30.12.08

laquelle

Deux routes : l'une semble monter, l'autre descendre — se rejoignent en un point (moi) : et plus loin, la route se scinde encore — en moi — et si je regarde encore au-delà, ce n'est pas autre chose : deux routes : l'une semble descendre, l'autre repartir. Et quand je me retourne, derrière moi s'absorbe dans mes propres pas, s'anachronise dans d'imperceptibles secondes. Je compte : une, deux. La première seconde monte, l'autre descend. Laquelle prendre. Le temps que je pose le prochain pas, ces deux secondes sont mortes ; une troisième traverse l'espace et me fauche.

29.12.08

maladie chronique


Dans mes souvenirs, pas une fin décembre depuis des années sans tomber malade, sans être saisi de frissons jusque dans le crâne, sans être enserré dans une insomnie vague du matin au matin. (Pas vraiment être malade, mais être épuisé jusqu'à se sentir si vidé, et ne pas réussir à dormir sans vraiment réussir à ne pas dormir) Est-ce le retour des fins d'années qui agit dans la mémoire pour faire dans le même temps revenir cette fatigue, unique l'an. Ces fins d'année sont des épreuves. Dans la vitesse de leur déroulement, la suspension des bilans abjects, la répétition immobile des mêmes formules, des mêmes gestes. Mon corps ne suit pas —

27.12.08

traces et nuages


Facebook_mises à jour des statuts (déc - août 08)

"The past is a mist" (H.P).
Tarkos et Michaux, donc...
connecté gare de bordeaux...
.indd.
"prologue", suite et fin.
wifi toussote : passe à l'Ethernet.
connexion au ralenti (et moi aussi, donc).
"why so serious ?"
à Babylone, pour la soirée.
n'en puis mais (mais ne désespère pas).
répare son site.
puise.
flou.
trempé.
recommence.
dans le cri du bongo.
réécoute Bashung, donc.
poste restante.
démâtage.
back in town.
revient de Nanterre Amandiers...
expression orale.
voit la lumière du jour (pour la première fois depuis ?)
contre transfert.
prologue_BMK (in progress).
mails en retard.
moonshine blues.
at budokan.
retour à paris.
in design
ou pas.
aurait voulu le voir s'envoler dans les cintres.
de retour du « Retour (du désert) »
au théâtre ce soir (Koltès).
de retour de la soirée publie.net...
à Montorgueil.
_point zéro (tiersen).
est là.
dans la mancha (suite et fin).
clique droit.
"prologue."
spipe.
retourné en sa propre gorge
n'en pense pas moins.
virtualise.
a vu agoniser sous ses yeux son ordinateur...
wifite
oracle mutant.
pas là.

25.12.08

improbable


" Va-t-on bientôt bombarder les anges ? S'ils existent, qu'ils s'attendent à être bientôt traversés de décharges, de fragments atomiques, de nocives vibrations. Il est improbable que dans l'énorme mise en train d'infimes et variées perturbations physiques, il n'y ait rien qui les gêne. Préparons-nous à entendre l'espace crier."

Michaux, Passages

À l'année qui passe, l'indifférence comme à toutes - à celle qui vient, la curiosité de voir le ciel comme ce soir brûlé par le froid. Des villes écoutent, sans s'étonner, le chaos qu'on agence au loin, et qui fait bruit de veillées d'armes : ce n'est pas une année de moins qui réduit le périmètre du monde - au contraire. Ce qu'on perd avec l'année, ce n'est ni du temps à vivre, ni des forces ; ce qu'on accumule : des traits de plus sur le visage, et du bruit de villes en amont de soi, qu'on portera plus tard sur d'autres villes avant qu'elles ne soient soufflées par le cri des anges.

23.12.08

cairns_gracq

(Hier, relire le texte de Gracq qui m'importe le plus : un an, hier, donc - et toujours aussi vivant.

"Plus rien qu'une pensée dévorée : marchemarche !"

Pensées à ce qui n'est plus, et sera néanmoins du plus essentiel : des armes pour demain, arpenter - des instruments de mesure du temps, de la ville, des étendues inconnues de la pensée et du coeur.

Le monde ne parle pas, songea-t-il, mais, à certaines minutes, on dirait qu’une vague se soulève du dedans et vient battre tout près, éperdue, amoureuse, contre sa transparence, comme l’âme monte quelquefois au bord des lèvres.

22 décembre, et ce n'est que le lendemain qu'on se reprend à écrire les grands chemins qui mènent. On voudrait ne pas s'en tenir là : relire ne suffit pas à combler le manque, le désir. Mais sa disparition n'alourdit pas le texte, comme je le craignais, ne le fige pas dans une solennité somptuaire - au contraire, c'est curieux, de l'échappée de l'hiver, il reste quelques traces, comme celui qui aurait laissé dans sa chambre, avant de partir, un mot qu'on se surprend à lire comme dans l'attente de son retour imminent.

Il avait parfois le sentiment vif de ces joints mal étanches de sa vie où la coulée du temps un moment semblait fuir et où, rameutées l’une à l’autre par un même éclairage sans âge, le va-et-vient des seules images revenait battre comme une porte.

Pensées, donc, au marcheur, aux cairns qu'il a déposés sur sa route. Aux feuilles cassées sur son passage, et dont on ignorera si c'est cause de vent, ou d'allée, empressée d'ailleurs.)

