23.11.07

# 3 [3 décembre]


"fences of pales", shannon wright, café de la danse, mai 2002

On s'est arrêté près des quai, on pouvait voir la colonne de juillet bruissante de la circulation autour d'elle, on devinait bastille, les routes, les immeubles qui attendaient rue voltaire l'aube pour recommencer ; mais ici, plein milieu de la nuit, plein centre de la ville, plein coeur du froid, on ne voyait rien de la ville, rien des mouvements qu'elle organisait magré tout, seulement le fleuve, la colonne grise, les nuages comme une paroi opaque qui recevait un peu, avant de les absorber, les lumières de la ville - début décembre mordait de toutes ses dents chacun de nos doigts, et de là où on était, le fleuve fumait une chaux épaisse et lente comme de l'encens. Quand je parle, je ne sais pas vraiment de quel côté je lance les phrases, de la ville dans mon dos, ou du côté où tu te tiens, auprès de moi, toi qui ne regardes plus que cela, l'évaporation du fleuve sous nos yeux - et j'imagine doucement, sans vraiment m'attarder sur cette image, si l'on plongeait dans l'eau, l'évaporation de nos corps. Et malgré moi comme je te parle, je m'attarde sur cette image. C'est elle qui me prend maintenant. Elle me prend et ne me quitte plus.

2 commentaires:

Prax a dit…

Il n'y a donc que l'âme des noyés qui est capable de marcher sur l'eau

Arnaud Maïsetti a dit…

« (...) Nous monterons plus haut. Là où plus haut que tous les arbres, la terre nappée de basalte hausse et déplisse dans l'air bleu un paume immensément vide, à l'heure plus froide où tes pieds nus s'enfonceront dans la fourrure respirante, où tes cheveux secoueront dans le vent criblé d'étoiles l'odeur du foin sauvage, pendant que nous marcherons ainsi que sur la mer vers le phare de lave noire par la terre nue comme une jument.»

Gracq, Liberté Grande, "Aubrac"