30.5.08

se débattre

avec l'attente avec le dégoût avec le vent avec la blancheur des murs avec la pesanteur de soi avec le retard avec l'imminence avec les chiens avec ceux qui les traînent et ceux qui les nourrissent avec l'emploi du temps avec la minceur du désir et l'épaisseur des livres avec la nudité de la peau avec la profondeur du soir et la lenteur du jour avec la simplicité des rois la diffusion du sang la destruction des abris le silence gorgé d'habitude et la soif entravée dans la bouche qui tait et renonce avec les forces qu'il nous reste se débattre avec les forces qu'il nous reste combattre avec les forces qu'il nous reste

29.5.08

dévaler

ce jeudi, réveil si tôt qu'impossible de retrouver où le sommeil s'était enfui, alors compter le temps que met la lumière à pénétrer dans la chambre, mesurer la longueur des secondes, attendre lentement que le jour traverse la chambre, déchire le rideau du matin - en clignant des yeux, il était deux heures de plus, le jour déjà dévalé dehors, et la fatigue immense.

27.5.08

déchirer

d'un bout à l'autre de la place le bruit d'abord lointain longtemps après l'éclair, mais qui roule plus sourdement et plus souterrainement qu'au cœur de la ville parce qu'il a bien plus d'espace ici - et puis, le bruit qui se fait plus déchirant, jusqu'à suivre de plus près l'éclair, jusqu'à le succéder de quelques secondes, jusqu'à lui répondre du tac au tac, jusqu'à se surimprimer à lui, jusqu'à devenir contemporain de la lumière - et puis, le bruit qui précède l'éclair.

26.5.08

se fixer

Au moment de traverser, ce type, sur le bord du trottoir, immobile et droit, tête baissée, regard fixé vers quelque chose sur le sol et comme empêché de bouger, de passer, comme prisonnier de ce regard ou de cette chose par terre - un oiseau encore chaud et gonflé, sans tête. Au bout d'un certain moment, sans doute que le type avait trouvé ce qu'il avait cherché, que le temps avait rempli son office, qu'il s'était suffisamment arrêté pour voir ce qu'il voulait ; le type repartait - lundi avait trouvé de quoi se fixer quelque part, le temps pouvait continuer.

24.5.08

[avec le feu]

Jouer avec le feu, ça ressemblait à une invitation, à une promesse. On aurait laissé courir nos doigts à la surface de la flamme, on aurait joué longtemps à la brûlure, au moment où le désir se change en douleur. On aurait joint nos paumes, on aurait fermé les yeux, apprivoisé les règles du jeu. Et dans nos têtes, on aurait regardé, de loin. Les corps qui prennent vie - qui s'absorbent l'un dans l'autre, l'un par l'autre saisis ; la souplesse du monde rejointe ; le silence des gestes lentement échangés, lentement bus au moment de leur imminence, à l'instant de leur disparition : et tout qui s'évanouit dans un crachat. La flamme brûlée avant d'avoir atteint la cire froide ;

***

22.5.08

et se recomposer


Il pleut dans le couloir - sur le sol des flaques plus grandes et plus humides qu'au dehors. Il pleut ici quand dehors, c'est grand ciel clair et dégagé. J'entends les slogans, le bruit de la rue qui manifeste, des mots découpent jusqu'ici leur scansion régulière et obsédante, jusqu'à perdre sens, et se recomposer. Il pleut dans le couloir, on écope patiemment les traînées du soir en attendant. Nous ne sommes nulle part à l'abri.

21.5.08

soluble


C'est une vague qui mange seconde après seconde les dernières forces vives du siècle, et ne pas jeter en arrière un regard nostalgique (non), mais quand même à y penser, fermer les yeux et s'efforcer de fixer un prix aux raisons d'être, à la colère, à l'épuisement - prix d'autres épuisements, et d'autres colères sans doute. C'est une vague qui recouvre tout sur son passage : ce n'est pas vraiment le temps, ce serait plutôt son armée de mercenaires qu'il traîne avec lui, terre brûlée comme seule politique quand bien même sa prétention à la sauvegarde, à la mise sous scellés de ce qui échappe, de ce qui remue la vie avec lui, de ce qui emporte l'essentiel dans le nécessaire ; mais ici : souvenirs réduits à de la momification. Une seule manière de refuser à la fois le culte du souvenir et l'arrogance du déni : n'achetez rien, dispersez tout.

