31.10.07

à l'aube

On attendait. On attendait là, pendant des heures, pendant des jours. Le temps que ça aurait pris, le temps de l'attente. On n'en savait rien, on n'attendait rien d'autre. Au juste, on n'attendait plus que cela, que l'attente prenne fin. On n'attendait plus rien. Ni geste, ni regard, ni qu'on se penche sur nous, ni qu'on nous crache dessus. Le ciel, les passants - quelle différence. On était là. Attendant un jour que le jour d'après soit différent. Le jour d'après est venu. On aurait pu attendre encore.

30.10.07

"le seul grand chemin que j'aie jamais suivi"

rue poissonnière

Des routes qu'on place en travers de la route, de ces routes qu'on dispose comme un tapis, qui dispose autour d'elles les passages où passer où se perdre, les chemins où aller ("appeler ça aller, appeler ça de l'avant"), on dira qu'on les emprunte, qu'on ne fait que traverser ; et sur les routes étalées devant nous, avachies autour de nous et à côté desquels on passe sans regarder vraiment, se demander alors ce qu'il y a sous les routes, ce qu'il y entre elles, ce qui demeure quand on les déplace.

28.10.07

le nom de la ville


C'est au centre, ça ne bouge presque pas, ça tourne autour des évidences, sans bruit et sans effort, ça donne l'heure et les directives, ça rend l'âme quand le corps ne suffit plus, ça frappe le sol, ça crève d'envie, et quand le type partira, ça regardera loin la trace qu'il laisse, ou quand le type s'allongera, ça approchera les mains près de ses poches, et ça comptera le sommeil en pièces d'argent et de poussière, ça ne dure jamais longtemps, une nuit suffit à l'épuiser, cette place creuse les apparences, et derrière les apparences, quelque chose d'autre résiste qui me tient éveillé - ça pourrait s'appeler rémanence mais porte nom solitude : la ville qui passe, et ne demeure jamais.

26.10.07

"As to a lover's bed"

ANTOINE.--O toi ! qui es trois fois plus noble que moi ! vaillant Éros, tu m'apprends ce que je devrais et ce que tu n'as pas pu faire. Ma reine et Éros ont, par leur courageux exemple, pris sur moi l'avantage d'une grandeur mémorable. Mais je serai, pour la mort, comme un jeune époux, et je m'y jetterai comme au lit de mon amante. Eh bien allons ! Éros, ton maître meurt en suivant ta leçon. Voilà ce que tu m'as appris.
(_Il se frappe de son épée_.)
Comment, pas mort encore ? pas mort ? Holà, la garde ! Oh ! achevez-moi !
(_Entre la garde_).
PREMIER GARDE.--Quel est ce bruit ?
ANTOINE.--Amis, j'ai mal fait mon ouvrage... Oh ! achevez ce que j'ai commencé !
SECOND GARDE.--L'astre est tombé.
PREMIER GARDE.--Et l'époque est révolue.
William Shakespeare, Antoine et Cléopâtre ; IV,5
Près de moi, je sens mes forces qui faiblissent, je sens mon corps à peine, et chacun de mes doigts qui dessinent devant moi l'équilibre effondré des puissances pèse tant et tant encore, plus lourd sans doute que la ville dehors accrochée à la nuit comme à sa dernière croyance, et quand près de moi, je ne trouverai que le jour suivant prêt à se laisser dévorer par la nuit déjà avancée sur elle, ce qui restera de fatigue ne sera pas suffisant pour me porter jusqu'à mon propre corps - et pourtant. Ce désir qui va portant sur les murs, chiffres décelables d'une secousse capable de remuer le plus immobile des souvenirs - comment penser à cette mort du monde par quoi le monde s'est engendré, comment y penser autrement que sous l'image du lit d'Antoine et de son corps nu d'être vivant et transpercé par la mort du monde avec lui, du désir pour toujours, comment - ce désir porté comme spectre déchiré et prolongé et diffracté sur des villes par le cri poussé alors qui disait la chute des étoiles : et c'est de cette chute précisément, traînée de lumières mortes il y a des milliers d'années, de cette chute oui, de la lumière de cette chute que nous éclairons nos pas, cette lumière éteinte depuis longtemps déjà mais qui persiste dans l'univers son trajet jusqu'à nous, si lentement, tellement lentement, et sous cette lumière si lente et si profonde, nous marchons, nous tenons cette lumière devant nous comme une bougie dans la tempête, comme notre souffle sous la mer, nous tenons, et dans les rues où nous allons, nous cherchons, nous cherchons sans doute quelque part le lieu précis où l'étoile dans un dernier embrasement s'abattra sur le monde - le lieu précis où nous serons, où nous verrons.

