
Et si quelque importun venait me déranger pendant que mon regard repose sur ce délicieux cadran, si quelque Génie malhonnête et intolérant, quelque Démon du contretemps venait me dire: "Que regardes-tu là avec tant de soin ? Que cherches-tu dans les yeux de cet être ? Y vois-tu l'heure, mortel prodigue et fainéant ?" je répondrais sans hésiter: "Oui, je vois l'heure; il est l'Eternité !"
Baudelaire, L'Horloge, Petits poèmes en prose
quand remontant sebastopol glacé, novembre engouffré dans le boulevard sans effort, et quand dévisageant les murs posés là comme depuis toujours, cloisons refermées sur elles-mêmes, je passe, regard aux fenêtres, à leurs histoires qu'on invente pour se tenir chaud, ou pour ne pas céder à la tentation de s'allonger là, sur le sol - et qu'est-ce que ça changerait.
Des histoires qui traversent les fenêtres, du tremblé infime qu'ils provoquent dehors sur toute la surface immobile de ce soir précisément, descend la mesure juste de chaque chose, et chaque chose à sa place, chaque chose en son temps, chaque instant à sa mesure propre - je ne suis soudain plus d'ici, l'aiguille du cadran disparu, ce n'est pas le temps qui s'arrête, c'est l'étranglement du monde qui cesse.
L'histoire de ces murs récite en moi son étrange légende, et celle de la naissance du monde recommence, c'est un peu de lumière échappée du hasard. Cela se fit sans bruit - sans raison aucune, sans but. Peut-être cela se fit-il par erreur.
Plus haut à travers les murs, on mange, je le vois ; on ne se parle plus, on s'évite, se frôle - on répète une pièce qui jamais ne sera jouée. Encore plus haut, une silhouette ferme d'un geste les rideaux du salon.
En bas, je me demande ce qui finit. Ce qui va commencer.