16.6.08

hôtel bonne nouvelle

En bas de l’immeuble, il y a cet hôtel, modeste et mal placé. Le nuit, il y a parfois des taxis qui déposent des valises, j'entends, depuis la chambre où je suis (d'où je peux voir toute la ville), qu'on tend des billets en lançant des mots étrangers, étouffés, froissés. Quand on passe vers dix heures le soir, de la vapeur s'échappe d'un soupirail, on peut sentir l'odeur de draps qu'on lave : cette moiteur propre remplit la rue et c'est délicieusement irrespirable. L'hôtel est en bas de chez moi, est sans doute vide la plupart du temps, et j'aime imaginer la tenue de chambres inutiles et propres, dressées pour un touriste qui aurait manqué son train - et le train qui part sans lui est une image si précise de la ville : ma rue est un quai vide et froid, où la buée tente, tant bien que mal, de remplacer le voile de la nuit pour envelopper la rancoeur, le retard, la fatigue.


Ce matin, en descendant et en tournant le coin, passant comme tous les jours devant l'hôtel, quelque chose a changé. On a décharné l’hôtel – sur le sol, des gravats écroulés attendent qu’on les emmène : la façade nue affiche ses entrailles : ciment mal coulé, barres de fer tordues dans un mélange qui tient de la glaise et de la pierre. On passe devant comme devant un malade. On baisse soudain la voix.


En bas de l’immeuble, on a arraché à l’hôtel sa peau, et je suis le seul semble-t-il à m’étonner de le voir paradoxalement moins fragile, plus minéral, plus terriblement dressé.


L’idée d’une ville aux façades toutes arrachées me traverse péniblement.

3 commentaires:

Prax a dit…

Casser les vitres, briser les façades, cette récurrence dans tes mots résonne.

brigetoun a dit…

réduit au squelette qui est toujours solide quoiqu'on en pense.
Tes premières lignes ; mon chemin le plus fréquent qui me fait passer sur les fesses de l'hôtel d"Europe, les femmes de ménage et cuistots sortis pour fumer et surtout la buanderie ouverte, les odeurs, les piles de draps blancs et de serviettes épaisses, et mon envie toujours de leur demander s'ils ne veulent pas s'occuper de mes draps (long trajet pour boulot mal fait)

Arnaud Maïsetti a dit…

@prax - obsession qui ne passe pas.

@brigetoun - est-ce qu'on est réduit au squelette, ou est-ce que le squelette est l'essentiel que la chair recouvre si mal ?