23.2.08

"le détail de la réalité m'égare"


"pas d'armure", TTC, 2002

les réveils sont difficiles on sort de là comme en pleine nuit la bouche sèche le ventre ouvert sur la faim et la gorge happée encore dans l'insomnie que le rêve inflige chaque nuit répétée sur chaque jour comme avant le lever de rideau et quand on se lève c'est moins la pièce qui tourne autour de soi que la tête qui se met à basculer et à entraîner le rêve avec lui mais le corps reste là planté sur le sol et le tournoiement des murs commence mais on prend pied on finit par prendre pied sur un endroit du sol plus solidement arrimé au corps et on avance dans le couloir on tend les bras pour jauger de la distance entre les murs de part et d'autre et poser un pas non pas seulement après l'autre mais sur l'autre et comme s'il s'agissait à chaque fois du premier du dernier comment savoir si le sol n'est pas jonché d'obstacles prêts à nous voir nous répandre contre eux et nous dévorer et devenir un obstacle pour le prochain type qui passera et qu'on fera tomber le prochain type qui les yeux grands ouverts de ne rien voir s'avancera dans le couloir et désarmés tombera lourdement comme moi - je n'ai pas d'armure pour me protéger et quand je tombe dans les couloirs de la ville je me répète comme pour me rassurer que le réveil viendra me tirer d'ici et souvent il vient - et si un jour il tarde si un jour le jour se lève avant lui et qu'il me trouve là sans armure - je me suis levé avec cette pensée ce matin et quand j'ai ouvert les yeux je ne savais pas où j'étais -

2 commentaires:

Merr a dit…

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Prax a dit…

La sensation d'être soi même un obstacle est ce qui rend la chute encore plus lourde.