10.2.08

la consistance


"it aint me, babe", dylan & joplin, 1964

On voudrait se pencher par la fenêtre pour en saisir le poids. On serait prêt à se tenir au plus près de la chute, et tendre la main au plus loin du matin pour en attraper la consistance, et la ramener jusqu'ici, auprès de son corps froid que la nuit finit d'étreindre. Mais on en retire que la peur de tomber, ou son désir.

On s'est levé pour voir la conséquence, déposée ici comme depuis toujours. La conséquence de la nuit, ou de la nuit d'avant. Tout se confond.

On attend encore, avant de fermer la fenêtre ; sa violence persiste, son souffle arrêté et repris sans cesse, et recommencé sans cesse sur une colère qu'on aurait cru dernière.

Dehors, de la douceur du matin, on a attrapé que sa poussière.

Alors, pour que le temps passe, on met une vieille chanson dans les oreilles, et continuer ce matin le soir, le soir que le matin étouffe.

5 commentaires:

pop corn a dit…

c'est quelque chose à quoi je pense souvent jusqu'où on peut pousser, si on doit répondre à la bascule. y'a cette difficulté à concilier la vie ordinaire et les inclinaisons que l'art parfois demande qui menées à l'extrême vous couperaient des autres, vous mettrait en folie. c'est une plongée dans la mine et actuellement pour moi en maintenant toujours le dehors à portée de main, si un jour on glissait dedans vraiment sans filet on en mourrait peut-être du moins on aurait plus le choix de pouvoir en revenir.

Prax a dit…

De manière plus prosaïque, un saut en chute libre (avec un parachute dans le dos quand même) montre très vite la consistance de l'air, très vite un mur dense.

Omne a dit…

Et le poids du sommeil qui ouvre les yeux, lourd d’idées se bousculant, limpides dans la noir autour qui se fane ; qui s’échapperont sans qu’on s’en rende compte, sitôt le sommeil mort. Lourde encore la nuit au dos, qui pousse et comme retient, au bord du matin.

Arnaud Maïsetti a dit…

@pop corn : précisément ça - mais s'il n'y avait pas ce "si" ("si un jour on glissait"), peut-être qu'on ne se pencherait même plus... non ?

@prax : un mur dense qu'on traverse à 200 km/h ! (c'est ça ? jamais fait de saut en chute libre)

@omne : et puis, imaginer, dans le noir, la voix qui parvient...

pop corn a dit…

effectivement, pour que se fasse la tension féconde de l'écart il faut ces deux lieux, l'un qui vous retient, l'autre qui vous tente (plonger dans l'inconnu pour trouver du nouveau...).