9.2.08

l'envers du décor

côté cour, la ville ; côté jardin, les boulevards ;
sur la scène le soleil ne se couche jamais



Hier au théâtre, vingt minutes avant le lever de rideau (pourquoi cette idée du petit lever du roi qui m'est venue alors, en voyant le spectacle de la foule au devant de la scène, bien plus impressionnant que le spectacle qui se préparait) - monter tout en haut, dépasser corbeille, premier, puis deuxième balcon. Se hisser jusqu'au troisième balcon, et monter
encore, les escaliers moins éclairés, le faste moins pesant. Traverser de petits couloirs, moins chargés d'histoire - ou d'une histoire plus poussiéreuse encore, et plus secrète. Une porte, comme dérobée sur le côté, qui ne s'attendait pas à ce quelqu'un depuis le temps, passe. Une porte qui se cache quand j'approche, qui semble si petite comme je suis devant elle. D'un geste l'ouvrir - se trouver d'un seul pas, de l'autre côté de la machine, voir traîner sur le sol, tous ces câbles, ces fils épais, ces boutons alignés sur des tableaux de commande, des écrans sans personne pour les regarder, mais qui surveillent, qui n'ont besoin de personne pour cela. Des écriteaux aux murs, les avertissements du danger, les hautes tensions tapies derrière d'autres cloisons encore. Je referme la porte dans la seconde, de peur d'avoir troublé le calme immobile des machines.

Je redescends, et à mesure, je perçois de nouveau la houle murmurée de la foule dans l'attente. La pièce va commencer mais déjà, sa lente mécanique s'est mise en marche, on peut la voir différemment sur chaque visage. Je reprends ma place. L'image de ces fils jonchés sur le sol ne me quittent pas. La marionnette va s'ébrouer. Le public ne verra rien. Au recto de la feuille écrite par les acteurs, les lignes droites implacables tracent leurs directives, et commandent à chaque pas, comme à chaque rire, sa place exacte sur la partition.


De retour dans la rue, des heures plus tard, regarder de travers les passants, leurs mines exprès, les lumières allumées dans les boutiques fermées ; même spectacle qui continue. Même machinerie réglée, en désordre.

5 commentaires:

brigetoun a dit…

pénétrer le secret, fascination. Maiscela n'est là que pourla pièce si elle est bonne et que le jeu la rend indispensable. C'était quoi ?

Arnaud Maïsetti a dit…

Figaro (au Français, comme on dit)

Prax a dit…

Est-ce que de connaitre l'envers gâche l'endroit ?

Arnaud Maïsetti a dit…

(pour moi, la question serait plutôt : est-ce que le recto sans le verso suffit pour faire une feuille de papier ?)

O' a dit…

le recto ne se pose-t-il pas en fonction du verso? dans la vie comme au théâtre? Après tout, même comedie...