22.12.08

les évidences (décembre)

Tourner autour des évidences : le retard ne se rattrape pas (mais quand même : on avance derrière et on accélère le pas, comme si) ; l'année touche en décembre à l'essentiel (mais ne pas s'empêcher de penser qu'en ce mois, tout est déjà fini, ou que tout n'est pas encore commencé : mais que rien n'a lieu qu'un bilan jusqu'à l'écœurement) ; le jour semble décliner jusqu'à ne plus pouvoir se lever (alors que le jour depuis hier s'allonge) ; la nuit s'impose dès l'après-midi (alors que ce n'est que l'ombre du soir précédent qui continue de porter) : et des évidences qui m'assaillent, m'imposent leurs pensées sèches et stériles, je ne suis pas sauvé avant l'endormissement. Au réveil, c'est pire (il y en a d'autres). Il me faut les affronter les unes après les autres, leur échapper - pour pouvoir penser, de nouveau, et marcher. Avant qu'une autre, etc.

19.12.08

la géométrie des places

Les rues descendent de la ville comme les épaules d'un vieillard – quand on s'approche du centre, c'est les boulevards qu'on voit le mieux ; et quand des boulevards on regarde le centre, on ne voit rien qu'un peu de lumière qui commencent à s'éteindre. Mais qu'on vienne au pied de la statue, et son ombre pour protecteur qu'elle fût, n'est plus qu'un receptacle des endroits inoccupés de la ville - et de là, je saisis la situation telle que je la rêve : la ville n'est pas le lieu où l'on va, mais ce qu'on emmène avec soi, quand on ne sait plus qui de la ville ou de soi arpente l'autre. Dans les espaces les plus reculés de la honte des autres, les plus inondés dans la colère d'ailleurs, les plus effrayés de cette ombre qui recule : on va (et on donne nom à la ville de ces visages qu'on lui fait porter). Et cette ombre, à cinq heures, qui s'éloigne, et revient vers le pied de la statue : ce qu'elle arrache avec la lumière quand elle déplace dans son retrait la géométrie connue des places, c'est le visage de soi en veillard qui viendrait visiter sa ville d'enfance, moins pour la hanter, que pour la pleurer.

18.12.08

environ

"ils veulent rajouter une heure chaque millénaire environ"

alors qu'une seconde de temps en temps,
ça suffit à prolonger le temps
ou à le ralentir
(ou à l'arrêter ?)

"on a arrêté de prendre la Terre pour horloge de référence"

Une seconde, en plus, en moins
(ou plutôt, si j'ai bien compris :
la même seconde répétée deux fois (?)

Pourtant, est-ce que ce sera la même seconde ? qui le dira ?
Si ce n'est pas la terre - qui ?

17.12.08

murs_voix


Les murs n'ont pas besoin d'oreilles pour écrire, se répondre, ou pour pleurer toutes les larmes de nos corps tombées du ciel. Les murs à qui l'ont confie plus que de simples prières : nos voix mêmes ; à charge pour eux de les porter. Ce qui fait que les murs sont si lents, si lourds, c'est la masse des voix qui leur sont confié.

Qu'on leur murmure des paroles soufflées, des cris heurtés, des pleurs ravalés d'insultes, des caresses qu'en silence on impose comme on tendrait les doigts pour ne toucher que des mots plus transparents que le corps, qu'on leur dise, enfin, les douleurs et les charmes traînés — les vacarmes traversés de fatigue.
Qu'on leur souffle dessus les visages qu'on a croisés, les souvenirs dont on ne veut plus, les couleurs qu'on attribue aux voyelles d'autres langues. À charge pour eux de les porter.
Qu'on leur dépose sur leur paroi massacrée le nom des villes qu'on arpente, à eux d'en inventer une géographie intime, rêvée, rêveuse de plus d'ailleurs.

Il arrivera, une nuit plus froide et dense qu'une autre, qu'un vienne, ou qu'une recueille, glane, râcle — endosse pour toutes ces voix la voix de celle qui dit — ainsi le poids des choses ployé sur le monde ; ainsi la part de silence qu'on lui attribue : ainsi la part de violence et de grâce qu'en retour, en réponse, par défi, on dépose au pied du monde.


(écho depuis abadôn.fr de Michèle Dujardin)

16.12.08

là demain


Au dessus du boulevard, ce type qui s'était assis il y a si longtemps - "combien de semaines font une année, et combien d'années font une seule semaine" : il répétait d'une voix de cailloux roulés dans la gorge - , ce type qui savait comment voir le visage de chacun, "de biais, juste de biais", qui se penchait pour lâcher un mot, pour cracher une colère qui devait l'avoir maintenu éveillé un temps, et qui n'était plus qu'un automatisme forcené dans un corps capable de plus de fatigue que de rancoeur : ce type qui sera là demain, certitude plus ancrée dans la réalité que la distance du soleil : "le long de mon bras, je te dis : de mon bras". Qu'il tend aussi loin qu'il peut, et ne se détache pas de son corps.

15.12.08

rochers

Il y a des escaliers qu'on monte, des escaliers qu'on descend - les mêmes ? Des portes qui s'ouvrent sur des grilles, des murs qui s'appuient sur d'autres murs. Des lettres qui n'écrivent pas de mots. Il y a des pierres qui ne sont issues d'aucun rocher. Des douleurs qui n'ont pas d'autre cause que le temps passé à les oublier.

13.12.08

autour duquel

Sentiment de manque : non que quelque chose manque en particulier, mais ce sentiment qu'en toute chose une part essentielle se dérobe. Rue de Rennes (penser à Bataille), descendre et remonter autrement qu'en descendant et remontant une rue on imagine qu'on va - mais sur la ville qui porte mes pas, appuyer plus profondément dans sa chair ne change pas le poids du ciel sur mes épaules : remonter et descendre ce manque autour duquel je tourne et qui pourrait s'appeler - non pas le temps ; mais les signes du temps qu'arpentant je sème, et ne retrouve pas.

