26.11.07

" pitoyable frère ! (...) "

ciel d'encre

On aurait croisé sa route, on se serait arrêté, il serait passé à notre hauteur, et nous l'aurions dévisagé, on se serait ensuite attardé sur chacun de ses pas qui l'éloignaient ; cherchant quelque chose dans sa démarche qui justifierait l'absence violemment ressentie soudain ; cherchant à traverser, sous chacun de ses gestes, le chiffre de sa silhouette ; cherchant à lire, comme un muet lit sur les lèvres, le vide qu'il instituait sur le monde. Le type a disparu. Dans son regard, on pouvait se souvenir de ce qui nous avait arrêté. Ce n'était pas seulement de la colère.

Oui - on aurait croisé sa route, un jour, et on témoignerait plus tard de cela, en enjolivant bien sûr. En inventant tout. En vérité, le type était passé, oui - mais un autre jour, et dans une autre vie que celle là ; qu'importe : après tout, c'était possible - qu'on l'ait croisé, là ; et que c'était bien lui, puisqu'on l'avait attendu, qu'on l'avait reconnu. Puisqu'on en parle, maintenant.

La vérité, c'est qu'on n'avait vu de lui que notre propre attente reflétée sur le mur et qui nous immobilisait. Ce type, qui défigurait le monde, on aurait pu le rejoindre, on aurait pu respirer à hauteur de son épaule l'air qu'il crachait autour de lui.

La vérité, c'est qu'on avait sans doute seulement partagé la même lune que lui, c'est tout.

2 commentaires:

Prax a dit…

des dangers du cycle lunaire sur notre ressenti.

Arnaud Maïsetti a dit…

et des conséquences que notre ressenti impose au cycle lunaire

?