25.10.07

sentier


en montant

Opacité du soir qui tombe de si haut, et en montant sentier mort de fatigue depuis des heures déjà, se dire que ce qui tombe n'est pas si lourd, pas aussi lourd en tout cas que ce qui de la terre, de la terre sous le sol, de la terre plongée plus profondément que le béton, ce qui depuis cette terre sous les dalles de pierre remonte, épaissit l'air partout où que je la respire, et forme cette densité brumeuse dans laquelle je m'enfonce, qui finira par me happer.

21.10.07

l'écume

contre-plongée

à la verticale, plongée à la verticale, en ramener les bonnes raisons, les moins bonnes, racler le fond, agiter l'écume, attendre - voir le fond redevenir lisible ; et à l'aveugle, plonger à nouveau mains en avant comme dans le noir repérer les murs, et l'espace devant soi pour pénétrer plus avant, que mes mains soient le regard, que le vide, la profondeur creusée sans cesse sous les gestes et les hésitations ; tâtonner le vide et en retirer les violences, s'en faire de nouvelles profondeurs où avancer.

20.10.07

"Il n'a pas de."


"A la bibliothèque universitaire de Salzbourg, le bibliothécaire s'est pendu au lustre de la grande salle de lecture, parce que - ainsi qu'il l'a écrit sur un billet qu'il a laissé - il ne pouvait plus supporter, après vingt-deux ans de service, de classer des livres et de prêter des livres qui ne sont écrits que pour causer des malheurs, et, par là, il entendait tous les livres jamais écrits. (...)"

Thomas Bernhard, L'Imitateur

On reconnaît les hommes à la somme des malheurs qu'ils portent en eux, des malheurs qui agrandissent le monde de possibles, de lointains : des malheurs qui épaississent le temps le rendant seulement supportable. On pourrait se pendre, oui. On pourrait hausser les épaules et continuer plus loin. Certains brûlent des bibliothèques - et en rêvent qui seraient de purs bonheurs, sans aspérité ni forme de contact, sans faille, sans saillance : sans livre, peut-être. On reconnaît les livres (ceux qui valent) à la somme de langage qu'ils charrient, au geste qui décrit la courbe la plus vaste, du monde à ce qui le produit - du corps au langage qui saurait le désigner : du cri au silence qui le nomme. De ce malheur, nulle tristesse, nul je ne sais quel lamento résigné : nulle pente vers la corde. Ce qui mène au lustre : moins le malheur, que cette organisation hiérarchisée des livres qui la transportent pour se dégager du monde en chaos. Moins le malheur que soudain la vacuité d'un bonheur bête à se hausser plus grand que la douleur, plus grand que soi. L'orgueil à considérer que dans le bonheur, il y aurait aussi du sens. Il y aurait aussi du langage. Il y aurait aussi de la vie. L'orgueil, sans doute, à faire de sa mort, un malheur de moins, et qu'on n'en ferait pas de livres, qu'on n'en ferait pas du sens.

"Quand donc pourrai-je parler de mon bonheur ?

Il n'y a dans mon bonheur aucune paille, aucune trace, aucun sable.
Il ne se compare pas à mon malheur (autrefois, paraît-il dans la Passé, quand ?)
Il n'a pas de limite, il n'a pas de..., pas de.
Il ne va nulle part. Il n'est pas à l'ancre, il est tellement sûr qu'il me désespère. Il m'enlève tout élan, il ne me laisse ni la vue, ni l'oreille, et plus il... et moi je...
Il n'a pas de limite, il n'a pas de..., pas de.
Et pourtant ce n'est qu'une petite chose.
Mon malheur était beaucoup plus considérable, il avait des propriétés, il avait des souvenirs, des excroissances, du lest.
C'était moi.
Mais ce bonheur ! Probablement, oh oui, avec le temps il se fera une personnalité, mais le temps, il ne l'aura pas. Le malheur va revenir.

Son grand essieu ne peut être bien loin. Il approche."

Henri Michaux, Bonheur Bête, in La Nuit remue.

