11.7.08

jrnal


On composera donc un journal dont la signature, compliquée et nerveuse, sera un sobriquet
Nuit du 11 au 12 mai 1953

André Breton, Le La

Au moment de signer, on tend le bras comme pour chercher son nom - on ne tient qu'un stylo lourd, et machinalement, le corps trace pour soi des lignes indéchiffrables qui circonscrivent une identité possible, mais inconnue. On signe. On regarde. Ce ne sont que des lignes qui ne mènent nulle part, des directions lancées sans orientation. Je me penche pour voir la signature des autres, et bien souvent, je ne vois que des lignes droites - dont j'admire la sûreté, la grande pureté du tracé. Mais une ligne droite, on ne peut que l'emprunter, aller d'un point à l'autre, et s'arrêter. On composera donc un journal etc. et dont on ne discernera plus qui de la signature et du journal signeraient l'autre : deux plans confondus qui s'abîmeront chacun sans s'annuler, sans vanité. On composera un journal qui soit à la fois la dette livrée au temps, à la ville, à leur épaisseur nombreuse, contradictoire - et qui n'en soit ni l'explication, ni le compte rendu. Mais simple avancée pénible et libérée dans le monde traversé par la langue. Une griffe.

1 commentaire:

Prax a dit…

Cela m'irrite aussi souvent la vacuité d'un écrit qui n'est qu'un simple compte rendu.