8.10.07

décalage

Quand on a traversé la rue, les types les regards penchés comme sur ailleurs, les types aux têtes levés vers les écrans, et qui criaient malgré eux des émotions que l'image impulsait ; pas des émotions, juste réactions du corps, de la glotte devant les images qui défilaient instantanément les mêmes sur les mêmes écrans, et les mêmes corps comme posés devant et qui attendaient, et qui étaient dans la même minute les mêmes cris étouffés puis lâchés en même temps, les corps dépossédés de leur regard, les corps penchés, dévissés, défigurés sur les retransmissions en mondiovision d'une soirée arrêtée au milieu de la blancheur ouatée de samedi.

Pas d'appareil, ce soir là, pour enregistrer les têtes tordus sur les écrans des bars. Pas d'images à prendre, il y en aurait pour chaque trottoir.

Alors juste rentrer seulement, la soirée est passée pour nous, le reste ne nous concerne pas, et de Notre Dame laissée aux cracheurs de feu, traverser en croisant Hôtel de Ville ramassée en une seule gorge, continuer Tour Saint Jacques, où voir les forces de l'ordre cous tendus au dessus des vitres des cafés, et puis se heurter à la sortie de théâtre place du Châtelet, les femmes habillées en mauve, et les hommes en costumes ne savent rien, on se passe des chiffres, on pousse les mêmes sortes de bruits, et nous on traverse sans voir ou presque, rire un peu, ne pas vraiment savoir de quoi, si c'est de partir, ou autre chose : comme on rit de ne pas appartenir, et que cette distance comme au théâtre, percer le quatrième mur de la soirée, et s'engouffrer dans le métro vide, ça ne durera pas longtemps, remonter la rue vers ici, et à travers la moiteur de la nuit, les cris depuis les écrans opaques traversent les écrans ouverts des fenêtres pour venir jusqu'en bas, nous qui marchons déjà d'une autre soirée -

Contretemps battu sur le sol, jusqu'à ne plus savoir quelle heure il est ; alors quand se retourner le lendemain matin, ramasser la soirée en miettes ; mille pensées pour l'autre soirée passée à l'ignorer seulement, mesurer l'apesanteur de cette prise d'intervalle, douce : et pénétrante.

Cette autre soirée passée comme en marge, nuit blanche traverser sous les ombres des statues ; sentiment étrange d'être à sa place. De laisser le reste, les partages violents que la ville seule sait imposer.

3 commentaires:

Prax a dit…

être un animal social ou animer son être particulier ?

Omnë a dit…

Hôtel de ville Châtelet Saint-Jacques aussi.Et Le marrais bouché Colette pleine d’écouteurs quand-même.
Près d’un car à la verticale une petite famille à côté penchée-courbée six autour d’un téléphone portable lisant qui ? Un frère un cousin, resté, lui, devant la lumière, veilleur du stade et qui commente : la mère lit à haute voix pour les autre l’écran est ridicule. Le style choque, journalistique pour ce short message service que je voudrais ahané. Il écrit pour eux, les sans-télé dans la ville qui guettent les hourras aux portes des cafés. Et le « on » bien sûr. Nous aurions donc tous transpiré ce soir. Chercher dans la foule d’autres qui n’auraient pas joué pas gagné ne les trouver enfin que sur un écran encore.
Pas pu faire autrement que de demander dans le métro à un souriant combien il y a de joueurs dans une équipe. Ridicule besoin d’affirmer aussi ce que l’on est. Pas ça.

Arnaud Maïsetti a dit…

18 millions apparement - qui ont battu la mesure du temps sur le temps.

Et combien d'autres dans le contretemps ?