18.6.08

demain

On aurait pu ne pas y penser, marcher sans poser le pied sur le sol, sans vraiment porter autre chose que nos corps, on aurait pu à la limite tomber, on aurait pu aussi ne pas tomber, rien ne comptait ; le monde comme un basculement lointain des évidences - "le monde comme quelqu’un derrière la fenêtre qui vous tourne le dos, qui regarde ailleurs, et dont on voit seulement la nuque obsédante qui, par instants, bouge." (Gracq). Et dans ce bougé imperceptible, l'horizon qui tranche la chair à vif dans le ciel des idées ; on marche dans la ville soudain et c'est la ville qui accompagne chaque pas. On aurait pu ne pas y penser, à ce qui demain ne sera plus - le monde comme derrière une vitre brisée, éclats diffus à partir desquels on recompose le corps, à partir desquels on invente ses intentions, déchiffre ses secrets. Le monde comme une vitre opaque qui découpe en ombres chinoises ce qu'il ne sera jamais.

6 commentaires:

Marion a dit…

comment savoir ce qu'il ne sera jamais, comment connaitre ce que nous avons ete. c'est si n'est la ville qui accompagne chaque pas, a chaque pied depose, le temps mord de nous.
je pense a demain qui ne peut-etre qu'un avant-gout d'hier. je pense aux retours qui sont des cordillieres interieures, chaque millimetre est un centimetre dans la plaie.
nous jouons tous a courir apres la ville, la V...

Prax a dit…

Rilke a écrit une série sur les fenêtres mais rien (à ma connaissance) sur la vitre. Si la fenêtre est le cadre, la vitre et sa translucidité variable est bigrement intéressante.

Arnaud Maïsetti a dit…

@marion - et la ville change vire constamment avec la lumière, point de fuite qui se dérobe (le matin, paris se lève des chutes des lumières épuisées de rangoun, y penser avant de s'endormir)

@prax - Rilke, sur les fenêtres ? ça m'intéresse... dans quoi ?

pop a dit…

ça aurait été parfaite introduction à mes expositions.
débordé, pas eu l'occasion de m'y coller moi même.
Un Rilke sur les fenêtres, je suis preneur aussi. Lu il y a peu enfin les élégies de Duino, senti mon texte complètement obsolète après ça.

brigetoun a dit…

où on se rapproche de Pesoa
http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/06/18/entre-la-vie-et-moi

comme quoi la qualité des beaux textes est d'exprimer l'universel

Prax a dit…

Rilke : la série s'appelle "les fenêtres". Personnellement, je l'ai dans un vieux poche Gallimard intitulé Vergers. Sur le net, j'ai trouvé cela :


Tous les hasards sont abolis. L'être
se tient au milieu de l'amour,
avec ce peu d'espace autour
dont on est maître.