29.12.07

n'habite pas à l'adresse indiquée


il avait cette manière de marcher et de disparaître qui m'étonnait à chaque fois, comme un jour traversé de l'année passée et qui bascule aussi souplement que n'importe lequel, mais qui s'enfonce plus profondément et s'évanouit déjà à peine aperçu et s'efface au moment où il change de nom

26.12.07

seuls demeurent




Plaquées contre les murs les figures du temps bougent à peine d'une année sur l'autre recourbées et comme mortes par la répétition infligée par ces cérémonies du temps rappelées comme du temps isolés à souvenirs et à dégoûts ; et sur les murs déplacés avec peine restent comme tenace et persistante la forme toujours mouvante des visages de ceux qui tiennent droit le temps et la lumière, résistances aux lames de fond des archives à entasser, ces visages où seuls demeurent le mouvement, mouvement de dégagements, de déplacements des vies inventées à mesure : les incitations à ne pas s'en tenir - le mot qui dit le contraire du souvenir, qu'on pourrait nommer marches, ou simplement aller ; que la nuit suive

23.12.07

"un instrument témoin"

"Pourquoi le sentiment s’est-il ancré en moi de bonne heure que, si le voyage seul - le voyage sans idée de retour - ouvre pour nous les portes et peut changer vraiment notre vie, un sortilège plus caché, qui s’apparente au maniement de la baguette de sourcier, se lie à la promenade entre toutes préférée, à l’excursion sans aventure et sans imprévu qui nous ramène en quelques heures à notre point d’attache, à la clôture de la maison familière ?"

Julien Gracq, Les Eaux Etroites

(cette carte blanche posée devant moi à l'écriture fine et serrée, encre bleue foncée comme lancée en avant de la pensée, geste qu'on devine assuré et tenu, signature tracée comme on scelle, et quand je lis, ce jour, ce mot reçu autrefois (autrefois commence aujourd'hui), quand je lis l'écriture fine et dense et précise (et combien sommes nous à relire à l'instant cette même écriture serrée, sur carton blanc épais), pensée calme et non pas triste à ce qu'il faut de marches pour dessiner les cartographies d'une vie qu'en rêves la vie écrit - et qu'en elle, l'écriture rend au centuple.)

20.12.07

la patience

place du Panthéon

quand le soleil se lève si doucement qu'à peine dressé le voilà qu'il décroît, quand le froid est si pénétrant qu'à mesure où j'avance, à mesure il s'engouffre et de l'intérieur commence à occuper tout l'espace, quand les murs autour sont si levés que c'est comme marcher sur les façades : les trottoirs partout ont hauteur de ville, et de cette ville qu'on longe, qu'on n'ose pas traverser vraiment, de cette ville on voudrait parler comme d'une patience échouée toujours sur les cartes les plus faibles, les patiences qu'on faits devant le temps à tuer avec trente deux cartes, cinqante huit pourquoi pas ; et quand les places se vident, elles aménagent les vides où mettre à mort les instants passés, les instants à venir.

18.12.07

encore

video

Couloirs interminés de ce jour.

15.12.07

place nette


autour de la table, poser le problème, l'étaler au grand jour, en recouvrir la table, se pencher sur, se demander quoi, et dans la mesure où, en suivre les contours, trouver des solutions, ça ne sera pas long, discuter du calendrier, entamer les négociations, ce n'est pas le plus dur.

mais quand en repartant, place nette derrière soi, et refermer la porte sur la propreté du monde : quand en repartant, jeter le regard sur la paroi sale du cadre des discussions, le chaos organisé autour de nous comme semblant envisager déjà nos intentions - et déjà anticipant nos réactions

14.12.07

"comme du métal bouillant"


Quand on se lève des heures plus tard, on devine bien quelques formes qui bougent derrière le rideau ; on les prend pour des rêves et on ne s'y attarde pas, on se retourne, retourne dans le lit le sommeil pour mieux l'apprivoiser - on entend encore bouger, au loin : se rapprocher les formes qui tout à l'heure n'étaient qu'à peine nées. Les liqueurs fortes du soir produisent leurs effets.

12.12.07

parlophone


il y avait entre moi et le soir tout un monde - quand je tendais les bras, c'est juste son odeur que je saisis ; quand je pars, c'est la trace brûlante sur mes lèvres.

