28.3.08

sans respirer


Avoir perdu l'après-midi d'hier dans la correspondance de Rimbaud, la perte que j'en éprouve est sans commune mesure avec le gain misérable que m'aurait apporté la journée traversée sans respirer dans le travail sourd et sans gants - creuser des trous pour préparer la place de son corps.

Repenser à quelques dates, 4 avril 1873 ; 5 juillet de la même année ; décembre 1880 (10 novembre 1891)

Et imaginer ce poème que Verlaine appelle "Les Veilleurs" ; perdu à tout jamais, éclat 'd'une vibration, d'une largeur, d'une tristesse sacrée' : "Et d'un tel accent de sublime désolation, qu'en vérité nous osons croire que c'est ce que M. Arthur Rimbaud a écrit de plus beau, de beaucoup!" (Verlaine, en 1883)

Cette puissance absolue, c'est-à-dire détachée, du texte impossible (et un jour possédé, et comme éparpillé avec la fuite, ou en elle ; fuite elle même devenue texte insaisissable) - c'est cette image en nous portée de ce poème qu'on ne verra jamais - mais qu'on ne cesse d'écrire, de lire, en le poursuivant sous d'autres formes, dans la perte recommencée d'une lecture à l'aveugle, où l'étoile du nord est précisément ce poème traversé de part en part dans sa perte - "les Veilleurs".

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