19.10.07

bouches de métro muettes

Bonne Nouvelle

Prendre en marche le cours des choses, juste dans le même mouvement qu'il amorce, dans le même geste sans espoir qu'on lancerait comme on fait flotter des coquilles de noix dans les caniveaux ; voir les naufrages aux portes des bouches d'égout.

16.10.07

le désastre


(ce soir, devant les colonnes de chiffres comme devant une foule, comme devant la foule jetée en avant de soi et sur laquelle on avance, ce soir, penser au désastre, coupable d'aucun crime, penser au désastre innocent, sans visage, sans corps, sans regard, sans nombre - et quand je marche, sur quoi je pose les pieds, et de quoi ma vie se trouve justifiée : le décompte se fait, les corps sont remplacés par autre chose qui ne porte pas de nom (on dirait du sang trié en bon ordre), ce serait plutôt, oui plutôt : le décompte d'un temps qui n'est pas arrivé encore, temps étranger à tout ordre, à toute tentative de le faire respecter)


15.10.07

mariposa

en face

ne pas vraiment regarder, ne pas ciller non plus, ne pas baisser la garde, ne pas esquisser pour la beauté du geste une chicuelina épuisée, ne pas esquiver non plus, ne pas face à la lumière céder à la tentation de la faena vaine et dérisoire, rester, pieds, corps arrimés, derechazo immobile et limpide, attente de ce qui ne saurait arriver, la lumière qui grandit, qui finit par donner forme à la nuit jusqu'à disparaître sous elle.

14.10.07

l'attente

"Il y a des heures où on dirait qu'une paume lourde s'appesantit tout à coup sur la terre, pleine de nuit, comme la main écoeurante et douce du boucher qui tâte un moment le frontal de la bête, avant d'asséner le coup de merlin, et à ce toucher, la terre même comprend et se révulse : on dirait que sa lumière même rancit, que le matin souffle sur elle mou et chaud par un mufle ignoble. Aucun signe indéchiffrable n'est venu, mais l'angoisse est là, dans l'air brusquement épaissi de la chambre de malade : l'homme tout à coup ne sent plus ni faim ni soif, mais seulement son courage qui se vide de lui par le ventre, et on l'entend souffler par le nez, comme si le monde lui tournait sur le coeur."
Julien Gracq, Un Balcon en forêt

Le temps ne se compte pas en années, en secondes - l'espace en mètres à faire, et ni la ville en trottoirs arpentés : ni le corps, en peaux mortes tombées sous la fatigue. Quand le temps traversé ne compte plus qu'un instant qui déborde, quand l'espace qui me sépare de tomber est derrière moi, et que la ville usée par les marches n'est qu'un seul et immense mur coulissant, que le corps une seule peau épuisée que j'échange avec la nuit : c'est comme se défaire peu à peu du sentiment pesant qui me fait appartenir ici, ce maintenant dérisoire. C'est comme sur ce miroir voir son ombre passer et s'enfoncer dans le mur. C'est apprendre peu à peu que le temps, que le vide, que le corps, que le reste n'est qu'une appartenance de plus de laquelle se défaire - que le sentiment nu d'approcher cette béance qui déchirerait l'attente, et ne ferait de l'attente qu'un poids de plus dont on se déleste sur la route : un désir en lequel s'engager comme dans un corps.

13.10.07

strates

diffus

Dans un instant, première montée du soir : levée de bouclier du noir diffusé par strates de plus en plus épaisses dispersées sur la ville comme des foules évanouies sous la poussière - en regardant mieux, on pourrait voir passer sa vie, on pourrait même la toucher, si on tendait la main : si on n'avait pas peur d'être emporté.

12.10.07

il répète

de rage, c'est de rage, dit-il, c'est de rage, il répète et qui pourrait l'arrêter, et de plus loin encore le mot vient et se redit, ce n'est pas le même mot, à chaque fois plus lourd, à chaque fois plus vaste, plus large que lui, il dit encore et qui pourrait l'empêcher de dire à nouveau - c'est de rage que ma bouche s'ouvre et quand elle s'ouvre - et c'est les yeux qu'il ouvre plus grand - quand la bouche s'ouvre, ce n'est pas les mots qui sortent, de la rage oui, comme il dit le mot, il l'étouffe, le serre dans sa gorge pour que de lui, ne demeure qu'une sorte d'échappée assourdie sous la rage même - et au moment où il va dire, ce que la rage dit, ce que la rage porte quand poussée jusqu'à ce degré rampé jusqu'au point où l'humiliation même ne va jamais - rien ne sort que du sang craché sur ceux qui prétendaient en faire une fiche nouvelle d'identité, nationalement impur, qu'abreuvent les immeubles propres des ministères en faillite d'amour-sale ; sang craché sur les vestes blanches - allez y trouver trace de ma race, couleur de la terre, couleur de la rage.

