31.7.08

l'orage_juillet

dehors, une bulle de chaleur repose, lourde et immense, comme en équilibre instable au dessus de la ville : il suffirait qu'on se penche à la fenêtre, tende le bras et allonge la main, pour la crever - et que se déverse au-dessus de nous tout l'orage espéré. Mais c'est toujours une pluie sur le point de tomber qui recouvre la ville, et cette imminence jamais rompue est ce qui définit le mieux à mes yeux, ce soir, la qualité de silence de ce mois, sa possibilité miraculeuse sans cesse repoussée : son ombre portée sur le sol, qui recule.

30.7.08

détails du monde


Chaque maille du filet est elle-même un filet plus petit qui enserre un détail plus insignifiant encore. Et chaque détail pris dans l'inextricable complexe de mailles ne forme qu'un détail qui prend forme du monde - détail envisagé depuis la maille de laquelle elle naît, et qui reste indémêlée tant que la maille voisine ne sera pas elle aussi dénouée.

En traversant la rue, ai réalisé qu'ils avaient découvert les panneaux, cachés depuis un mois par un lourd scotch opaque : on a changé la circulation - les vélos sont autorisés désormais à rouler à contresens des voitures. Depuis deux semaines déjà, les peintures sur le sol l'annonçaient, et presque aussitôt, les vélos s'étaient mis à rouler, croisant dangereusement les voitures, les frôlant dans cette rue si étroite. Mais depuis aujourd'hui que les panneaux sont découverts, je n'ai vu aucun vélo dans la rue.

29.7.08

peaux vives


quand on lavera les murs, qu'on arrachera à la rentrée les peaux mortes de la ville pour faire croire que tout recommence, croire qu'on effacera le passé en renouvelant le décor - ce qu'on verra, ce ne sera que d'autres peaux plus férocement fixées partout et d'abord, plus définitivement arrimées en soi que notre propre corps : quand on lavera les murs, grattera jusqu'aux plus profondes épaisseurs, raclera encore et encore : ce qui restera sous nos ongles et sur les parois : un peu de notre peine et beaucoup de nos terreurs : les regards de ceux qui, en nous, n'en ont pas fini avec la mort, et pour qui les recommencements ne sont que des répétitions.

Quand je passe devant cette affiche, la fixer dans les yeux ne fait que l'arracher encore un peu plus - et j'emporte avec moi, avant de l'accrocher à d'autres parois plus mouvantes, les peaux vives d'un cri étranglé en moi qui nomme la ville comme chacun des corps qui l'arpentent.

28.7.08

en veille

En veille, tout le jour, devant l'écran-monde face à moi déroulé pareil à un défilé militaire - et ne rien retenir que des chiffres, sans visage et muets, dressés droits comme des murs. On passera son temps autrement, demain ; on laissera le jour peser de tout son poids morts de chaleur, avant d'aller trouver des images au dehors. Faire une liste de choses à faire, à lire. Commencer par prendre le train- même en marche.

22.7.08

la douleur


On range - le matin, au lever, on ouvre les rideaux sur la lumière et on laisse entrer le bruit dans la chambre, attendre qu'il l'emplit jusqu'aux moindres recoins. Je crois que Duras refaisait consciencieusement son lit avant de commencer ses dictées à moitié chuchotées ou criées dans la grande maison de Neauphle. Faire place nette, laisser derrière soi quelque chose d'aussi parfait qu'un pli avant la douleur d'écrire (et si on n'en revenait pas : est-ce qu'on voudrait laisser son lit défait ? Est-ce qu'on supporterait de laisser en amont de soi, un tel désordre en testament ?). Ranger donc, aussi. Ne rien laisser dans la chambre qu'un ordre qui mime l'ordre qu'on voudrait devant soi piétiner, déformer. Voilà. Tout est en ordre. On peut commencer. Prendre la parole. A qui - c'est une première question qu'on ne peut pas esquiver, et qu'il faut traverser pour écrire. Ecrire, ce ne serait pas répondre à cette question - mais la traversée de cette question que l'écriture peu à peu formulera au plus près, au plus profond (et continuer)

17.7.08

puits de lumière


à trop regarder le jour dans les yeux, on risque d'être pris au piège - et plonger au dedans de soi, la trace de lumière qui aveugle. Tout à l'heure, penser à vider le puits, et regarder au fond ce qui reste épars dans la vase : quelques morceaux de lumière accrochés plus fortement, et les dissoudre avec la terre.

16.7.08

une autre ville


derrière la porte, une autre porte - derrière la ville, la nuit ne se lève que pour accabler une autre ville ; et face à l'ombre portée sur la poussière, c'est l'ombre plus grande de mon corps qui la recouvre, un pas après l'autre.

11.7.08

jrnal


On composera donc un journal dont la signature, compliquée et nerveuse, sera un sobriquet
Nuit du 11 au 12 mai 1953

André Breton, Le La

Au moment de signer, on tend le bras comme pour chercher son nom - on ne tient qu'un stylo lourd, et machinalement, le corps trace pour soi des lignes indéchiffrables qui circonscrivent une identité possible, mais inconnue. On signe. On regarde. Ce ne sont que des lignes qui ne mènent nulle part, des directions lancées sans orientation. Je me penche pour voir la signature des autres, et bien souvent, je ne vois que des lignes droites - dont j'admire la sûreté, la grande pureté du tracé. Mais une ligne droite, on ne peut que l'emprunter, aller d'un point à l'autre, et s'arrêter. On composera donc un journal etc. et dont on ne discernera plus qui de la signature et du journal signeraient l'autre : deux plans confondus qui s'abîmeront chacun sans s'annuler, sans vanité. On composera un journal qui soit à la fois la dette livrée au temps, à la ville, à leur épaisseur nombreuse, contradictoire - et qui n'en soit ni l'explication, ni le compte rendu. Mais simple avancée pénible et libérée dans le monde traversé par la langue. Une griffe.

10.7.08

attente (et fin)

Dans l’attente, ce n’est pas le temps qui passe sur le corps, non ; ce n’est pas non plus l’absence de temps vraiment qui brûle ; mais c’est le temps achevé qui jamais ne s’achève, ni ne s’achèvera : celui qui s’annonce et n’arrivera pas – dans l’attente, la douleur n’est pas le temps passé comblé, mais ces heures à venir qu’il faudra toutes traverser, en laissant sur chacune d’elle, la force de croire qu’une lointaine déterminera le terme.

4.7.08

parade (sauvage)

"Ils interpréteraient des pièces nouvelles et des chansons «bonnes filles». Maîtres jongleurs, ils transforment le lieu et les personnes, et usent de la comédie magnétique. Les yeux flambent, le sang chante, les os s'élargissent, les larmes et des filets rouges ruissellent. Leur raillerie ou leur terreur dure une minute, ou des mois entiers."
A.R - parade