5.3.08

her regards


Je connaissais cette chanson par hasard, elle était arrivée là un jour ; c'est une reprise récente d'une ancienne chanson inconnue de moi ; elle avait pris peu à peu, sans que je ne m'en rende compte, la couleur du soir avant que le soir ne tombe, la couleur des murs ; elle avait pris la place des murs.

Ce soir, par le même hasard, le même hasard objectif qui me trouve chaque soir à écouter encore (et encore) cette mélodie, j'écoute enfin l'ancienne chanson telle qu'elle est, les cordes à peine pincées, la voix posée plus lentement et plus lourde d'énergie mimée, défaite qui n'a pas dit son dernier mot mais qui répète inlassablement cette impossible vie qu'elle aurait pu endosser, telle qu'on la voit en rêve jouer par d'autres.

Bien sûr, la mélodie est semblable. Mais ce que j'entends ce soir, à contretemps comme pour tout et toujours, c'est cette voix de femme plus lointaine qui déchire malgré tout la voix de l'homme, cette douleur joyeuse traversée par cette femme (que vous n'entendrez peut-être pas, que j'invente sans doute), ce sourd et tenace fredonnement qui défie le long dépli du chant du type échoué comme le ressac sur ce souple vocalise - tissage de voix qui me semble être la musique même, tout ce que la reprise récente dans sa vulgaire répétition sensible et fausse n'a pas saisi.

Cette idée que la voix de la fille creuse plus loin la plainte dans le corps, jusqu'à le mettre à nue, le délester de sa peau, de sa douleur, laisser sa peur quelque part où elle ne sera plus que de la musique, et emmener le type, ailleurs, où on n'aura pas besoin de parler, ni de chanter, ni même de se toucher, ni de ne rien faire d'autre que d'être ailleurs, et s'en aller plus loin, remplacer la couleur des murs par des routes, des trains qu'on attend et qu'on laisse passer, des rails qui remplacent les routes et sur lesquels on dépose nos traces au vent, deux foulées mélangées dans la poussière.


"famous blue raincoat", Leonard Cohen

1 commentaire:

Tempo a dit…

vava petite tartapion j'ai écouté ton horreur toute la NUIT



ET MAINTENANT IL Y A DES MOUCHERONS PARTOU? VIENT ME DIRE QUE CE NEST PAS LIE


merci quand même vieux tronc