11.12.08

lequel

Du type qui approche, ou du train, lequel avance, et vers où.
Et du matin, du soir, lequel tend la main auquel, c'est une question.
(Lequel de l'oiseau, ou de l'arbre, se pose sur l'autre : oui - insoluble)
Surtout, qui s'impose : cette question essentielle, ce soir (je n'imagine pas les conséquences si je ne trouve pas), quand revenir sur cette image d'hier, avec le sentiment d'un siècle enjambé, ou d'une seule journée (ne sais plus) :
du corps ou de la pensée, lequel précède l'autre dans la fatigue
- ce soir.

9.12.08

promesses


Du ciel, retenir la leçon infligée au retard ce matin, sur le quai : la tête levée du type en direction du Whistler peint sur toute la surface des nuages, ce type qui lui parlait - la profondeur de sa voix, la sûreté de ses gestes pour l'injurier. Du ciel ce matin, retenir ce qu'il ne présageait pas : sa lente et continue extinction tout au long de la journée.

8.12.08

des toiles


"J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile et je danse."(a.rimbaud)

5.12.08

en descendant du train

Suivre, sans le voir vraiment, (mais plutôt être happé), le couloir de lumière qui mène à la sortie, comme au fond de l'eau lever les yeux à la surface, et des reflets qui me parviennent, tendre la main pour ne toucher que le miroitement, jamais la surface. Je voudrais parler, et c'est au fond de la gorge, quand je sors du train, encore la nausée qui enfonce dans ma bouche du silence pâteux jusque dans la gorge. Je voudrais marcher, mais le boitement du train se poursuit dans mes genoux, et j'avance plus que je ne marche. Pourtant - suivre, sans regarder, les types qui se précipitent dans la ville, être avalée par elle, réapprendre à parler, marcher, voir.

2.12.08

la soif



Dans le soir, on est comme replongé du monde, et des bruits que la ville fait pour mimer un peu son passé - univers qu'on arpente comme en fantôme de soi, ignoré, traversé par ces gestes qui se tracent dans les couloirs du métro, des endroits où on va d'un lieu à un autre : depuis toujours, ce sentiment que s'y joue plus qu'une allégorie de soi en ville (et quand on la quitte, quelques jours : c'est comme revenir à cette évidence, la violence qu'on y éprouve est sans limite). Du jour, ne retenir que ce vers quoi il a tendu. Mais dans la voix, (timbre 1962, la chaleur du gaslight en sourdine, en étuve) au moins, on touche à l'essentiel. Que le présent n'est pas dans le mot qu'on attend, mais dans sa tension vers ce qui se presse au coeur (aux nerfs), vers cette douleur qu'on sait plus fort que soi : mais qu'on appelle, qu'on provoque (parce que c'est depuis elle qu'on se tient, c'est d'elle dont on tient les mots, ceux qui nomment un peu de ce qu'on est : ceux qui nomment l'essentiel de ce qu'on ne saurait pas ne pas être). Dans le soir, la voix ne tient pas chaud, mais plus vivant. Présent à cette douleur : l'alcool de la rue, effluve de ce qui rend plus saoul encore d'être : j'ai marché si vite, si longtemps, et si loin que c'est la ville même que j'ai perdue, et la retrouver ne sert à rien : comme si la perdre une fois, c'est ne jamais la retrouver que dans cette perte où je me tiens. De là que je parle. Dans le soir, la voix articule la douleur comme si c'est le nom de la perte qu'elle énonce. Laisse moi manger quand j'ai faim, boire quand j'ai soif. Que le soif soit une raison de creuser en moi le vide qu'elle appelle.

30.11.08

la lente compréhension du monde

(Ce n'est pas faute d'essayer pourtant - faute de reprendre : la lente compréhension du monde. Mais ces derniers temps, ne pas vraiment être à la hauteur de la tâche. Alors, en faire plus. C'est dans le train que cela avance le plus, le plus vite. Prendre le train ces dernières semaines aussi régulièrement (et aussi longtemps) change le temps, au dehors. Change l'apparence du temps. La forme des villes, la densité du travail. Et la lourdeur quand reprendre pied dans l'allure retrouvée du monde ne donne qu'impressions de ralentissement, de recul. Il faut reprendre, donc. Essayer de nouveau.) Ce n'est pas faute d'essayer, pourtant : de reprendre la lente compréhension ne m'épuise jamais (jamais assez) : mais par où reprendre à chaque fois qu'on renonce (quand la fatigue est trop puissante). Par où recommencer. Ou est-ce commencer à chaque fois. Il faut essayer de nouveau.

28.11.08

reflété

Le type qui descend, que je vois partir, quand c'est moi qui en fait m'éloigne - qu'est ce que c'est ? Et moi, en regard de cette image, qu'est ce que je suis ? Une image de ce type (ce ne serait pas juste) : plutôt : une image de ce regard porté sur ce type. Et sur la paroi, la face épurée du monde qui me renvoie au visage mon propre visage imprimé, ou serait-ce reflété, devant moi : et quand je porte la main pour la toucher, c'est autre chose que mon visage que je frôle.

26.11.08

détresse

Faire le point, peu à peu. Mais à mesure que le point se fait, le monde continue de bouger, de s'en aller, et le temps passé à faire le point permet au dehors de s'en tirer, une fois encore, à bon compte. Reprenons. Faire le point, donc. Etc. Et la vie ne se laisse pas rattraper par qui voulait (comment déjà ?) : rendre gorge à la réalité. Mais toujours : le point se fait, peu à peu, sur les apparences, les insuffisances, les colères. Et encore : le reste qui se dérobe, autour. Le train s'arrête, annonce. "Mesdames, messieurs - notre train va s'arrêter quelques instants en gare de Poitiers suite à (pause, bruit de voix étouffée dans le micro : un temps) suite à un train en détresse devant nous. Veuillez nous excuser pour ce désagrément." Reprenons.

