24.1.08

en attendant

Dépendant de la machine - pas dépendant vraiment (on exagère vite), mais conscience dans ces moments là combien le geste de frapper sur la machine détermine désormais celui d'écrire (et s'il s'agissait seulement d'écrire - mais de faire de la relation au monde, un geste qui passe par celui d'écrire), qui le détermine, qui en est réduit à ce geste. Alors quand la machine redevient une simple machine, c'est-à-dire des matériaux aussi capricieux et faillibles qu'un bout de métal posé sous une planche de plastique, quand le fonctionnement magique s'interrompt, retroune à la technique et à ses impondérables, le geste lui aussi s'interrompt, et revenir au papier, et revenir à la plume, jusqu'à présent réservés au travail "sur table" devant livre ouvert : la plume comme bistouri, et le défibrillateur jamais trop loin. Donc.

Impossible d'allumer l'écran - (et sous le terme d'allumer, il y a peut-être pour moi cette image assez juste des chaînes d'or qu'étoile à étoile on tend, pour illuminer autant le ciel que la danse que l'on esquisse sous lui) depuis quelques jours - et impossible de l'allumer pendant quelques jours encore, comment faire. Changer les composants. Me dit-on.

Comme d'une machine, et cela m'étonne, pourquoi.

En attendant, ce simple mot - comme on laisse avant de fermer la porte une veilleuse, et qu'on retrouvera (peut-être ?), cierge réduit à sa mèche épuisée.




4 commentaires:

JS a dit…

Oui, c'est intéressant ce que vous dites sur la machine d'écriture, et bien tourné aussi, merci pour ça.

Pendant plusieurs mois récemment, j'ai écrit clavier-écran avec dans mon sac à dos, dans le train, dans l'avion, ce léger instrument aux 83 touches et à l'écran 11 pouces.

Et récemment j'ai repris un stylo. Il était lourd. Les lettres pas loin de l'illisible. Chaque mot paraissait trop loin du précédent, je veux dire loin dans le temps. La feuille de papier trop fragile, comme le texte dessus.

Prax a dit…

Merci pour la veilleuse. C'est un petit geste que je fais facilement en vacances : en allumer une avant de partir puis tourner les talons.

j_scheidler a dit…

C'est le poeme qui est dans mon film.
"Ma camarade, mendiante, enfant monstre"…
J'ai justement enregistre ce texte en cabine pour une post synchronisation avec Alice hier…

Arnaud Maïsetti a dit…

@ js : et toujours la feuille est trop buvard, l'écran trop livre. Il faudrait un moyen terme (la tête ?)

@ prax : oui : en allumer avant de partir (j'avais lu : "en griller une" ! : pourquoi pas aussi ?)

@ j_scheidler : "unique flatteur de ce vil désespoir". faudra que tu me fasses écouter ça...