Hier, ce type quand je rentre, au bas de l'immeuble en face, je crois qu'il me parle, puis je devine qu'il me tourne le dos, qu'il se tient devant la porte fermée, qu'il parle seul - je croyais qu'il parlait, mais non, je ralentis : je comprends qu'il slam, devant ce que je devine être un digicode, qu'il pleure à moitié aussi ; c'est un grand type noir, très beau, très grand : il slam qu'on lui ouvre ; je t'en prie ouvre moi ; je comprends certains mots entre deux sanglots ; j'ai mal mal tu sais je ne sais pas moi la douleur qui me traverse quand je suis mal à ne plus pouvoir t'entendre me dire que ce n'est pas grave mal je t'en prie ouvre moi mal dis moi chasse la douleur ou chasse moi ou parle juste un mot mais là c'est mal juste mal quand je suis là et que j'ai si froid à avoir mal je t'en prie ; je ne saisis pas la moitié, et je ne voudrais pas, mais le type slam suffisamment haut et fort pour que je l'entende bien plus que je ne l'écoute, et malgré moi, le rythme de son flow me pénètre quand je ferme la porte derrière moi.

Quand je suis rentré, je regarde sans le vouloir par la fenêtre, le type en bas de l'immeuble d'en face continue à slamer sa langue insensée, debout et penché sur la boite en fer qui tient suspendue sa douleur contre sa voix.

9.12.07

quelque part

le matin

c'est vide, il se penche à mon oreille et il me dit combien le vide me ressemble ce soir, je lui dis c'est le matin, il répète ce soir le vide ressemble à la manière que tu as de marcher sans vraiment aller quelque part, je m'arrête, il disparaît.

8.12.07

quatorze heure sur les toits


"bye", elliott smith, figure 8, 2000


on était sorti parce qu'on étouffait, on se demandait où aller, et de toute manière, on savait qu'on n'irait pas très loin, alors monter sur les toits, c'était une manière de partir, on se doutait que ce n'était pas la meilleure, mais quand même ; tout autour la seine, ou des immeubles plus hauts que des murs ; monter sur les toits, prendre l'air, prendre le temps, prendre la vue, et la mesure des choses, la douce et froide distance nécessaire au reste ; on regarde un peu, les types qui parlent au loin, les leçons, les postures, les autres qui écoutent comme on se laisse distraitement apaiser par le vide dans lequel s'enfoncer une heure après l'autre - on voit les effets de manche, les gestes seulement : et quand on regarde plus loin, le ciel écrase tout, inonde tout, absorbe tout ; les murs sont transparents, mais les cloisons sont épaisses. Ne reste que la vague impression qu'on nous observe, et qu'on nous juge, nous aussi -

4.12.07

par quel miracle

avenue de france

c'est en tournant rue du Chevaleret qu'on fait face au matin ; de l'autre côté de la rue, les chantiers, la terre qu'on remue et qu'on creuse, les vitres qui tiennent lieu d'immeuble, parois transparentes derrière lesquelles le bruit du travail semble faire moins d'effort, tout cela qu'on prépare de l'autre côté de la rue - quand je descends, main gauche rue Watt : le pont devant, les rails partout qui s'en vont, le matin derrière moi déjà ; pensée douce et sereine, pensée calme pour une fois - penser seulement au bruit éventré des vitres tombées par terre par quel miracle, tombé soudain sans cause, sans signe avant coureur, tombées juste sous mes yeux, en plein jour ; y penser une seconde (fermer les yeux puis souffler) avant de repartir, rue Thomas Mann où le reste continuera.

3.12.07

# 4 [3 décembre] - et fin


"ascenseur pour l'echafaud", miles davis

quand je pars, 3 décembre échappé derrière moi laisse sa trace brûlante sur mes lèvres ; je ne dormirai pas ; traverser République au matin comme on ressort du sommeil plus épuisé encore ; de cette nuit, je n'ai plus d'autre souvenir que le jour levé.

1.12.07

ne pas se retourner


à droite, l'opacité qui aveugle ;
à gauche, l'immobilité écrasante du matin à peine levé -

tout autour : les vitrines de verre néo-libérales qui piétinent déjà, prêtes aux mises à jour du monde.