23.11.08

20.11.08

"from the outside"

exposition de la vie au dehors du monde - ajournement des priorités - extérieur vitrifié par le gouffre élancé vers le ciel - trahison des apparences

(et des centaines de phrases griffonnées qui me restent après les poèmes : une seule question : qu'est ce qui autorise la parole, quand c'est l'effort d'approcher vers elle et sa justesse à la vie qui importent le plus ?)

18.11.08

la clé


Au loin, la netteté de la décision, la précision des contours, l'évidence d'une réalité prête au désir.
Au près, la lourdeur du geste, l'opacité du monde, l'évanouissement des contours.

Et le corps, en avant de soi, qui doit avancer, qui avance.

Aura-t-on un jour la clé ? Et surtout : dans le couloir, l'obscurité qui occupe tout l'espace efface-t-elle jusqu'au corps qui la traverse ?

On doit avancer, on avance.

17.11.08

zones d’opacité

Il n’est pas question d’occuper,
mais d’être le territoire.

15.11.08

compte-gouttes

"Tombant sur la feuille en gouttes de sang"

Du ciel tombent les nouvelles du jour - en avance, peut-être. Mais on les ramasse en retard, toujours. De la plaie ouverte, s'écoulent au compte-gouttes les larmes qu'on versera plus tard, à notre tour, quand sera l'heure. On tend l'oreille encore, et on attend les voix : longtemps tues, et qui reprennent. "Et Dame Fortune, en m’étant offerte / Ne pourra jamais fermer ma douleur" - enfin. C'est une façon de recommencer le jour.

14.11.08

le prix

combien le prix d'une vie ; combien le prix d'une élégance passée non à l'écart, mais en retrait ; combien le chiffre ; combien la morgue de ceux qui se vautrent dans la surenchère ; combien la honte aussi ; combien le prix ; combien.

12.11.08

des portes

Derrière une porte, une autre porte (sans doute une autre encore, derrière), et si je la passe, une autre de nouveau, comment ne pas en finir ; où je me tiens, dans mon corps (une porte), devant moi à franchir et qui s'ouvre sur une autre (dans la tête) - et sous mes doigts, des portes ouvertes que j'enfonce d'un seul poing : je suis toujours là.

9.11.08

de la lecture

rue montorgueil

LIRE

1°Connaître les lettres et savoir les assembler en mots. « Cet enfant commence à lire des phrases. »
Prononcer à haute voix ce qui est écrit ou imprimé. « Lire haut, tout haut. »
Prendre connaissance du contenu d'un écrit, d'un livre.
Lire la musique, connaître, en parcourant des yeux une musique notée, les sons que les notes figurent, et les modifications que ces sons doivent recevoir.
Expliquer.
6°Comprendre ce qui est écrit ou imprimé dans une langue étrangère.
7°Lire se dit quelquefois pour suivre une certaine leçon dans un texte qui en a plusieurs.
8°Fig. Reconnaître, discerner quelque chose par une espèce de travail que l'on compare à la lecture. «Ces tristes vêtements où je lis mon malheur »
9°Expliquer les motifs des dessins aux ouvriers qui doivent les exécuter dans une fabrique de tissus ouvrés ou imprimés.
10°Se lire, v. réfl. Être lu.

Quand on prend la parole, c'est à quelqu'un qu'on la prend - à celui qui vient, là, une minute avant, de parler, de lire. Et quand on se tait, c'est pour mieux donner la parole à celui qui va, dans une minute, à son tour, lire : parler.

On est debout comme pour mieux poser ses pieds sur le sol, appuyer son corps quelque part, aussi droit et devant que possible - ou assis, et ce sont les mains, les coudes, qui se posent cette fois : toujours une manière de travailler le corps par dessus la voix, et la voix dans le corps qui donne forme au réel.

Les visages : ce sont ceux qui devant soi se constituent en mur et en traversée : qu'on lève les yeux sur eux, et c'est le vertige - trop de visages tournés vers un seul et même endroit (où on se trouve), trop de visages dans un espace si réduit. Pourtant quand on parle, dans ce silence, c'est aussi comme pour leur prendre la parole : une manière de la leur rendre.

Ce qu'on dit a son importance : c'est l'importance même de ce qu'on dit qui fait cette géographie simple et dense de la salle. Il y a ceux qui baissent la tête en écoutant, et ceux qui regardent le plafond, ceux qui plongent leur regard directement dans notre bouche.

En remontant Montorgueil, on pense à ce qui suit le dernier mot : cette respiration (aussi importante que la respiration avant de lire) qui signe le dernier mot. Ce qui suit le dernier mot est toujours un regard lancé à un visage ami - je sais toujours le reconnaître désormais. Ce qu'on a traversé n'est pas seulement des phrases sur du papier : mais du silence qu'on a brisé ensemble, par poignées répandu et qui finira par couvrir les murs.

Alors, qu'on endosse cette charge là, qu'on occupe cette place là, pour un temps si court, c'est à ce visage qu'en retour on adresse la reconnaissance.

6.11.08

en arrière

C'est une grande barrière en travers de la gorge, ; c'est une manière de parler, aussi. On lève les yeux, et c'est toujours elle qu'on voit - ce n'est pas d'hier, ce n'est pas d'aujourd'hui. Toujours elle où qu'on avance, et on trébuche ; elle encore quand on se relève et que le monde a changé. Une manière de se taire, peut-être. C'est aussi une manière de se perdre et d'enfoncer plus avant son corps sous la ville. Du passé, ce ne sont pas des images en mouvement qu'il me reste (revenir sur ses pas après deux ans, voir que rien n'a changé, et être ébranlé par le plus petit changement d'abord inaperçu et qui déséquilibre tout le reste). Mais cet arrêt des images quand j'essaie de me plonger en arrière de moi - c'est elle qui le nomme encore. Et ensuite après le noir : elle enfin - cette lente douleur dans la nuque qui me possède, qui me creuse - douleur de n'être pas ailleurs (peut-être). Mais s'en saisir quand le temps d'en parler revient, et parler de l'intérieur d'elle ; forer la plaie, qu'elle disparaisse.

