24.3.08

"l'étreinte se relâchait"


Couloir où je suis, à travers lequel avancer, et quand je me déplace, le reste me devance. Couloir entre ma gorge, couloir entre mes doigts, couloirs qui traversent la ville, qui creusent le ciel d'un peu plus de vide - dégoût des passages où passer, dégoût des endroits où aller parce que tracés vers où aller.

Quand on est comme moi dans l'incapacité réelle (je veux dire : douloureuse et indifférente) de comprendre de quoi sont faits l'habitude sociale, la certitude, l'attention à l'important (quand seuls comptent pour moi les détails), la relation attendue (quand seule existe à mes yeux la relation sans cause et sans demande) - quand on est dans la marche oblique et non dans les couloirs ; difficile de comprendre quoi que ce soit à la marche du monde, impossible de ne pas se retrouver obligé de l'enjamber : et en tirer les conséquences.

Quand je m'endors, c'est en pensant aux derniers cauchemars que la journée a faits pour moi - et cela m'apaise (car c'est la preuve que je suis intact : et le jour où je n'y penserai plus, le jour où je pourrai m'endormir sans y penser, c'est que le cauchemar du monde m'aura pris, m'aura confondu en lui) Quand je me lève c'est toujours aussi incrédule et encauchemardé. Mais je suis pour le moment protégé - c'est de l'écrire aussi, c'est de passer la part essentielle du temps à composer contre lui une marche oblique et obstinée (qu'on appelle ça journal (pour le temps passé contre le temps qu'on m'impose), ou contretemps - que je sois moi à le tenir, ou à seulement à l'imaginer, à le porter derrière chaque geste, et toujours égal à moi même, et toujours à ma mesure, et toujours aussi proche que possible de cette exigence pour moi-même nécessaire : continuer à me maintenir hors de ce cauchemar) - on pourrait en faire une vie, et cette vie me suffit : cette vie pénible et lente est pour moi celle que j'ai choisie. Ne reste qu'à la continuer, et le plus dur commence. Là où je suis ici, l'important est pour moi d'être encore là où je le décide : encore. Le cauchemar peut bien continuer, je me tiens au dessus des hommes qui le peuplent.


Ai cherché quelque chose dans Le pèse-Nerfs (bien sûr, impossible de retrouver). Mais malgré tout, s'arrêter un peu, et repenser à ce dégoût qui m'a pris un jour et passe pas.

"En sommeil, nerfs tendus tout le long des jambes.
Le sommeil venait d’un déplacement de croyance, l’étreinte se relâchait, l’absurde me marchait sur les pieds."

3 commentaires:

brigetoun a dit…

privilège de l'écrivain - moi qui me suis trouvée toute ma vie à coté du monde, même quand pour la gagner je semblais être en lui, le journal-blog est au contraire la nécessité de garder un soupçon de masque sur les trous, désarrois ou manifestations (physiques) des nerfs à cause de la seule soeur qui lit et m'en veut en ce cas

pop corn a dit…

où poser le pas pour ne serais-ce que se maintenir égal? je dis des conneries.
rien de plus.
en fait l'impression de partager ces difficultés et cette chambre d'echo ici, ça aide.

Arnaud Maïsetti a dit…

@privilège - ou nécessité pour qui écrire n'est pas tant ce qu'on est ("écrivain" ? non), que la manière (la moins mauvaise) de prolonger le temps (à contretemps)

@chambre d'écho - qui résonne le monde, et dans son échappée, parler tout bas la langue qui l'indispose ; et la déplace ?