12.12.07

parlophone


il y avait entre moi et le soir tout un monde - quand je tendais les bras, c'est juste son odeur que je saisis ; quand je pars, c'est la trace brûlante sur mes lèvres.

Hier, ce type quand je rentre, au bas de l'immeuble en face, je crois qu'il me parle, puis je devine qu'il me tourne le dos, qu'il se tient devant la porte fermée, qu'il parle seul - je croyais qu'il parlait, mais non, je ralentis : je comprends qu'il slam, devant ce que je devine être un digicode, qu'il pleure à moitié aussi ; c'est un grand type noir, très beau, très grand : il slam qu'on lui ouvre ; je t'en prie ouvre moi ; je comprends certains mots entre deux sanglots ; j'ai mal mal tu sais je ne sais pas moi la douleur qui me traverse quand je suis mal à ne plus pouvoir t'entendre me dire que ce n'est pas grave mal je t'en prie ouvre moi mal dis moi chasse la douleur ou chasse moi ou parle juste un mot mais là c'est mal juste mal quand je suis là et que j'ai si froid à avoir mal je t'en prie ; je ne saisis pas la moitié, et je ne voudrais pas, mais le type slam suffisamment haut et fort pour que je l'entende bien plus que je ne l'écoute, et malgré moi, le rythme de son flow me pénètre quand je ferme la porte derrière moi.

Quand je suis rentré, je regarde sans le vouloir par la fenêtre, le type en bas de l'immeuble d'en face continue à slamer sa langue insensée, debout et penché sur la boite en fer qui tient suspendue sa douleur contre sa voix.

4 commentaires:

Un peu plus à l'Est... a dit…

"Arnaud Maïsetti a dit...
quand on n'a plus dix sept ans ?"

(sourire)

Mk*

Prax a dit…

Le rythme de la douleur

Arnaud Maïsetti a dit…

@ prax : rythme syncopé -

Arnaud Maïsetti a dit…

@ marion K :
" L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, - la ville n'est pas loin, -
A des parfums de vigne et des parfums de bière..."

je voulais te dire aussi :très jolie, la photo...