4.11.08

avant


On imagine (de l'autre côté de la fenêtre, au même moment, on décide sans doute de l'organisation du monde, on s'apprête à faire du changement une manière d'incarner un discours politique (à défaut d'autre chose), (et se dire que le changement (le mot) suffit à décrire un geste, une morale, une posture) : là-bas, les choses seraient sur le point de basculer (sur quel versant voudrait-on me pousser) ; de l'autre côté de la mer, on fait la queue pour le reste de ceux qui attendent (un chiffre, un visage, une couleur), on voudrait appeler ça de l'histoire, mais c'est juste ce soir une fenêtre de l'autre côté de la rue allumée plus longtemps qu'hier, et demain, ce sera autre chose). Alors, on imagine et capte un peu de lumière tant qu'il en reste, avant que le cadre ne se dérobe.

3.11.08

je marche à travers

passe la main - devant l'écran (et recule) - finalement éteint : réveillé d'une longue veille - et entré dans le sommeil, enfin (une dernière image (au coin de l'oeil (qui recommence à vibrer) qui coule) qui n'était pas la dernière) - et ce qu'on voit alors, saint-eustache forcené (phare ancré au port et qui attire vers le large les naufrages), derrière le square châtelet (et ses avenues tracées rectiligne, aux noms d'écrivains (Breton sert la main à Saint-John Perse : je marche à travers) - et passe la main sur mes yeux pour essuyer le froid : si c'est l'image que j'efface, j'en imprime toutefois sa trace sur tout le visage - et sa trace est plus profonde que l'image seule, plus lente, plus hurlée)

2.11.08

en dehors



En dehors de la ville, on croise des plaines plus marquées par la lumière - plus densément constratées par l'ombre courant des soleils morts et revenus. En dehors de la ville, on quitte le froid, on rejoint une sécheresse plus vive encore, plus mordante au bout des doigts. On rejoint ce qui sépare : deux routes qui parviennent, sans se couper, à traverser. En dehors de cette ville, s'étend une plaine si seule, que c'est comme si elle n'était pas en dehors de la ville, mais que la ville même était son dehors, son lointain. Dans le ciel, on prend le temps de compter jusqu'à demain. En dehors de la ville, la ville n'existe même plus en souvenir, ou en désir - mais dans le bruit que fait le vent dans les nuages, l'ombre éteinte d'une dernière nuit passée à compter son départ.

1.11.08

cette tombe


Dans la tombe vide, il y a tout ce qu'on imagine, tout ce qu'on pressent, tout ce qu'on désire : un peu de place pour le vide, toujours plus de place : c'est comme ces fenêtres qu'on regarde de l'autre côté de la rue, ces têtes penchées contre le rebord de la vitre, et qui ne semblent regarder qu'un reflet mal posé, mal fixé sur le cadre - et toutes les vies qu'on imagine ensuite, depuis ce regard. Dans la tombe vide (passé deux heures cette après-midi sur d'autres tombes, sur d'autres vides), il y a toujours une manière étrange d'aborder le temps : par la fin. Il y a toujours un geste qu'on évite de faire pour conjurer l'oubli : le sien. Qu'on imagine son corps mort (un peu de poussière sur la veste). Mais qu'on imagine sa tombe - et c'est davantage une contre-plongé dans le vide qu'un corps à corps avec la terre. Aujourd'hui, passage dans les cimetières, le pas plus pressé. Toute une ville oubliée s'organise, droite et dont l'herbe est si finement coupée. Toute une ville traversée, et au bout : cette tombe vide, éventrée, en attente - et puis, cette idée (absurde, mais qui s'avéra juste) : cette tombe jadis occupée, puis abandonnée.




31.10.08

le plus évident

Du dehors, c'est une grossière église jamais vraiment finie, depuis toujours ébauchée et abandonnée en cours de défiguration ; c'est une somme d'excroissances inachevées, mal agencées, d'ouvertures incohérentes, de traverses déchirées sur les transepts, de flèches accumulées comme autant d'ex-voto sans souci de hiérarchie - au milieu d'une ville qui les laisse là, par manque de courage devant les gravas qui s'amoncèleraient. Et parce que c'est sans doute une église qui ressemble à quelque chose de cette ville, qui en serait le témoignage le plus évident, le plus secret. Quand on entre, on ne lève pas les yeux comme dans d'autres églises, mais on regarde sur les murs, les angles qui se perdent. La lumière est si faible qu'on se cogne à chaque mètre, sans savoir si c'est sur un coin de banc, un autel, un cierge ou simplement sur une tombe, un corps, une main. On cherche une issue, et on se perd entre deux cavités. Quand on parvient, par hasard (ou par miracle) à la sortie, ce n'est jamais par là qu'on est entré. Et quand on se retrouve dans la rue, une lumière entoure chaque chose plus faible qu'au dedans .

30.10.08

la liste


Poser (un instant, juste un instant) le front aux vitres comme des veilleurs de chagrin, et fermer les yeux une seconde (juste une) - entrevoir ce qui passe et qu'on ne retient jamais (ou alors, seulement la trace la moins désirable) : j'en dresse la liste pour moi (les visages, la forme des mains, l'odeur du soir, la moiteur d'août, le poids des clés dans la poche, la couleur du billet de train, n'importe quelle mélodie) et l'oublie tout aussitôt. Si je m'en veux trop longtemps, je m'en fais une raison. Alors : une seconde (pas une de plus), poser le front contre le portail sud de cette église, échapper de moi le contrejour et racler le ciel d'une dernière pensée adressée à mes insuffisances : une liste ne suffira pas, mais enfin. Je ne suis que la somme d'elles, je sais bien. Je ne trace dans l'air que les limites de mes faiblesses. Demain : veiller plus tard que ce soir (et gratter plus profond la peau).

