11.10.07

l'atrocité


Fatigue portée comme un manteau trop lourd, la rue est plus longue que la ville ; et sur le sol invisible, plonger des pas aussi profondément qu'un couteau dans le corps ; la pluie lave les saletés de la journée comme on fait les poches à un cadavre : s'assurer qu'il n'emportera rien là où il va ; les types étalent sur leur visage l'atrocité simple de la veille, du lendemain, du siècle suivant et passé : rien ne change peut-être que ma fatigue, plus lourde qu'hier, allégée d'un poids supplémentaire - que j'ignore ; le mouvement que mon corps opère sur la ville est imperceptible, qui déplace avec lui chaque chose jusqu'à rendre visible l'insupportable, acceptable même l'idée que je vis ici, possible sans doute que demain je serai encore là. Et le doute s'installe quand même. Car quand je lève les yeux sur la rue qu'il reste à gravir, ce n'est pas la suite que j'entrevois. Non. Mais la possibilité de s'y dérober.

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