11.10.07

l'atrocité


Fatigue portée comme un manteau trop lourd, la rue est plus longue que la ville ; et sur le sol invisible, plonger des pas aussi profondément qu'un couteau dans le corps ; la pluie lave les saletés de la journée comme on fait les poches à un cadavre : s'assurer qu'il n'emportera rien là où il va ; les types étalent sur leur visage l'atrocité simple de la veille, du lendemain, du siècle suivant et passé : rien ne change peut-être que ma fatigue, plus lourde qu'hier, allégée d'un poids supplémentaire - que j'ignore ; le mouvement que mon corps opère sur la ville est imperceptible, qui déplace avec lui chaque chose jusqu'à rendre visible l'insupportable, acceptable même l'idée que je vis ici, possible sans doute que demain je serai encore là. Et le doute s'installe quand même. Car quand je lève les yeux sur la rue qu'il reste à gravir, ce n'est pas la suite que j'entrevois. Non. Mais la possibilité de s'y dérober.

10.10.07

décompter les corps

passage du temps
mouvement qui voudrait déplacer la rue
ne déplace que le regard



flux bligatoire qui charrie avec lui les nouvelles du temps qui passe et ne s'arrête que lorsque avec lui s'arrête le temps même du décompte - flux des visages que je croise sans arrêter un seul regard - flux des paroles qui passent entre mes lèvres sans sortir une seule fois de la bouche - comme on décompte les corps, l'un après l'autre, une tragédie qui devient statistique, l'un après l'autre les corps forment un ensemble homogène pour donner nom au désastre : ce n'est pas de temps qu'on vieillit, mais de l'oubli organisé en temps voué à devenir si minuscule, jusqu'à devenir illisible - et s'effacer. Ce n'est pas de vieillesse qu'on meurt, mais de perdre patience - de perdre la colère qui tenait debout le ciel droit sur la jeunesse aux poches crevées, d'où s'écoulent nos marches. Ce n'est pas de fatigue que l'on dort, mais de lâcheté à ne pas prolonger la veille.

9.10.07

langues mortes

porte saint-denis

on s'arrange avec les codes, on se comprend sans avoir besoin de justesse, de précision - on apprend les mots de chacun, s'approprie les formules qu'on associe aux langues familières qui parlent dans nos têtes, les insultes qu'on porte comme un masque. Et quand les langues mortes ont fini le travail de sape, quand les langues enterrées se vident encore un peu plus jusqu'à recracher de leur gangue les leçons pour le siècle des grammaires épuisées - les langues jetées sur les murs n'ont plus besoin de mots, ni de geste, ni de sens. Sur chaque mur, sur chaque peau, comme la douleur de nommer. Sur une porte, on frappe au mur et déchire les peaux mortes qu'on n'a pas oubliées. Les cadavres qu'il faudrait déterrer plusieurs fois pour s'assurer de leur mort.

8.10.07

décalage

Quand on a traversé la rue, les types les regards penchés comme sur ailleurs, les types aux têtes levés vers les écrans, et qui criaient malgré eux des émotions que l'image impulsait ; pas des émotions, juste réactions du corps, de la glotte devant les images qui défilaient instantanément les mêmes sur les mêmes écrans, et les mêmes corps comme posés devant et qui attendaient, et qui étaient dans la même minute les mêmes cris étouffés puis lâchés en même temps, les corps dépossédés de leur regard, les corps penchés, dévissés, défigurés sur les retransmissions en mondiovision d'une soirée arrêtée au milieu de la blancheur ouatée de samedi.

Pas d'appareil, ce soir là, pour enregistrer les têtes tordus sur les écrans des bars. Pas d'images à prendre, il y en aurait pour chaque trottoir.