29.10.08

le balcon en ville


La ville juste en dessous - littéralement - la ville grande comme on la toise (et d'ici : ce sont des quartiers entiers entourés d'ombre : on voit l'éclaircie passer, s'effacer, reprendre : jeux de palettes capricieux qui teintent d'un geste la menace, ou l'apaisent d'un mouvement). Du belvédère, on est comme dans une nacelle suspendue au-dessus des rues (et pas d'appareil ce jour : pas de photos : ça restera comme un vide, là aussi : ce soir - juste ce vis-à-vis d'une fenêtre sur la fenêtre : un face-à-face qui rejoue l'horizontalité habituelle : et que la verticalité de la veille me semble loin désormais...) Très vite cependant, on comprend qu'on est toujours une part de la ville, même ici, surtout ici. Même quand on tourne le dos à la ville, elle est ce qui donne la hauteur de chaque chose (la mesure de chaque mot). Même quand on parle pour elle, c'est elle qui dicte. Et quand on voudrait la regarder encore plus précisément, les détails s'estompent et c'est le grand tout qui demeure, seul horizon qui résiste au ciel. Alors, quand on redescend, 18 étages avalées en quelques secondes par l'ascenseur, et qu'on porte un regard aux tours, c'est encore elle qui organise autour les échanges, les réseaux désorganisés de la circulation, comme sous la peau, les battements de sang aux tempes. C'est à elle qu'on s'adresse, et c'est ce qu'on dira, tous, différemment : une part d'elle qu'on emprunte au temps, qu'on arrache au vide. On se maintient au-dessus seulement pour pouvoir en parler, et ensuite, c'est à elle qu'on est rendu, plus plein d'elle, plus féroce d'elle.

24.10.08

entre


Dans le calme, ça s'étend dans le calme, on pourrait entendre le froissement de mes poumons contre le froid qui souffle en moi son haleine calme et lente. La ville entre par bouffée dans ma bouche. Elle a la couleur de la nuit, cette lumière artificielle qui brûle à intervalles fixes. Entre, je n'existe pas. Je me tiens, et attends qu'elle me prenne.


C'est le bruit, le bruit d'abord : celui de la vitesse, celui du vent que poursuit la vitesse des voitures et qui rend le froid plus piquant, moins invisible. Derrière le bruit, il n'y a rien qu'une trace. Toutes dessinent un plan de la ville à sens unique : d'en haut, on pourrait voir un seul trait d'ambre parcourir en une seule seconde les artères de la ville, sans s'arrêter (et reprendre). Les endroits de la ville qui ne s'allument pas n'existent plus. Je me tiens entre.


Un ralentissement soudain. Le trait cède un moment au noir d'un monde en suspens : c'est la nuit qui recouvre ce moment d'inattention. Sur le côté où je suis, prêt à traverser, je me dresse.



22.10.08

ce devenir


En s'éloignant, ce qui s'estompe, ce n'est pas derrière soi les kilomètres qui s'enfoncent dans le vide, mais c'est l'image qu'en soi-même on forme pour ce présent qui s'efface : quand on fixe la pensée sur ce qu'on devient, c'est toujours sur les cendres d'un ici et maintenant frappé d'anachronisme dans l'instant.

La centrale de Chinon derrière moi qui s'enveloppe de brume - brume elle même reposée dans le contre jour à peine levé - quand je la vois, et l'enregistre (automatiquement) : davantage qu'une image qu'on laisse derrière soi : davantage que soi-même laissé en arrière ; mais témoignage de ce devenir qui m'échappe, qui forme sur cette échappée, l'image perpétuellement levée d'une brume de soi rêvée, et dont le réveil ne viendrait jamais.

21.10.08

projection


De quelle manière se projette le monde, s'écartent les codes, se figurent les limites. - je ne sais pas. J'essaie de progresser le long du fil pour le savoir. Ces derniers jours, on recommence à écrire, et ce n'est pas plus facile qu'avant, ce n'est pas moins douloureux, mais on avance, les sables mouvants à perte de vue.

