24.11.07

sur le sol



"S'il est normal de cracher sur la naissance d'un homme,
il est dangereux de cracher sur sa rebellion"

Koltès, Dans la Solitude des champs de coton

Sur le sol, en formes de plus en plus allongées, les ombres du soir qui rejoignent l'endroit où je vais me rattrapent, et passant à ma hauteur, me lancent des regards si lourds qu'ils me clouent au sol, et je crois ne jamais pouvoir m'en relever. Sur le sol, où que je regarde, les ombres comme ces crachats qu'on laisse après le dépit, après la colère, et se dire que cette colère tombée n'est pas autre chose que du dépit avant la résignation - je le sais maintenant. Sur le sol aussi, sur le sol partout où que je pose les yeux, comme menaçant de m'entraîner avec elles, les ombres qui viennent de là où je vais, en sens inverse, se précipitent vers moi comme des mauvais souvenirs au moment où ils deviennent simplement des souvenirs parmi les autres, au moment où ils s'effacent, au moment où la colère va devenir de la honte, où la honte va cesser d'être tournée vers eux, pour n'être que mon prolongement - alors, comme un sursaut qui me sauve, la violence que m'impose à moi ces ombres revient, et secoue tout le corps : le mauvais rêve revient, le reste n'était que de passage. Dans la bouche, mes crachats ont le goût du sang ; et partout, les ombres peu à peu remplacent le sol.

2 commentaires:

Prax a dit…

Une ombre qui nous double est terrifiante.

Arnaud Maïsetti a dit…

- et quand c'est la nôtre