Alors juste rentrer seulement, la soirée est passée pour nous, le reste ne nous concerne pas, et de Notre Dame laissée aux cracheurs de feu, traverser en croisant Hôtel de Ville ramassée en une seule gorge, continuer Tour Saint Jacques, où voir les forces de l'ordre cous tendus au dessus des vitres des cafés, et puis se heurter à la sortie de théâtre place du Châtelet, les femmes habillées en mauve, et les hommes en costumes ne savent rien, on se passe des chiffres, on pousse les mêmes sortes de bruits, et nous on traverse sans voir ou presque, rire un peu, ne pas vraiment savoir de quoi, si c'est de partir, ou autre chose : comme on rit de ne pas appartenir, et que cette distance comme au théâtre, percer le quatrième mur de la soirée, et s'engouffrer dans le métro vide, ça ne durera pas longtemps, remonter la rue vers ici, et à travers la moiteur de la nuit, les cris depuis les écrans opaques traversent les écrans ouverts des fenêtres pour venir jusqu'en bas, nous qui marchons déjà d'une autre soirée -

Contretemps battu sur le sol, jusqu'à ne plus savoir quelle heure il est ; alors quand se retourner le lendemain matin, ramasser la soirée en miettes ; mille pensées pour l'autre soirée passée à l'ignorer seulement, mesurer l'apesanteur de cette prise d'intervalle, douce : et pénétrante.

Cette autre soirée passée comme en marge, nuit blanche traverser sous les ombres des statues ; sentiment étrange d'être à sa place. De laisser le reste, les partages violents que la ville seule sait imposer.

7.10.07

la distance

pas besoin de respirer la mer pour l'entendre ; pas besoin de la voir, pour la sentir proche, proche à y tomber ; et pas besoin d'y aller vraiment pour ramasser du sable (chercher partout des dents de requins) - mais besoin plus sourd, plus souterrain, d'aller chercher sous cette image prise pour moi, comme volée à ma place et de ma place où d'ici paris n'a ni arbre ni crevasse ni ciel véritable, aller chercher, oui, ce qui faisait bouger le vent, ce qui tremblait de plus loin que moi - tandis qu'ici où paris immobile continuait, effaçant de ses gestes chaque plus loin possible - et davantage - tandis que sous tes yeux les rideaux levaient par instants leur épaisseur, roulement de tonnerre plus bas sur les promesses, les chemins de traverse à emprunter, et qu'on borde d'un plus tard, comme d'un rendez-vous scellé par la distance.

5.10.07

vie passive


ciel ouvert dressés comme des murs transparents à la circulation, de bureau en bureau, néons allumés jours et nuits sur l'activité lente, souplement organisée à la constitution d'un ordre renouvelable, acceptable ; structuration du consensus : élaboration patiente des colonnes de chiffres où décrire la courbe d'une évolution ; prévision, prévention, problématisation des enjeux - délibérations en conseil : décisions feutrées sous les parois étanches où l'avenir nomme chaque chose à sa image. Vie active qui referme son couvercle sur elle, et donne à voir, en toute transparence, le temps mesuré en heures, en plus, en moins à compter.

2.10.07

en se penchant

au passage - jeter un oeil sur le vide

ce qui reste quand on regarde sous le vide, ce qui tombe quand le vertige cesse, ce qui s'éteint quand les yeux se ferment sur la nuit, ce qui se loge dans le creux ménagé par l'attente - poussières de moments évacués dans l'instant quand au passage, on éparpille la journée sous la suivante qu'on prépare, méticuleusement, comme on prépare ses affaires : rangées en tas, le poids du jour qui s'affaise sous lui ; et sur lequel, on tient - sur lequel on bâtit nos villes, sur lequel on pose son corps en attendant la suite. En se penchant bien, on peut pencher le monde. En basculant un peu, on pourrait peut-être entraîner le reste. En bas, nos ombres sont déjà là.

1.10.07

heure dite

Madeleine

plongée désordonnée et vaine - autour les parois vibrent - au dessus la rumeur - en dessous les pas précipités étouffent le silence - un pied devant l'autre, puis l'autre - entraînent ce que la ville nomme par instants ses heures de pointe - épaisseur enveloppée sur elle même d'une précipitation réglée - d'une retraite généralisée - d'une puissante et silencieuse manifestation sans mot d'ordre ni cris - sans idée - ni colère - d'un gargouillement suintant de toutes les heures de la journée - heure pointant son doigt long comme le temps sur ce qu'elle sait le mieux faire - organiser l'éparpillement désordonné.