12.10.08

***

(Des heures posées sur des touches, comme en arrière de soi rejetées et savamment cependant poussées au devant de soi à mesure que c'est écrire qui se saisit de la vie (on dit bien saisir un texte ?), à mesure que ce qui se frappe, sur le clavier noir, c'est autre chose que soi-même devant des mots. Et hier soir, la machine qui ne peut plus fonctionner, qui refuse. Lu hier cet entretien de Koltès (je ne l'ai pas sous les yeux, je vais citer de mémoire, et je vais déformer comme toujours, tant pis), où il parle de la musique qu'il écoute, et pourquoi - le reggae sur tout autre chose : parce que le reggae est cette inversion fondamentale (je crois qu'il dit radicale) du temps faible sur le temps fort, qu'en cela le renversement des choses place d'emblée la musique sur un autre plan que lui même (il dit quelque chose comme : transcendant sa nature propre - je crois), et qu'alors il préfère un reggae moyen à un bon morceau d'une autre musique - comme il prèfère un drame ordinaire à l'intérieur d'un cyclone, plutôt qu'une grande tragédie qui se joue dans une villa. Inversion radicale du temps fort sur le temps faible - qui n'est pas coquetterie de la marginalité, mais perception du monde avant tout musicale (seule perception valable et possible à mes yeux). Alors, quand cet ordinateur lâche, littéralement (par à coups, par fièvres, par réactions étrangement organiques - avec des bruits, des écrans bleus inconnus, des erreurs fatales qui s'accumulent), penser à ce qui se perd un peu, des heures posées sur ces touches, donc - et se demander surtout pourquoi, en moi, c'est cette image du contretemps qui dit le mieux mon rapport non au temps, ni même à l'écriture (numérique, donc), mais à ce qui les contient et leur donne forme, à ce qu'on nomme la vie, et qui n'est rien d'autre que cela - une activité du temps, qu'on dépose ici, empilement vertical des jours et des images qu'ils imposent (et qu'on me reproche cette forme austère, fond noir et tracées rouges, c'est pour moi une sorte de fierté, la répétition d'une même et rebutante zone qui m'est propre, dialectique de l'image sur le mot, temps fort et temps faible toujours, qui parfois échangent leur rôle : combien je suis attaché à cette simple forme : ne possède pas ici l'arborescence d'un site, mais je me tiens au geste du journal, voilà). Le journal continuera, je le sais. Ici, bien sûr. Mais la machine sera différente. Le geste le sera, aussi, je crois ; quant à l'écriture, peut-être, je ne sais pas. La seule chose qui me préoccupe (m'angoisse, c'est certain) : tenir ici la place au milieu du cyclone.)

8.10.08

chutes




(de la moitié du temps qu'il me reste (après l'avoir retranché des chutes accordées aux besoins d'une vie administrative aberrante), il ne me reste qu'une part infime : un tiers s'évanouit sans que je m'en aperçoive, l'autre tiers s'achève quand je commence (et son commencement est la marque même de son achèvement) - le dernier tiers est terrassé de fatigue au moindre mouvement. Alors, soit je prends le parti du temps qui précède (et je m'en porte mal (culpabilité de temps qui va passer sans moi)) - soit j'opte pour le temps qui arrive (et je ne le supporte pas (souffrance de laisser devant moi une table, un bol à peine refroidi de bananes coco) - mais je n'ai pas d'autre luxe. Equilible impossible pourtant.)
De quel temps vivant le temps mort pourrait me laisser - le soir tombe devant moi, et c'est lui qui me délivre, qui me porte. M'avale. Finira par ne plus pouvoir me cracher. Mais c'est le prix à payer - et j'accepte.


4.10.08

les toiles filées


de clocher à clocher, de fenêtre à fenêtre - ces chaînes d'or qu'on tend par dessus le vide et sur lesquelles le moindre pas hésitant frôlé par le vertige est une danse. Sous le ciel dont on ne voit toujours qu'une partie, la partie la moins désirable, toujours, et qu'on laisse dans le dos, sous le ciel dont on n'est qu'une partie, la plus malléable, peut-être, mais la moins docile, sous le ciel on avance. On ne se demande pas vraiment pourquoi la toile est tissée. On ne se demande pas vraiment non plus si on a raison, si on a tort. C'est juste que si l'on s'arrêtait pour toiser la terre, on risquerait de tomber. Sur la toile, on ne parle pas de conversion à infliger. On tremble quand les fils tremblent un peu, et c'est comme dans le vent, les nuages qui s'emportent d'impatience. On avance. On n'est pas seuls. On avance simplement comme si on pouvait continuer d'avancer. On voudrait marcher, et quand le pas se pose, c'est alors qu'on danse.

25.9.08

ce qu'on sait


On ne sait pas vraiment lequel, du soir ou du matin, remplace la journée - ce qu'on voit, c'est un peu de temps en moins, (en plus), qui se dépose ; un peu de fatigue qui déborde et qui emplit l'espace.

On ne sait pas vraiment ce qu'on va faire de cette ligne d'horizon qui recule à mesure qu'un pas après l'autre la terre sous notre ombre est laissée derrière nous : on suit la courbe comme d'un corps la trace effacée du désir - et puis, ne plus vraiment regarder que cela, la lumière qui tombe et ne s'écroule jamais.

(Passé faire les papiers hier, comme on dit : le labyrinthe incompréhensible des dossiers à remplir : on n'y comprend rien, on le fait, et alors. Quand je rentre le soir, d'autres papiers m'attendent, pour quoi. C'est un étrange rituel. L'année qui commence sous l'amas de papiers indéchiffrables. Dehors, on voit les banques qui ferment, qui perdent, des chiffres qui n'ont pas vraiment plus de sens qu'un dessin d'enfant : on se dit que tout cela fait marcher le monde droit, une faillite bien ordonnée, une crise qu'on nourrit de papier en ordre, tout va bien - la lumière continue de se répandre, c'est sur elle que je marche)

17.9.08

compte


On parle longtemps - à tour de rôle longtemps, d'abord elle, puis moi - Prague a des places aux noms imprononçables où les ollies prennent du temps à s'élever, et je me dis que c'est une bonne manière de mesurer le temps qui passe, la hauteur des ollies. Elle parle aussi de ce type qui fait des tour sur lui même avec son vélo, et qu'elle ne cesse pas de filmer, encore et encore - de cette sculpture, et de ces types qui passent devant, chaque jour. Je voudrais ne pas parler, seulement l'écouter.

Je pense à la mesure du temps qui a fait œuvre cette année en moi - une semaine après l'autre, c'était. Plutôt qu'une nuit après (l'autre). Quand je l'entends, je sens l'année passer en moi comme une lettre qu'on lâche dans la boite - qui s'accroche un peu aux doigts, et qui se fait de plus en plus lourde, et qui tombe - et soudain, la lettre n'est plus là, mais en soi, le vide qu'on avait fait pour elle se remplit d'autre chose, qui est encore plus lourd.

