15.1.08

passé un certain seuil


Lire des livres inutiles toute la semaine : laisser sur la table tous les autres livres nécessaires et ne pas pouvoir s'y lancer, parce que ça demanderait cette disponibilité impossible ces jours - et que plonger dedans ne ferait que rendre la lecture plus douloureuse. Les livres inutiles qui doivent se lire se porteront encore mieux. Et la fatigue augmente aussi vite que le travail recule.

Il y a cette phrase de Deleuze, et je ne m'en souviens plus très bien (cette incapacité que j'ai de citer exactement, combien je me la reproche), elle dit quelque chose comme : "la fatigue, c'est quand on ne peut plus rien tirer de soi même" - mais passé un certain seuil, quand la fatigue est depuis longtemps larguée derrière soi, le corps continue seul de ne rien tirer de soi : comment ça s'appelle, ce qui suit la fatigue ?

Mais ce soir impossible. Alors, ce soir, Koltès ouvert devant moi, ce soir ce livre que je lis par dessus tout (et tant pis). Et dans la chambre, qui rebondit sur les murs, "it's all over now, baby blue", un harmonica et trois notes à la guitare, une voix qui dit la fatigue aussi, qui dit comment, passé un certain seuil, elle peut s'articuler à cette nécessité intérieure qui démange, qui tire de soi même quelque chose d'autre qu'un peu de fatigue résiduelle, quelque chose d'autre qui recommence ce soir, "Strike another match, go start anew"

8 commentaires:

Prax a dit…

Ce qui suit ma fatigue (à titre très personnel et non universel) c'est la clairvoyance.

brigetoun a dit…

je ne sais ce que c'est mais je sors lentement d'un petit trou lectures (et cela continue pour "sur écran")

gmc a dit…

PURGER LES YEUX

Ce qui suit la fatigue
Dit d'éliminer la fatigue
Comment cela s'appelle
Ne présente aucun intérêt
Tant qu'Atlas continue de s'abrutir

It's all over, baby blue
Et aussi Barrett quand il dit
See through baby blue

Pas besoin d'allumettes
Ni de livres pour cela
Les yeux ouverts rien de plus

Arnaud Maïsetti a dit…

@ prax : mais la clairvoyance de quoi ? c'est la question, je crois.

@brigetoun : et pendant ce temps, les trous continuent de se creuser, non ?

@gmc : "The highway is for gamblers, better use your sense.
Take what you have gathered from coincidence.
The empty-handed painter from your streets
Is drawing crazy patterns on your sheets.
This sky, too, is folding under you"

gmc a dit…

the question is: are you a gambler?

néanmoins, tout le texte de cette chanson est remarquable.

Arnaud Maïsetti a dit…

(nous serions plutôt la mise)
?

gmc a dit…

chaque joueur mise ce qu'il veut... principe du libre arbitre dans tous les casinos...tant qu'il ne voit pas comment s'effectue la donne...d'où la question

O' a dit…

La fatigue c'est la condition du dépassement, c'est ce qui dérange nos petites certitudes étriquées et qui laisse place à un lacher prise aussi douloureux qu'incroyable...