20.5.08

"pas seulement interlope"


dans la gare de Aulnay, telle que je la vois d'ici, derrière la fenêtre du rer, c'est-à-dire pendant quelques dizaines de secondes, les kiosques fermés comme depuis peut-être dix ans ou deux heures, les maisons alignées en désordre et déposées juste sous le ciel bas, les types qui restent sur les bancs du quai toute la journée à attendre un train plus vide qu'un autre, les sigles sur le mur en forme d'insultes illisibles et recouvertes par d'autres, plus illisibles encore, le temps tel qu'il ne passe pas entre le matin et le soir, dans les heures creusées par l'ennui d'une après-midi sous une pluie imminente et qui trempe de fatigue avant même de tomber. La gare d'Aulnay, comme une autre - son inutilité atroce, sa nécessité évidente.

18.5.08

comme de la fumée


Le bruit de la route s'estompait, la lumière changeait à chaque seconde, nuage après nuage, le soleil peinait à se dégager du ciel pour s'imposer ici. Dans l'esplanade vide, on respire l'air de demain, hier est si semblable à aujourd'hui qu'en s'immobilisant il risque d'engourdir chaque chose dans l'inertie. Sur le sol, les ombres se forment et s'effacent selon le caprice du vent. On reste là aussi peu longtemps que possible. Quand on part, on laisse plus que l'orage derrière soi. Ces vers de Verlaine - "L'ombre des arbres dans la rivière embrumée / Meurt comme de la fumée"

17.5.08

de là

en faisant coulisser la rue sur le soir, ce qui se laissait voir, c’était au loin la descente vers toi, au près l’impossibilité de rejoindre, et de là, une immobilité pénible, un entre deux qui prenait toute la place. Alors s’asseoir ici, et faire le compte. Sur le mur – « faut-il croire les mimes sur parole ». Un livre dans la poche. Se mettre à le lire sur le champ. Prendre des notes pour plus tard. Le temps n’est pas passé. Mais autre chose que lui, de plus sourd et de plus lâche, de plus désœuvré – qui se nomme peut-être l’attente, ou plus sûrement, demain (il fera jour).

15.5.08

crève


Le jour tombe sur moi comme l’orage qui crève un ciel trop plein. Pourtant, ce n’est pas vraiment enjamber ma porte qui me fait sentir le poids inutile du jour, mais quand je rentre : la fatigue s’est accumulée sur moi, mais une fatigue stérile, comme d'attendre : j'ai été traversé tout la journée par la pensée d’être ailleurs - ciel où la pluie tombe d’avoir été arrachée.

12.5.08

plus étroite

à chaque mètre la route est plus étroite, plus longue, plus lourde à traîner - plus profonde où s'enfoncer.

11.5.08

brûlée


espace blanc, ville brûlée au blanc qui la constitue, territoire vide qui se vide quand on le pénètre, qui s'enfuit devant chacun de nos pas, ciel blanc, paysage si long, colline blanche derrière laquelle rien ne bascule, arbres blancs, soleil plus blanc encore qui déchire les yeux et imprime à la rétine blanche des visions blanches qui ne s'effacent pas, maison blanche et blanchie encore à la craie râpeuse de la pluie, ville qu'on cherche derrière la vide.

8.5.08

dégagements


on creuse on fouille on remue on recherche on arpente on parcourt de fond en comble on retourne on nettoie on dégage surtout on dégage et on jette forcément on jette la plupart du temps on jette on passe son temps à jeter la plupart du temps et on reprend on reprend après avoir désespérer de trouver quelque chose de pourtant enfoui on perd un temps un temps seulement la certitude que quelque chose est enfoui mais quand on dégage une poussière un coin de poussière un détail une phrase plus profondément enfouie et quand on l'arrache à sa terre c'est presque toujours seulement une poussière de plus de la terre ce n'est que de la terre moins épaisse alors on se dit qu'il n'y a rien d'autre - mais on recommence et parfois autre chose sort de terre qui n'en est pas on reconnaît tout de suite au premier coup d'oeil que ce n'est pas de la terre mais quelque chose qu'on a enfoui dans la terre et qui s'en dégage et qui donne prix au temps à la douleur d'arracher le corps du corps à toutes les heures qui forment la majorité du temps où l'on ne retire rien de ce lent patient travail de dégagements mais recommencé

1.5.08

soudain


Sur le mur levé soudain devant moi : la surface droite des briques, la lumière mat du soir, la rigueur sourde du froid, la matérialité infranchissable du réel - la profondeur instable du rêve.