Au dessus du petit mur de pierre qui s'était formé en moi, cette année où jamais rien ne fut plus lourd que le temps grimpé en tas (frustration des années d'étude où ne rien faire d'autre que construire un mur acceptable), perce un peu de ciel. Des nuages traversés de lumière. On peut lever encore les yeux, on sera ébloui, mais la chaleur qui se pose sur le visage est inestimable. Elle dit, ce soir où je l'écris, le temps passé - et elle dit le temps qui vient. Elle dit les autres mesures que le temps va adopter pour se compter et que j'ignore encore.

Quand elle est partie, elle avait cette démarche que possèdent celles qui ne savent pas où demain se lèvera, ni comment on pourra le mesurer, cette fois. Cette démarche que j'envie tant - la lumière rasante au dessus du mur de pierres est si lente. Je saurai voir chacune de ses variations, maintenant je saurai compter.

5.9.08

retour dans une semaine

4.9.08

parenthèse fermée


Au bout du couloir, l'avantage provisoire qu'on possède sur le temps : l'anticipation éphémère (et si rapidement évanouie) - demain, ce ne sera pas trop tard pour envisager ce qu'aujourd'hui, on a gagné sur la ville - mais pour le moment, demeure comme de l'autre côté : je suis repassé tout à l'heure devant ces rues de l'an dernier - elles auront pour toujours la couleur rousse d'un automne de deux années, la lenteur de la pluie qui rend morte chaque chose sous le pas plus pressé d'en finir, et qui s'allonge.

Quand on se retrouve par hasard dans ces rues si fermement identifiées à son passé, après un intervalle suffisamment long pour que l'oubli se soit entreposé, pour qu'il ait émoussé l'habitude, dans ces endroits si fermement identifiés à une part de sa vie qu'on a longtemps tenue pour parenthèse ouverte, et différant l'essentiel (et quant à la fermeture de celle-ci : tenue alors pour inimaginable) : quand on s'y retrouve, donc, ce matin, pour autre chose - c'est autre part qu'on est, naturellement ; c'est ailleurs qu'on va et l'on ne reconnaît plus rien, ni les murs, ni les toits, ni les mêmes personnes qui marchent : au bout du couloir, quand on se retourne, par dessus l'épaule, ce n'est pas le passé que l'on voit, mais une part de soi arraché au temps, et qui ne nous appartient plus, que l'on ne reconnaît que comme son propre visage aperçu en rêve.

1.9.08

rentrés


c'est jour de rentrée, disent-ils - mais moi, rentré au petit matin, dans le bleu du ciel tendu jusqu'au pâle qui rend les murs de part et d'autre de la rue semblablement bleus et pâles jusqu'au gris des marées basses : et par le tremblé du jour, apercevoir un peu de l'agitation des foules : l'école en bas de la rue recommence à sonner à heures fixes les pauses et les sorties, les rires des gosses, les pleurs et les bagarres, les coups qu'on s'échange déjà pour du faux, le temps du goûter, le temps des devoirs (déjà) : ce temps de la vie en bas de ma rue qu'ils vivent comme derrière une horloge ronde rejouant à chaque heure son même recommencement. En haut de la rue, la cloche de l'église sonne quant à elle les huit heures et demie chaque matin comme à chaque jour de l'année : le temps immuable d'un temps qui ne s'arrête pas, mais fait se lever une lumière toujours changeante au dessus d'elle : heure qui n'est jamais semblable. La cloche de Bonne Nouvelle dresse au devant de moi, les couleurs du temps qui renouvellent à chaque instant la vie - et la diffèrent d'elle à chaque seconde, minutes après minutes (une année après l'autre).

Je me couche vers le matin : dernière pensée au temps mort de la vie qu'on dit active, qui bat les pulsations sèches aux tempes du vieux monde. Quand je me lèverai, il sera toujours le moment de lever les yeux au ciel, chercher quelque chose à retarder encore. Ce sera peut-être le soir, ce sera peut-être la fatigue, ou la faim, ou la colère - la gloire désuète de se tenir debout quand les autres dorment, au dedans de chez eux, blottis au chaud de septembre : juillet enterré pour de bon, et novembre qui se tient au bas de la porte, prêt à mordre déjà. Novembre en moi déjà prêt.

31.8.08

se pencher

On repense aux vieilles lunes, celles qui comptaient, celles qui scandaient le temps et le monde avec lui, on repense aux naufrages qu'elles produisaient quand elles levaient les marées, et on lève les yeux un peu par dépit, un peu par colère. On pense que si on se penchait un peu plus, on saurait tomber. On saurait toiser le monde d'en haut. On imagine la durée de la chute. On anticipe avec délectation sa durée. On redoute sa fin. Quand on y pense, les vieilles lunes éteintes au dessus de notre épaule brille moins de leur gloire que par reflet. Mon visage qui s'y pose tremble et ne se reconnaît pas. On appelle ça écrire. On appelle ça se pencher sur ce qui passe, et arracher à la douleur du passage un peu du temps qui va, le sens sans direction d'une parole traversée.

29.8.08

semer


On croit s'être perdu, on croit prolonger la perte dans l'oubli de la perte même, mais c'est alors qu'on la prolonge. Alors, on croit ne plus savoir si l'oubli n'a pas fait exister l'idée de la perte - et si en prolongeant la fuite, on ne prolongerait pas plutôt l'illusion de la perte oubliée. Cependant quand on reprend pied, ici et maintenant sont exacts au rendez-vous, ni différents ni opaques, avec l'évidence de l'air qu'on respire, partout là - toujours et encore sans cesse là. Fermer les yeux ne change rien. Retenir sa respiration non plus. Les fantômes qu'on aurait voulu semer nous attendent au devant de nous, au coin de la rue, ils sont patients.