l’on reviendra encore encore encore
Poser les marques au mur, au sol, dans les papiers, que l’on croisera des voix – peut-être – que l’horizon s’ouvre grand quand il lui prend à respirer dans les marges et que l’on peut tout
Oui l’on peut tout parfois dans une petite faille

Découvrir ce qui se tient au bord toujours loin sur le bord de l’arrête, "éprouver en pensant ce qui chercher à se dire avant même de connaître, brûler à l’aube de découvrir"
Et sortir de la ritournelle –

Arnaud Maïsetti a dit…

- dans les petites failles où s'échangent les mots -